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"Résistez, cela vaut le coup !" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Frère T. de l’Abbaye de Fleury   

Frère T… nous a autorisés à publier ce témoignage donné oralement à des Lycéens lors d’un week-end des Services des Vocations d’Ile de France à l’Abbaye Bénédictine de Saint Benoît sur Loire. Le style parlé de ce témoignage personnel a été gardé.

"5ème de six enfants, d’une famille catholique pratiquante, j’ai voulu, à 12 ans, devenir prêtre après avoir fréquenté un foyer marial. Lors d’une rencontre des Fondations du Monde Nouveau - un mouvement un peu charismatique avec pas mal de jeunes - j’ai fait une rencontre du Seigneur qui a retourné ma vie : depuis ce temps-là, Dieu fait partie intégrante de ma vie.

L’année de mon baccalauréat, en 1989, a été très importante pour moi parce que je suis allé sur l’invitation d’un oncle moine, prieur de la communauté, faire visiter l’abbaye de Sénanque (j’avais deux oncles moines cisterciens).

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© Oeuvre des Vocations
J’y ai rencontré aussi mon grand-oncle, le père Marie Grégoire qui était un homme merveilleux, il avait un sourire qui allait d’une oreille a l’autre, mais vraiment un sourire divin et des années plus tard je me suis dit : "c’est un homme heureux". J’ai appris après coup qu’il avait eu une vie pleine de combats, mais je me suis dit : "si c’est ça être moine, alors moi, c’est ma vocation !"

Je suis resté en contact par écrit avec mon oncle moine, aujourd’hui moine à Sénanque après une dizaine d’années passées en ermite : il m’a guidé tout doucement, sans forcer. C’était une très bonne oreille pour affiner mon écoute de l’appel de Dieu vers la vie monastique.

Donc à Sénanque j’ai attrapé le "virus" de la vie monastique sans le savoir : quand on fait visiter une belle abbaye du 12 ème siècle du matin au soir, quand on assiste aux offices…

Après avoir passé un BTS de commerce international, je suis parti aux Etats-unis d’Amérique pendant 6 ans pour étudier le commerce et je suis revenu avec un ‘Master’, une maîtrise de commerce.

La 6ème année, j’ai commencé à travailler à Philadelphie pour un an ; j’ai déménagé et je me suis retrouvé tout seul… Cela avait déjà été dur de quitter ma famille et, là encore, j’ai dû quitter le Maine où j’avais tous mes amis. Alors je suis retourné chez moi, c’est-à-dire à l’église…

L’église était à ‘Emmaüs’ : le Seigneur est venu me chercher là, comme pour les pèlerins d’Emmaüs (Luc 24, 13…). Au début de mon travail, dans une entreprise qui fabrique des camions, j’allais à la messe juste le dimanche. J’avais une vie dure et solitaire. J’ai commencé à aller à la messe en semaine, pas seulement pour meubler mes soirées, mais parce qu’il y avait un appel profond et discret à aller à la rencontre du Seigneur, jusqu’au jour où un dimanche, en décembre 1997, après avoir communié au Corps et au Sang du Christ, j’ai entendu comme une voix : "Tu seras moine". Ça n’a pas duré longtemps, mais j’ai pu percevoir l’amour de Dieu et la liberté que Dieu mettait devant moi en me disant : "je te propose ça", la liberté de dire : "non, je n’en veux pas", mais… le oui a coulé de source tout de suite. Comment dire non à un tel amour ?

En juin de l’année suivante, 1998, je me suis retrouvé sans emploi parce que mon visa de travail n’a pas été transformé : je suis rentré en France "chez papa et maman", à 28 ans ! J’ai pris l’été pour me reposer, Après une retraite à Sénanque en août, j’y suis retourné en octobre pour un "stage" de 3 semaines : un peu comme un stage en entreprise mais dans la vie monastique, avec des frères pour m’accueillir… et j’ai senti que c’était trop tôt encore, à mon grand regret d’ailleurs. Les 3 premiers jours ont été très durs, j’étais tenté de fuir ce lieu, mais j’ai résisté grâce à la douceur du prieur (donc si un jour vous faites cette expérience, résistez, ça vaut le coup). Si le prieur m’avait dit : "pars si tu veux", je serais parti, mais cela aurait été dommage. Il m’a dit : "T…, reste encore un petit peu, on verra si ça dure". Je suis resté 3 semaines et la vie monastique s’est ancrée un peu plus pendant mon stage là-bas. C’était très beau.

Je suis rentré chez moi, j’ai trouvé du travail. Petit détail : la station de bus où je m’arrêtais était "le domaine des cisterciens" et j’allais manger "rue le moine"… Le bon Dieu est plein d’humour.

Mais l’appel du Seigneur à la vie monastique n’avait jamais quitté mon cœur et j’ai pu aussi mûrir mon appel à la vie monastique au sein de mon travail. Quand j’ai vu la manière dont tournaient les cadres dans l’entreprise, et certains qui semblaient n’être intéressés que par l’argent… j'ai été déçu. Cependant j’aurais pu avoir une vie facile, j’ai eu deux bons boulots avec de bons salaires, j’aurais pu me payer de belles choses et faire de belles bêtises aussi… Je ne les ai pas faites grâce à l’éducation de mes parents (véritable don de Dieu), et le Seigneur a mis dans mon cœur le besoin d’être aimé, d’un amour pur et sincère, de l’amour de Dieu même. Le "matériel" ne m’a jamais comblé et ne me comblera jamais, même si je suis tenté comme un autre d’avoir du matériel pour me sécuriser.

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© Abbaye de Fleury
Un jour, un père spirituel à Paris m’a dit : "Va à St Benoît", parce que Sénanque c’était trop loin. Je disais : "Seigneur, il faut que tu te décides". Et là, cela m’est tombé dessus, j’ai compris que c’était l’heure. J’ai démissionné, en mai et juin, puis j’ai fait deux stages, un à St Benoît pour connaître la communauté et l’autre à Sénanque… J’ai aimé les deux communautés. Alors d’un point de vue humain, je ne pouvais pas choisir entre ces deux communautés qui sont belles : entre l’une de six et l’autre de quarante, l’une avec du latin, ou celle où j’ai connu "mon premier amour monastique"… Le 15 août, j’ai prié la Vierge Marie : "c’est dur, je ne peux pas choisir, j’ai besoin d’aide". Le lendemain, alors que je ne m’y attendais pas, j’ai reçu sur un plateau en or la communauté de St Benoît comme le cadeau de Dieu… Il faut dire que le 14 au soir, je m’étais consacré au Christ par la Vierge Marie : cela a été un acte fondateur pour dire : "Seigneur c’est toi le guide maintenant" et le Seigneur m’a comblé de grâces à ce moment-là ; c’était extraordinaire.

Le 21 août, 8 jours après, je suis rentré dans la communauté de St Benoît parce que ça faisait déjà 3 ans que j’attendais ! J’ai quitté la maison des parents sans regret…

J’ai commencé par être postulant, pour connaître davantage la vie monastique. Au bout d’un an j’ai reçu l’habit monastique et je suis devenu " frère T…". Il y a une différence entre "T…" et "frère T…", c’est un peu comme Charles de Foucauld qui est devenu le frère universel, frère de tous les hommes. Je suis devenu frère du Christ, frère des frères de ma communauté … Au bout de 18 mois de noviciat (le noviciat commence quand on prend l’habit) j’ai prononcé mes voeux simples pour 3 ans, obéissance, stabilité et conversion des moeurs (pauvreté, chasteté et célibat). À ce moment-là, j’ai commencé des études théologiques pendant trois ans. Et enfin le 6 août 2006 je me suis engagé dans la joie la plus profonde, pour la vie, dans cette communauté. C’est à la fois la confirmation d’un engagement et le début d’une vie de prière et de travail tout ordinaire

J’ai eu des moments très difficiles pendant ces six années, des moments de douloureuse joie où la joie de se savoir à sa place dépassait ces souffrances sans pour autant les effacer. Mais aujourd’hui ma vie est dans cette communauté. Et au-delà de tous les ras-le-bol, de toutes les crises, l’appel de Dieu est plus fort. Mais l’appel de Dieu que j’ai ressenti, c’est l’appel de l’amour, c’est : "je suis l’amour,  veux-tu que je t’aime ?" Et je suis très heureux d’être dans la vie monastique à St Benoît sur Loire.

Que ce soit ici ou ailleurs, ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que je fasse la volonté de Dieu avec l’aide du Père Maître, du Père Abbé et que je me stabilise bien dans ma vocation monastique, et dans la vie monastique bénédictine."

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