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Etant proche de 40 ans, je me demande si le Seigneur m’appelle à être prêtre ou diacre permanent
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Rencontre avec Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Marie Thérèse Abgrall sfx   
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En plein cœur du 93, à deux pas d'une rue piétonne grouillante de vie et de mouvement, véritable carrefour des nations, voici l'évêque de Saint-Denis. Le lieu est tranquille, presque provincial ; l'accueil de Mgr Olivier de Berranger, toujours attentif, est simple et souriant.


"L'évêque de tous et pour tous"

Dans le bureau où il reçoit, toute une tranche de vie est présente, celle qui l'a mené jusqu'en Asie, en Corée, où il a passé dix-sept ans comme prêtre du Prado et où il a gardé tant de liens d'amitié. Là-bas, il s'est senti au fil des années "un étranger de moins en moins étranger". Et il est manifestement heureux dans ce diocèse "polyphonique", "arc-en-ciel", où toutes les cultures, toutes les religions sont représentées. Le rencontrer, c'est rencontrer une Église polyphonique elle aussi, à l'image d'un département, une Église bien vivante et qui appelle.

Au milieu de ce peuple et de cette Église dont il est le pasteur depuis octobre 1996, il se veut "l'évêque de tous et pour tous". Sur l'image de son ordination épiscopale, il a fait inscrire sa devise, inspirée de saint Paul (Ep 2) : "Vous n'êtes plus des étrangers, mais des frères". Une proximité, une fraternité qui s'enracinent dans le patrimoine spirituel d'une famille de dix enfants, riche en amour, une famille à qui il sait devoir beaucoup.

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© esprit-photo.com
Une conviction anime Mgr de Berranger et ne cesse de l'habiter quand il circule dans les rues de Saint-Denis, à pied ou en tram, comme il aime à le faire : "Tout homme est appelé. Chaque personne, à l'image de Dieu, est unique. C'est la raison profonde du respect de tout homme, de toute femme." Il récuse l'image tristement négative des banlieues et voit beaucoup de "signes très humbles et pacifiants" dans son peuple, un peuple de migrants pour une bonne part, venus des cinq continents. "J'ai plaisir à retrouver ma ville, mon diocèse après une absence, à être au milieu de cette population qui grandit, pleine de santé et de vitalité, sans rien de sophistiqué." Il voit "la simplicité, la gentillesse, l'inter-génération vécue au quotidien, beaucoup de ressort et beaucoup d'amour". Il les voit "aimés de Dieu".

En écho à Jean-Paul II, il tient à réaffirmer que la vocation première de l'homme est l'appel à la sainteté. "Ce qui nous réalise, c'est d'être uni à Dieu. Et nous y avons accès, c'est à notre portée." Avant d'être prêtre et évêque, lui-même essaie d'abord - comme le voulait saint Augustin - d'être tout simplement "un bon chrétien, qui prie, reconnaît sa faiblesse, sa 'misère' au sens où l'entendait Pascal, sait rire de lui-même - n'est-ce pas la huitième béatitude ? - et cherche à aimer ses frères". Avant la vocation personnelle, il y a cette vocation commune.

Journées d'un évêque

Les journées d'un évêque sont faites de beaucoup de rencontres : rendez-vous personnels, réunions ou interventions de toutes sortes, visites, déplacements, conférences. L'agenda officiel en est publié chaque quinzaine dans "Info-Église 93" pour que les chrétiens du diocèse puissent suivre les activités de leur évêque et accompagner son ministère de leur prière. Mgr de Berranger aime les contacts et sa disponibilité est grande. Il lui faut passer de l'écoute d'un groupe de jeunes en mal de vivre aux entretiens avec des universitaires ou des journalistes, des échanges avec des militants engagés dans des mouvements d'Église au dialogue avec des non-croyants sur la vie de la cité, des rencontres avec des responsables juifs ou musulmans (il y attache beaucoup d'importance) aux grandes célébrations liturgiques. "Je passe d'une rencontre à une autre volontiers et avec joie." Il y est aidé, là encore, par un héritage familial d'ouverture qui le fait se sentir à l'aise et heureux avec les uns et les autres, et par la grâce de la vocation du pasteur : "Elle introduit des hommes dans ce que j'aime appeler le sacrement de l'Emmanuel, le sacrement de l'Envoyé."

Autour de l'évêque, les réunions de travail sont fréquentes pour discerner, à travers les réalités humaines vécues en Seine-Saint-Denis, en quel sens œuvre l'Esprit de Dieu. Il en porte le souci avec d'autres, les prêtres, diacres et laïcs du diocèse, ses collaborateurs. C'est tout un travail de l'intelligence, un sens pragmatique du concret, du terrain, qu'il engage dans cette recherche, en même temps qu'une confiance absolue dans l'Esprit-Saint qui parle dans les cœurs et nous précède. Il se méfie grandement de "l'appareil", des programmes trop bien faits, des perspectives qui enferment : "L'évêque n'est pas un chef d'entreprise ! L'imprévu qui déjoue nos plans ? Heureusement ! D'autres cadeaux nous sont faits, des hommes se présentent là où il n'y avait apparemment rien..."

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Dans ses journées, Mgr de Berranger tient à garder une part importante à la lecture et, malgré l'agenda chargé, il y parvient. "J'essaie de ne pas passer une journée sans travailler sur la sainte Écriture, je lis la plume à la main. Je reste théologien tout en restant évêque." Sa compétence de théologien le conduit d'ailleurs à participer à des colloques et recherches, ainsi sur la pensée d'Edith Stein ou du P. de Lubac, deux figures de l'Église qu'il vénère. Et sa responsabilité de Président de la Commission sociale des évêques de France l'amène à réfléchir avec d'autres aux problèmes de société et aux situations les plus concrètes : l'exclusion, le drame des sans-papiers, la vie politique, la réalité de la famille. Questions brûlantes pour la vie des hommes...

Comment faire face humainement à de telles tâches, tout en gardant la paix et la sérénité du pasteur ? Il est rare pourtant, dit-il, qu'il se sente surchargé, et il n'aime pas qu'on le considère comme un homme à plusieurs "casquettes" : "L'expression n'est pas juste. J'essaie d'être un homme unifié. Je me considère comme un 'esclave du Christ' au sens de saint Paul. Ma vie est fixée en lui, je la reçois chaque jour avec ma mission ecclésiale."

L'évêque, "un éveilleur de la foi"

Ce qui anime et unifie la vie de l'évêque de Saint-Denis, c'est en effet l'amour de l'Église, dont il reçoit sa mission dans le Christ, et l'amour de son peuple. Il évoque avec émotion son appel à l'épiscopat pour le service de l'Église qui est à Saint-Denis : dans le bureau du nonce qui l'a convoqué un soir d'août 1996 pour lui faire part du choix du Pape, les objections qui affluent, toutes les raisons humaines de dire non... Et pourtant en lui déjà, tout au fond, il entend la réponse de Marie à l'Annonciation : "Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum..." "Quelque chose de plus fort que toute faiblesse, fragilité, doute. C'était très pacifiant et cela continue à m'habiter. Il ne s'agit pas alors de savoir si vous vous sentez capable ou non, vous ne vous appuyez plus sur votre propre jugement, mais sur l'appel de l'Église. Ma réponse a été mariale et ecclésiale. Ce qui répondait en moi, c'était la Vierge faite Église." Pour répondre, le nonce lui a donné trois jours ! Devant le Saint-Sacrement, ce qui vient alors à sa méditation, c'est la marche de Pierre sur les eaux : "Viens, dit Jésus..." (Mt 14, 29).

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© le Parisien / C. Cornier
Une expérience forte a marqué son enfance chrétienne. Elle fut le point de départ de sa vocation : dans la colonie de vacances où il est envoyé, il partage la vie d'enfants touchés très profondément par le malheur, la misère morale et les souffrances de l'après-guerre. C'est pour lui un ébranlement et la révélation d'un monde qui ne connaît pas Dieu. "Ma vocation est née très tôt - j'avais alors dix ans - et elle n'a jamais été remise en cause : c'était l'appel à dire quelque chose de Jésus, à témoigner de la foi qui m'habite." Elle est d'emblée vocation d'apôtre.

Un évêque heureux, Mgr de Berranger ? Oui certes ! Et aujourd'hui, si on lui demande de nous faire partager une de ses joies quotidiennes, il assure qu'il y en a beaucoup ! La plus grande est sans doute la joie de voir se fortifier le sens apostolique au cœur des chrétiens de Seine-Saint-Denis : "Chez beaucoup, parmi les chrétiens les plus engagés du synode diocésain, j'ai rencontré un vrai souci missionnaire : comment ne pas rester enfermés dans nos petits clubs de cathos, faire découvrir à d'autres qu'ils sont aimés aussi". Hier, il a eu une conversation d'une heure et demie avec "quatre jeunes adultes vraiment disponibles, sans préjugés, prêts à prendre leur vie en mains". Il a rencontré aussi une femme antillaise responsable des Équipes du Rosaire. "Tous sont habités par le profond désir que d'autres hommes, d'autres jeunes, découvrent quelque chose de la foi."

"Tout homme est appelé, donc 'travaillé au-dedans' - nous retrouvons sa conviction profonde - tout homme se pose des questions de sens et, quand il rencontre un évêque, il sait qu'il rencontre un homme de Dieu." Il aime rappeler la signification du mot évêque (episcope) : il est un veilleur et un éveilleur. Celui qui voit, comme Jérémie, les premiers signes de l'amandier en fleurs, ceux de l'accomplissement, et celui qui éveille à la foi. Il est aussi le père de famille de l'Évangile, celui qui veille sur sa maison et fait donner à chacun en son temps sa mesure de froment. En son temps, c'est-à-dire au bon moment, au juste moment, celui de Dieu pour chacun.

"Veilleur, que dis-tu de la nuit ?" La question du prophète invite à la vigilance, non au tourment. Si chaque journée de l'évêque commence par le temps de l'oraison et la célébration de l'eucharistie avec les prêtres qui vivent sous le même toit que lui, c'est encore dans le silence et l'abandon de la prière qu'elle s'achève : "J'ai en Dieu une confiance de petit enfant", disait-il au synode des enfants. "Quand arrive la nuit, je prie encore en marchant de long en large et je regarde ce qui m'attend le lendemain. 'A chaque jour suffit sa peine' (Mt 6, 34). Alors je dors tranquille." Il sait que dans la nuit, c'est Dieu lui-même qui garde son Église. Alors, l'évêque de Saint-Denis peut s'endormir en confiance. Et au matin continuer d'être, en toute rencontre et pour tout un peuple, un "éveilleur de la foi".

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