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"Seigneur, je veux te servir.
Je suis prêt à tout… sauf à devenir
prêtre !" Cette prière remonte à
environ douze ans. Quelques mois
plus tard, j’étais à Brescia (Italie)
pour un premier contact avec le
responsable des vocations
au séminaire diocésain. Comment
expliquer ce soudain changement
de route ?
La question du célibat
sacerdotal me paraissait une
montagne insurmontable.
Comment aurais-je pu vivre sans
une présence aimante à côté de
moi ? Cela me faisait poser des
conditions à Dieu. Dans un
premier temps, ma prière était
donc très conditionnée par mes
peurs et mon expérience de
l’amour et de la sexualité. De plus,
dans mes oreilles retentissaient
sans cesse les "paroles du
monde" : "Ceux qui choisissent le chemin du célibat
sacerdotal sont
des fous ou des
hypocrites ! Ce
n’est qu’une
grande utopie ! "
Tout en portant
ces questions, je
me rendais de
temps en temps
dans une église,
seul. J’y restais
longtemps,
pensant, lisant,
bafouillant des
prières. Mon
regard était de
plus en plus attiré par un grand
crucifix. Et c’est dans la rencontre
de mon regard avec celui de
l’ "homme de la croix" qu’est arrivé
l’imprévisible. Une prière nouvelle a
commencé à jaillir progressivement
de mon coeur : "Tu m’a tout
donné, Seigneur ! Pourquoi
tremblerais-je ? " Je ne connaissais
pas encore les paroles du psaume,
mais elles m’habitaient sans doute
déjà : "Le Seigneur est ma lumière
et mon salut ; de qui aurais-je
crainte ! ", (Ps 26,1). Je me suis dit :
"Et si la montagne du célibat était
une route pour m’approcher du
Ciel et des hommes ?"
Le choix du bonheur
Je suis donc entré au séminaire.
Je garde un très bon souvenir de
cette période. Les exigences
pastorales demandaient de
plonger au milieu du monde. Le
défi du célibat était à relever
chaque jour. C’était le banc d’essai
pour vérifier si mon rêve de
bonheur avait ses racines dans le
Christ. Et j’ai avancé ainsi jusqu’à mon ordination, comprenant peu
à peu que le célibat pour le
Royaume était un choix de
bonheur. Oui, Dieu m’a donné la
grâce de comprendre que la
présence du Christ suffit à
combler le coeur de l’homme(cf. Mt 19, 11).
Mais ce n’était que le début du
chemin. Le charisme du célibat
n’est pas donné une fois pour
toutes et il demande d’être
constamment accueilli de
nouveau.
L’heure du combat
Ces cinq premières années de
sacerdoce m’ont permis de
constater que le choix de la
continence pour le Royaume
demande de lutter contre toutes
sortes de sollicitations
"trompeuses". Parfois ça semble
facile, et puis soudain je suis
secoué comme une chaloupe au
milieu d’une tempête. C’est
l’heure du combat. Les périodes
les plus difficiles coïncident
toujours avec un attiédissement
de mon amour pour Dieu. Le
célibat est comme un aiguillon :
il me rappelle l’exigence radicale
de l’amour du Christ. Quand je
m’aperçois que mon coeur
commence à "s’emballer", je sais
que la pire réaction serait de
compter sur mes forces plutôt
que sur la grâce de Dieu. Il me
faut, au contraire, revêtir l’armure
de Dieu (cf. Ep 6,11) et m’en
remettre totalement à lui : "Veillez
et priez, afin de ne pas entrer en
tentation ! " (Mt 26, 41a). C’est
aussi le moment de renouveler
mon "oui" à la présence qui a
rempli de bonheur mon existence.
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