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Missionnaire toujours prêt ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par P. François Hemelsdael, M.E.P.   

A l’heure de partir pour sa première vraie mission "au loin", au Cambodge, un jeune prêtre des Missions Étrangères de Paris retrace les dix années qui l’y ont préparé. Dix années de formation humaine et intellectuelle, dix années d’approfondissement spirituel.

Depuis dix ans déjà, je suis, tel un cheval de course, à piaffer d’impatience.
Un certain 31 décembre 1996, alors que je passais le nouvel an au monastère cistercien du mont des Cats, le Seigneur, à travers la revue d’André Sève, m’a fait découvrir les Missions Étrangères de Paris et, par la même occasion, ma vocation. Dix années d’attente et de lente préparation, de maturation progressive qui m’ont peu à peu fait devenir ce que je suis aujourd’hui : prêtre !
Bien sûr, le Seigneur n’a pas attendu mon entrée au séminaire : ma vocation, je la tiens d’abord de mes parents, premiers témoins de l’amour inconditionnel du Seigneur pour moi.

Des prêtres, j’en avais rencontré à la maison, en vacances, à l’église où j’avais été servant de messe pendant quelques années. Je pressentais certainement alors le mystère qui entoure la personne du prêtre. J’avais aussi une certaine intuition de la mission, notamment par mes lectures de jeunesse (Terres Lointaines). Mais les années de vie estudiantine m’ont quelque peu éloigné de tout cela, me permettant cependant de rencontrer en profondeur le monde non-chrétien. Et, dès la fin de mes études, le Christ m’a frappé en plein coeur.

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© Famille Hemelsdael - Missions Etrangères de Paris
Débarquant au séminaire de Lille pour les MEP, en septembre 1997, je me suis vite rendu compte que je ne savais rien ou presque du ministère de prêtre et qu’il ne me restait plus grand-chose de mes années de caté ! Mais je me souviendrai toujours, cependant, des paroles d’accueil du supérieur de l’époque, le Père Jean-Luc Brunin : "A travers vos études, vos directeurs, les personnes que vous rencontrerez tout au long de vos années de séminaire, c’est le Seigneur lui-même qui vous formera".

Je fais le compte : deux années passées au séminaire de Lille, en insertion dans ma paroisse natale à Seclin ; une année au Cambodge pour découvrir le pays et ses habitants, ainsi que le formidable travail des MEP et cette Église que j’aime tant ; une année d’expérience professionnelle à Paris ; cinq années de bonheur au séminaire de l’Institut Catholique de Paris, en insertion dans la paroisse parisienne de Saint Vincent de Paul, puis dans la paroisse lilloise de la Réconciliation ; enfin six mois en Floride pour perfectionner mon anglais. Dix années très riches et très denses de formation humaine, intellectuelle, spirituelle, pastorale ; le Seigneur n’a vraiment rien négligé pour moi.

Une grâce reçue, non une performance humaine

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© Famille Hemelsdael - Missions Etrangères de Paris
Ma formation humaine a commencé tout simplement avec des services communautaires : réfectorier, sacristain, bibliothécaire, délégué de classe, responsable du bar du séminaire, de la laverie, membre de l’inoubliable bureau Carmapapa. J’avoue n’avoir jamais fait partie du service chant, mais je sais désormais entonner un psaume, ou chanter l’ordinaire de la messe (pour peu que je sois en forme !).

Plus sérieusement, j’ai - par chance - effectué ma formation dans plusieurs séminaires et les différences de styles et de formation des prêtres m’ont fait gagner en lucidité. De même, et surtout, la vie en communauté m’a permis de comprendre peu à peu que vivre l’Évangile ne se résume pas à réaliser de grands projets, mais que l’appel du Seigneur se vit de manière très concrète dans la monotonie du quotidien, dans la difficile réalité de la vie ordinaire. J’ai appris à vivre en communauté entre frères et, là aussi j’ai gagné en lucidité ! Des séminaristes qui m’auront édifié et stimulé, d’autres moins brillants extérieurement me rappelleront toujours que Dieu nous aime tels que nous sommes, sans nous juger, et que la prêtrise est d’abord une grâce reçue avant d’être une performance humaine.

En paroisse, j’ai aussi "touché à tout" : catéchiste, organisateur de visites et de pèlerinages, animateur d’aumônerie, de jeunes professionnels, de jeunes de la rue, aumônier de scouts, visiteur d’hôpitaux et de personnes handicapées ; j’ai même animé pendant un temps un club du mouvement chrétien des retraités ! Pour finir, ces deux dernières années en paroisse en tant que diacre puis prêtre m’auront fait découvrir la joie de célébrer et de prêcher au milieu du peuple de Dieu.

J’ai vraiment compris que j’aimais les gens vers lesquels j’étais envoyé et que cela était le plus important. J’ai aussi réalisé la force d’une communauté unie et fraternelle, que le prêtre se devait d’être tout à tous, sans préjugés aucun, homme donné sans réserve pour les autres. J’ai compris l’importance du témoignage, de la parole, par la prédication et par les actes. L’attitude d’un prêtre peut avoir un impact formidable sur la vie des gens !

Saint François Xavier, modèle de zèle et de modération

L’Église m’a permis de réaliser concrètement sur le terrain ma passion d’annoncer le Christ à tous, d’aller à la rencontre des autres, particulièrement de ceux qui sont loin d’elle, et ce dans le respect absolu de leur liberté. Faut-il le dire ? Saint François Xavier est l’un de mes saints préférés à cause de son zèle missionnaire, mais aussi de ses limites.

Le parcours de ma formation intellectuelle me surprend encore aujourd’hui. Bien sûr j’avais des racines, mais combien profondément enfouies ! Et voilà que je viens de terminer mon mémoire de licence canonique de théologie sur un sujet qui m’a toujours tenu à coeur : la rédemption. Pour moi, seul l’acte rédempteur du Christ est à même de montrer jusqu’où peut aller l’amour de Dieu. Mais comment le Christ a-t-il fait pour nous sauver ? De quelle manière exactement ? Comment la mort d’un homme peutelle nous donner la vie ? Et puis, comment en rendre compte dans un pays bouddhiste ?

J’ai aussi appris à raisonner avec la tête sans oublier que les vrais théologiens sont des amoureux de Dieu. Un chrétien se doit de rendre compte de son espérance (cf. 1 P 3, 15). Même si la foi est un mystère, elle n’est pas étrangère à la raison humaine : une foi raisonnée permet de mieux connaître le Christ et de mieux l’aimer. La réflexion théologique nourrit la prière, soutient une vie de foi, anime et donne souffle à toutes nos activités.

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© Famille Hemelsdael - Missions Etrangères de Paris
Préparation spirituelle : s’il me reste enfin une chose de toutes ces années, c’est bien le lien entretenu patiemment avec le Seigneur par la prière. Cette relation quotidienne me permet de retracer l’unité de toutes ces années, de toute ma vie. Le temps passé avec le Seigneur dans le silence de la prière, la méditation des Évangiles, la lecture de la Bible, parole vivante de Dieu, la contemplation et l’adoration restera le fil conducteur le plus solide de ma formation. L’important n’est pas tant de faire que de me laisser faire par le Seigneur, de lui laisser le temps de m’aimer.

Avec l’accompagnement spirituel, cet enracinement dans la prière me permet de faire fructifier toutes mes activités et donne du poids à mes engagements. Me voici témoin de ce que les gens attendent du prêtre : un homme proche et ami de Dieu.

L’expérience vécue aux États-Unis me donne du courage pour affronter le grand départ. Je sais par exemple qu’il ne sera pas facile d’abandonner au Seigneur ma propre langue. Je commence aussi à appréhender les séparations. Il va falloir dire au revoir à mes parents, à ma famille. Non, cela ne sera pas facile. Je sais aussi que je demeurerai un étranger dans mon pays d’accueil, que je serai parfois maladroit ou mal accueilli, mal compris, qu’il y aura des frustrations. Mais je sais que je serai pleinement heureux.
Il me faudra ne pas vouloir tout maîtriser, mais au contraire laisser les autres exister et laisser le Christ exister en moi ; le Seigneur, lui, ne m’abandonnera jamais, il sera toujours présent à mes côtés et lui seul donnera des fruits inespérés et inattendus. Combien de fois, en Floride, par exemple, n’ai-je pas entendu de la part de paroissiens et de prêtres même, à quel point mon témoignage de missionnaire, ma simple présence, les poussaient à vivre l’Évangile davantage. Et pourtant je vous assure que je ne fais rien de spécial ! Toute formation a ses limites. Je suis conscient qu’en arrivant au Cambodge, même si, après y avoir séjourné pendant plus d’une année, je connais un peu la réalité de ce pays, même si j’ai pu suivre des cours sur le bouddhisme, j’aurai tout à (re)découvrir. Il me faudra me remettre en question et étudier encore et toujours, sans fin. Mais tant mieux ! Il me tarde tant d’aimer et de me faire aimer par ce peuple qui m’attend, de me donner à lui, et de me consacrer à l’Église de ce merveilleux pays !

A. SEVE Missionnaires en Asie
Les Missions Étrangères de Paris.
Paris, Le Sarment-Fayard, 1981

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