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Une ordination secrète à Dachau Après cinq ans de détention, alors que sa maladie s’aggrave, Karl Leisner n’a plus qu’un mince espoir d’être ordonné prêtre. Le 6 septembre 1944 survient l’événement déterminant : l’arrivée dans le camp de Monseigneur Piguet, évêque de Clermont-Ferrand. Des plans s’échafaudent alors pour lui demander d’ordonner Karl, dont la santé se détériore très vite. La décision est prise le 21 octobre et une opération secrète est montée par le Père Pies qui coordonne les préparatifs. Un Père jésuite se charge de convaincre Monseigneur Piguet de l’importance et de la valeur symbolique de cette ordination : « L’ordination d’un prêtre dans ce camp d’extermination des prêtres serait une revanche de Dieu et un signe de victoire du sacerdoce sur le nazisme. »(1) Il faut toutefois les autorisations de l’évêque de Münster dont dépend Karl, et de celui de Munich, dans le diocèse duquel l’ordination aura lieu.  © Internationaler Karl-Leisner-Kreis Le Père Pies établit un réseau de contacts avec l’extérieur, grâce à la complicité de la comptable de la plantation du camp, une jeune fille de vingt ans, Josepha Imma Mack. Elle se prépare à la vie religieuse chez les sœurs de Freising et joue le rôle de messagère. En novembre 1944, elle fait sortir du camp deux lettres adressées à l’évêque de Münster et à l’archevêque de Munich. C’est elle qui rapporte de Munich l’autorisation et les objets de culte nécessaires. La réponse de Münster tarde : elle arrive en décembre, glissée entre les lignes d’une lettre de la sœur de Karl.A l’intérieur du camp, les préparatifs s’accélèrent. Un déporté russe ouvrage un anneau en laiton portant l’effigie de Notre-Dame de Dachau, un Père bénédictin allemand façonne une crosse en bois de chêne portant l’inscription Victor in vinculis (vainqueur dans les chaînes), un prêtre du diocèse de Trêves confectionne avec de l’étoffe violette, échangée dans les magasins des SS, les ornements épiscopaux et la mitre. Les derniers jours, à l’infirmerie, Karl essaie de reconstituer ses forces et se prépare spirituellement. Une répétition de la cérémonie a même lieu deux jours avant. Jusqu’au dernier jour, la surveillance des SS doit être déjouée.  © Internationaler Karl-Leisner-Kreis L’ordination a lieu le 17 décembre 1944, le troisième dimanche de l’Avent, celui de la joie. Monseigneur Piguet est entouré de prêtres du diocèse de Münster, des séminaristes et de nombreux autres prêtres, d’une vingtaine de nations. Karl porte une aube blanche, une chasuble pliée sur le bras gauche et un cierge allumé à la main droite. La messe commence dans un profond recueillement, dans le silence, puis s’élève le chant du Veni Creator. L’évêque s’agenouille sur la marche de l’autel, le diacre en aube blanche de tout son long par terre derrière lui. Après le chant de la litanie des saints, l’évêque se lève et étend les mains, demandant à Dieu de bénir, sanctifier et consacrer l’ordinand. Karl se relève et s’agenouille devant l’évêque qui lui impose les mains. Karl devient prêtre ; les prêtres de son diocèse de Münster l’entourent et lui imposent les mains. Prêtre, il ne le sera que huit mois et ne célébrera qu’une seule messe, mais les fruits de son sacerdoce se multiplieront après sa mort.Après la proclamation de l’Evangile, la chorale chante un cantique composé pour cette occasion. Les mains de Karl sont consacrées avec les huiles saintes et liées. Une grande ferveur règne dans les blocs 26, 28 et 30 où sont regroupés les prêtres. Karl va les bénir, puis a lieu une rencontre avec le groupe des pasteurs protestants. Comme l’écrivit Monseigneur Piguet, "rien, absolument rien ne manqua à la grandeur religieuse de pareille ordination, vraisemblablement unique dans les annales de l’histoire." cité par Mgr Piguet, « Prison et déportation », p. 102 et par R. Lejeune « Comme l’or passé au feu », p. 241 (Ed. du Parvis, Hauteville/Suisse, mai 1989).
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