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24 heures avec Marie Claude, soeur missionnaire de Notre Dame d'Afrique Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Chantal de Molliens   
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Le 10 août 1954, pendant la messe, Marie-Claude a été confirmée dans son appel à appartenir à Dieu. Un séjour en Algérie, l'expérience du désert et de l'islam lui avaient déjà donné le sens du dépouillement, de la pauvreté et de la prière.

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Sœur Marie-Claude vit au Congo (l'ancien Zaïre) depuis plus de vingt ans. Elle se trouve à Bukavu, ville de 500 000 habitants située à cinq cents mètres seulement de la frontière avec le Rwanda. Après s'être consacrée à l’alphabétisation des enfants de la rue, elle anime un groupe de cent trente-cinq catéchistes.

5 heures du matin : Marie-Claude se lève la première. La catéchèse commence au lever du jour, à 6 heures, avant l'école. Deux cents à trois cents personnes assistent à la messe chaque jour. La parole de Dieu, en particulier les Psaumes, prend une valeur intense en ces temps si difficiles. "Notre paroisse est un lieu de rencontre pour les communautés de base où se vit vraiment l'Évangile au quotidien."

Sœur Marie-Claude reçoit ensuite les catéchistes dans la "ruche". C'est ainsi que l'on appelle le bureau de la catéchèse, car il y règne un va-et-vient incessant. Dans la matinée, Marie-Claude essaye de se rendre à la chapelle. "C'est un moment clé pour moi que cette demi-heure de prière personnelle".

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Les fleurs du jardin ornent toute l'année l'icône de la Trinité et celle de la Vierge ; la porte est toujours ouverte et on sent la présence du Seigneur dans toute la maison.

"Les événements dramatiques que nous vivons nous font découvrir plus profondément encore la place de l'eucharistie dans nos vies. C'est une présence presque palpable, tangible, et le danger nous donne la grâce d'une prière fervente. Un jour, pendant les bombardements, nous étions toutes les quatre à plat ventre dans le couloir, l'une d'entre nous est allée chercher le Saint-Sacrement et l'a posé devant nous ; ce geste spontané nous a révélé la force d'une présence extraordinaire."

A midi, les sœurs cuisinent très simplement, à tour de rôle. "La simplicité fait vraiment partie de notre vie." Un petit morceau de viande grillée, que Lola, la sœur espagnole qui est aujourd'hui aux fourneaux, arrose d'huile d'arachide. Demain, lorsque Rosette la sœur zaïroise cuisinera, la viande sera enveloppée de pâte. Quant à Danièle, la Française, elle utilise la cocotte-minute. Le marché est tout près : tomates, avocats, mangues et oranges améliorent un peu l'ordinaire. Après le déjeuner, il faut tout nettoyer car la cuisine au pétrole salit beaucoup.

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Vers 15 heures, retour à la "ruche". Les enfants viennent dire bonjour. L'un deux raconte que sa maman est malade. Sœur Marie-Claude ira la voir demain lorsque la chaleur ne sera pas trop forte, car on est ici sous l'équateur.

A Bukavu, les femmes assurent le commerce, mais le chômage pose un gros problème aux hommes qui travaillaient dans l'administration de la ville. Ils n'ont pas été payés depuis quatre ans. Ils disent avec humour "faire de l'apostolat pour le gouvernement et vivre par la grâce de Dieu." Trois mille huit cents enfants gravitent autour de la paroisse. L'an dernier, deux cent soixante-dix d'entre eux ont été baptisés. Sœur Marie-Claude a mis au point un cours biblique par correspondance pour leurs catéchistes.

Un homme revient des champs. Avec un large sourire, il offre aux sœurs ses voisines quelques épis de mais... "Outre la solidarité, les Africains m'apprennent aussi l'endurance dans les difficultés, tout particulièrement pendant les temps de guerre. Avec ces souffrances et ces morts, nous avons pris une conscience encore plus aiguë de nos liens avec ce peuple. Une femme Tutsi, juste avant d'être tuée, a dit au Hutu qui la mettait en joue : je te pardonne. La parole même de Jésus sur la croix.

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A travers ce peuple, le Seigneur nous transforme. Mais nous avons aussi à accepter de nous laisser transformer par l'autre à l'intérieur même de notre communauté. Quelle richesse que la rencontre des cultures et quelle complémentarité liée à la dimension internationale de notre congrégation ! Dans l'église locale, l'étranger apporte un autre regard..."

Justice et Paix: ces deux points semblent essentiels à sœur Marie-Claude dans l'évangélisation. "Etre témoin de la paix et de la réconciliation dans un monde tellement déchiré par la haine. La communauté est aussi un lieu où tout le monde peut venir, aussi bien les Hutus que les Tutsis. C'est le seul endroit où ils osent parler car ils savent que ce ne sera pas répété. Les missionnaires sont des initiateurs, mais l'œuvre durable sera faite par les Africains eux-mêmes devenus chrétiens. Le stade de la construction des écoles, dispensaires, hôpitaux, etc. est dépassé. Nous assurons maintenant une autre présence : nous les écoutons et les aidons aussi à former leur conscience, car la corruption exerce des ravages dans ce pays."

Dans la congrégation, chacune reçoit une formation personnalisée. "Nous sommes dans des situations où il faut que nous prenions nos décisions nous-mêmes devant Dieu." A cause des événements, Marie­Claude a senti le besoin d'approfondir la réflexion sur "le mal et la souffrance", à partir du livre du Père Xavier Thévenot.

Le jour tombe et les trois sœurs font silence. Puis, à tour de rôle, chacune assure la prière à partir d'un événement ou de l'Évangile du jour. "Le conseil général de la congrégation nous a suggéré de nous familiariser avec l'obscurité : comment découvrir la lumière de Dieu à travers les situations obscures que nous vivons."

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Le dîner est très simple : tomates, carottes râpées. A 20 heures, les sœurs écoutent la "phonie", sorte de talkie-walkie avec lequel elles peuvent communiquer et faire le point avec les autres communautés: "Nous sommes toujours vivantes..." Puis elles préparent l'oraison du lendemain, selon les recommandations d'Ignace de Loyola dont elles suivent la spiritualité. "L'échange continuel entre le don et l'accueil du don nous transforme peu à peu. Les misères de la guerre ont permis qu'une dimension nouvelle de relations et de charité se développe à l'intérieur de notre communauté. Tout événement est porteur de Dieu. Nous faisons vraiment une expérience pascale de mort et de résurrection. Certaines de nos messes sont mêmes orientées vers le martyre et nous vivons chaque jour le mot de saint Paul : c'est quand je suis faible que je suis fort."

"Elles ne reculeront devant aucune peine, pas même devant la mort, pour continuer le règne de Dieu", disait le cardinal Lavigerie, leur fondateur. "Des générations de sœurs ont été comme moi pétries là-dedans, mais il m'a fallu découvrir que cette mort n'était pas seulement la mort physique, mais la mort à soi-même. Et cela, c'est un tout autre chemin."

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