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Présence de deux religieuses dans la prison de Rennes Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Albéric de Palmaert   

ImageMaison pénitentiaire de Rennes. La gare SNCF n'est qu'à quelques dizaines de mètres seulement. La gare, le train, c'est le voyage. C'est l'horizon. C'est l'ailleurs.
Et l'ailleurs, quand on est prisonnier, c'est l'espérance... Et ce n'est pas gai. Car ici, même l'espérance peut faire mal.

Les femmes qui sont là, certaines pour de nombreuses années, ne peuvent plus rêver. Leurs rêves sont devenus des cauchemars qui les hantent toutes les nuits. Les murs sont hauts. La vie est comme enfermée. Le travail, le repos, la semaine, le dimanche, c'est toujours entre quatre murs. Sombre tableau. Mais aussi cliché inexact. Car la prison peut être aussi un lieu d'Église et d'espérance. Une espérance incarnée qui a pris le visage d'autres femmes.

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© I. O'Neill
Elles sont deux religieuses de la congrégation de Marie Joseph et de la Miséricorde, sœur Brigitte et sœur Véronica. Seul un léger accent traduit leur origine irlandaise. Car leur voix profonde n'a qu'un accent, celui de l'Évangile. La Bonne Nouvelle vécue et partagée.

"Nous sommes une présence d'Église, pas une aumônerie qui existe par ailleurs, précise sœur Brigitte. Notre rôle n'est pas de prêcher. Nous essayons simplement de montrer le visage du Christ par notre présence auprès des femmes blessées." C'est pour cela notamment qu'elles conservent leur habit religieux au sein de la prison. "Il est important que l'on sache tout de suite qui nous sommes. " Car leur présence n'est pas que don. Elle est échange et partage. "C'est le Christ souffrant que nous voyons dans toutes ces femmes", affirment-elles encore. Oui, Jésus est bien présent en prison, au cœur de celles qui souffrent et au cœur de celles qui sont à leurs côtés. Mystérieuse fusion.

Une présence quotidienne

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© I. O'Neill
Leur vocation est d'abord une présence. Au-delà d'un réel apostolat de la prière qu'elles vivent en union avec toute la congrégation répartie dans plusieurs lieux, dont le dépôt de la préfecture de police de Paris, sœur Brigitte et sœur Véronica vivent tout simplement le quotidien des personnes détenues. Tous les jours, elles sont présentes dans les couloirs de la maison. Disponibles. Attentives. Fidèles.

"Notre activité s'exerce dans plusieurs directions, reprennent-elles. La priorité est la relation avec les femmes enfermées, pour vivre avec elles et les aider à vivre dans cet univers carcéral. Cela va de la simple rencontre à l'aide concrète comme, par exemple, l'interprétariat pour celles qui ne parlent pas français, jusqu'à l'accompagnement de celles qui ne sont pas assez autonomes pour effectuer des démarches à l'extérieur, en passant par le maintien du lien avec celles qui sont hospitalisées ou simplement isolées dans leur malheur."

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© I. O'Neill
Elles ont créé ce qu'elles appellent un atelier de "redynamisation". Les femmes prisonnières s'y retrouvent, pour travailler, parler échanger, espérer en un mot. Sœur Brigitte et sœur Véronica savent bien l'importance de cet atelier. Là, beaucoup de femmes qui vivaient isolées sortent la tête de l'eau et commencent à se reconstruire.

Parfois aussi la mission se vit à l'extérieur des murs de la prison. C'est une journée en ville avec celle qui pourrait sortir mais n'a personne pour l'attendre de l'autre coté. Alors, l'une des deux sœurs est là. Avec la détenue, elle se promène dans les rues de Rennes. Ensemble, elles entrent dans les magasins, elles déjeunent au restaurant avant de revenir. Si c'est d'abord un moment de liberté, c'est aussi le temps des confidences, le temps de l'amitié partagée. Le temps cette fois d'un véritable ailleurs qui devient un possible. C'est une vie qui se partage.

Des vies portées

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© I. O'Neill
Sœur Brigitte et sœur Véronica occupent un petit appartement dans l'immeuble réservé au personnel. Elles ont reconstitué un lieu de vie et de prière avec l'oratoire au-dessus, aménagé dans un espace du grenier. Et là, aux heures des offices qu'elle tiennent à suivre en union avec toute l'Église, elles prennent dans leur prière l'ensemble de celles pour qui l'enfermement peut être un enfer. Elles portent chacune de ces femmes comme une offrande. Elles repensent aux dossiers, aux "affaires", et elles les déposent auprès du Seigneur. Il n'est pas une souffrance qui n'entre dans leur cœur, pas une espérance qui ne soit dans leurs pensées et leur oraison.

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© I. O'Neill
Et puis le travail est aussi à l'intérieur et à l'extérieur de la prison, auprès des membres du personnel pénitentiaire. Elles sont aussi pour eux des amies. Car nul n'est insensible à leur présence. Comment pourrait-on être insensible à celles qui ont volontairement choisi de vivre en prison pour être le signe de l'amour du Christ pour les plus petits de ses enfants ?

NDR : la Congrégation vient d'envoyer deux Soeurs pour la première fois en Afrique, pour répondre à un appel qui lui était adressé, dans un village de "réinsertion" pour sortants de prison au TOGO . De ce village, les Soeurs se rendent régulièrement et avec enthousiasme à la prison de SOKODE et quelquefois à Kara, apporter leur présence et leur coeur, en collaboration avec l'Association "Prisonniers sans Frontières".

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