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Témoignage : Sophie Binggeli, laïque consacrée, chercheuse de vérité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Camille CAQUINEAU   

Offrir toute sa vie à Dieu et vivre au coeur du monde : c’est le choix de Sophie Binggeli. Cette femme laïque consacrée dans l’Institut Notre-Dame de Vie, enseigne la théologie à l’Ecole cathédrale. Elle est aussi responsable de pastorale en aumônerie.

"Je trouve dans l’enseignement de la théologie un dynamisme nourrissant et une source de joie", confie Sophie Binggeli, professeur à l’école Cathédrale.
A 45 ans, cette laïque consacrée depuis vingt ans dans l’Institut séculier Notre-Dame de Vie donne des cours au Collège des Bernardins à Paris. Son programme : la Tradition, la foi, la théologie mariale, la prière de saint Jean et un séminaire sur saint Marc.
Pour elle, la théologie touche "à l’étude de l’homme dans ce qu’il a de plus profond". Elle apprécie donc d’être elle-même "interpellée par les questions qui se posent pour en faire émerger la vérité".
Comme enseignante et tuteur, elle prend aussi part à la formation des séminaristes à la Faculté Notre-Dame, la faculté de théologie de l'École cathédrale. "Le programme comprend des cours dans lesquels est exposée la foi chrétienne. Il y a aussi des séminaires qui sont de véritables laboratoires de recherche ecclésiale de la vérité. Ma mission de tuteur consiste à accompagner le chemin intellectuel de l’étudiant, du séminariste." Un travail qui nécessite "patience et confiance", précise-t-elle. L’enjeu est de taille : la rencontre de Dieu dans l’Écriture Sainte et la Tradition constitue le point central de la formation des étudiants de la Faculté.

La vocation de laïque consacrée de Sophie Binggeli est de porter Dieu au coeur du monde. Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, carme fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie, a eu l’intuition d’envoyer des personnes témoigner de Dieu, par leur présence et leur activité, dans tous les milieux de vie. Cette vocation c’est " être comme le levain dans la pâte, orientant le monde de l’intérieur et le faisant revenir vers Dieu", témoigne la consacrée. Elle la vit à travers ses diverses activités d’enseignement. Comme tous les membres de l’Institut, au quotidien, sa vie "s'appuie sur l’oraison : le temps de la prière silencieuse consacrée à la rencontre avec Dieu et le temps d'amitié avec lui". L’eucharistie est aussi au centre de sa journée. "Je me rends présente au mystère de Dieu, avec toute ma vie, ma famille, mes amis, le monde…", précise-t-elle. Et chaque année, elle prend un long temps de retraite dans une des "maisons de solitude" de l’Institut, pour se ressourcer dans le silence et la vie fraternelle.

"Un contact intime avec le monde"

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Vénasque - Notre Dame de Vie © D.R.
A côté de sa mission d’enseignement, Sophie Binggeli est responsable de pastorale auprès des 4e et 3e de l’aumônerie des lycées publics Janson de Sailly et Delacroix, dans le 16e arrondissement de Paris. "Les deux missions sont indissociables, affirme-t-elle. Les jeunes reflètent la réalité du monde actuel et portent souvent des situations familiales lourdes. Leur transmettre la foi est pour moi une mission de chaque jour, toujours nouvelle tant le monde change rapidement. C’est une nécessité inscrite au coeur de ma foi, qui me place dans un contact intime avec le monde." À l’occasion d’une séance d’aumônerie ou au détour d’une conversation avec les jeunes ou leurs parents naît souvent l’idée d’un thème pour un cours aux Bernardins.
Cette passion pour la transmission de la foi n’est pas nouvelle pour elle et trouve ses racines dans un parcours où Dieu a pris petit à petit sa place. Pendant des études de pharmacie à Fribourg en Suisse, c’est surtout la musique qui l’intéresse : elle participe à de nombreux concerts comme altiste-violoniste. Dans le même temps, Sophie Binggeli s’engage au sein du mouvement "Christian Solidarity International" soutenir par la prière et l'action des chrétiens persécutés. Dans ce cadre, elle écrit une lettre au prêtre polonais Jerzy Popieluszko, qui meurt assassiné peu de temps après lui avoir répondu. "C’est la seule lettre que j’ai reçue en réponse à tous mes envois de l’autre côté du rideau de fer. Cela m’a profondément marquée", témoigne-t-elle. Elle a aussi l’occasion de travailler comme assistant pharmacien en officine. Dans le secret, la jeune femme porte dans la prière "les joies et les peines" des patients. Et c’est pour nourrir sa foi qu’elle rejoint à cette époque un groupe de prière animé par des séminaristes de l’Institut Notre-Dame-de-Vie, implantés à Fribourg pour y suivre leurs études. Peu à peu, elle découvre "l’importance que ce groupe prend" dans sa vie.

Une nouvelle amie : Edith Stein

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© D.R.
Tous ces engagements façonnent sa vie et, peu à peu, la jeune étudiante comprend que peut-être Dieu l’appelle… A 25 ans, à la fin de ses études de pharmacie, le choix devient évident : elle veut donner sa vie au Christ. La jeune femme s’oriente naturellement vers l’Institut Notre-Dame de Vie.

Elle quitte la Suisse pour entrer dans cette nouvelle famille, dont le centre principal se trouve à Venasque, dans le sud de la France. C’est là qu’elle en devient membre. Elle suit deux ans de formation à l’écart du monde : à l’école de la Parole de Dieu et des maîtres du Carmel, elle apprend à vivre en présence de Dieu. "Notre vocation est une vocation prophétique, celle qui est déjà contenue dans la devise du grand prophète Élie : "Il est vivant, Dieu, en présence de qui je me tiens." (cf. 1 Rois,17,1)."
A l’issue de cette première période de formation, elle se consacre à Dieu et à Notre Dame de Vie, dans un don total : par les voeux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Puis elle part à Lyon pour commencer de nouvelles études d’allemand et d’histoire des idées. Elle décide en 1995 de travailler sur la figure d’Édith Stein et choisit comme sujet de thèse : “la femme chez Edith Stein”. La future sainte devient pour elle "une amie". Elle vit cette dernière partie d’études comme "un renouvellement total" et consacre son mémoire de licence au théologien Henri de Lubac. Elle participe en outre à l’édition des oeuvres complètes d’Edith Stein en allemand. Puis, pour compléter son travail philosophique et littéraire, Sophie Binggeli part étudier la théologie à Bruxelles. Tout ce travail contribue à faire d’elle une spécialiste de cette femme hors du commun. Elle apprécie "l’actualité de son message et l’envergure de sa pensée". Et explique que "face à l’idéologie nazie qui calcule la valeur d’un homme à la pureté de son sang et nie Dieu, Edith Stein propose une vision complète de la personne humaine". Selon elle, sa pensée "nous invite à être vigilants dans un monde trop souvent dominé par la toute-puissance de l’argent, de la technique, des opinions médiatisées, et oublieux de la vérité totale sur l’homme, inséparable de Dieu."

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