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Missionnaire sur une île perdue du Pacifique, le père Damien a vécu avec les lépreux. Dans cet enfer de désespoir et de misère morale, il a réussi à façonner une communauté fraternelle. Il a été canonisé le 11 octobre 2009.
Joseph De Veuster naît le 3 janvier 1840 dans le village flamand de Tremolo, près de Louvain. Ses parents possèdent une petite ferme de briques rouges et une exploitation de quatre hectares. Il mène une enfance heureuse et simple au milieu de ses six frères et soeurs. Ils reçoivent une éducation pieuse avec, le soir avant la prière, une lecture commentée par leur mère de la vie des saints. Les
enfants apprennent très tôt la générosité et
le partage : chaque semaine des mendiants sont accueillis à la porte de la ferme. Encore enfant, sur le chemin de l’école, Joseph n’hésite pas à partager son goûter avec un mendiant : "Donnons-lui tout, ce pauvre garçon est toujours dans le besoin !"
Dès l’âge de treize ans, Joseph arrête ses études pour aider ses parents à la ferme, où il travaille pendant quatre ans. Toute sa vie, il aimera la vie au grand air et les travaux manuels. A dix-huit ans, il est envoyé à Brainele-Comte en Wallonie pour s’initier au français et parfaire ses connaissances. Pendant ce temps, son frère Auguste est entré au noviciat des Pères des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie à Louvain, sous le nom de frère Pamphile.
Silence et prière
La
vocation religieuse de Joseph s’affirme au cours d’un séjour auprès de son frère au couvent de Louvain. Ses parents, dont deux filles ont déjà choisi la vie religieuse, finissent par accepter que leur plus jeune fils emprunte une autre voie que celle du commerce. Joseph rejoint le noviciat de la congrégation le 2 février 1859, sous le nom de frère Damien. Malgré son bagage intellectuel d’abord jugé trop faible, ses grandes capacités d’apprentissage et son esprit vif lui permettent de s’orienter vers la prêtrise. Silence,
recueillement, prière sont pour lui les maîtres mots de sa préparation à la
profession religieuse.
Dix-huit mois plus tard, il prononce ses voeux perpétuels de pauvreté,
chasteté et obéissance, prosterné devant l’autel
conformément à la tradition de la congrégation, qui invite
les nouveaux religieux à "mourir avec le Christ afin que, comme
lui, ils ressuscitent à une vie nouvelle" (Rm 6, 5-6). Damien étudie
la philosophie un an à Paris, puis retourne à Louvain où, étudiant
plein de zèle, il suit deux ans de théologie.
Départ en mission
Dans la prière, Damien demande l’intercession de saint François-Xavier pour être envoyé en mission. L’occasion se présente très vite, lorsque son frère Pamphile, atteint du typhus, se trouve empêché de partir par la maladie : Damien se propose à ses supérieurs pour le remplacer. Après des adieux précipités à ses parents, il
embarque comme missionnaire le 9 novembre 1863 pour les îles Hawaï, en compagnie d’un prêtre, de quatre autres frères et de dix religieuses, tous animés par la parole du Christ : "Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples" (Mt 28, 19). La traversée est longue et mouvementée, puisqu’ils n’atteignent Honolulu qu’en mars de l’année suivante. Damien
est ordonné prêtre très peu de temps après son arrivée par l’évêque
du lieu.
Pendant
neuf ans, il exerce son apostolat sur l’île principale d’Hawaï
auprès des chrétiens des paroisses de Puno et de Koala. Sous le
soleil des tropiques, il découvre des populations simples et très
accueillantes qui vivent sans penser au lendemain, sans souci de la propriété privée.
Pour se faire plus proche d’elles, le Père Damien apprend la langue
hawaïenne. Sur le territoire étendu qui lui est confié, inlassablement,
il rend visite aux malades et aux personnes isolées, il fait le catéchisme,
il construit des chapelles et des écoles, il forme des "chefs
de prière" dans les villages éloignés. Son caractère
très affirmé lui permet de tenir sous ce climat auquel il n’est
pas habitué.
Déjà, il lui faut à nouveau tout quitter : répondant à un
appel de l’évêque, le Père Damien se porte
volontaire pour aller vivre parmi les lépreux, relégués
sur une partie de l’île de Molokaï accessible uniquement par
bateau. Il
y débarque à 33 ans, le 10 mai 1873, sans savoir qu’il
y passera le reste de sa vie. Les premiers contacts avec les lépreux
sont difficiles : "Leurs doigts et orteils sont quasiment mangés
et exhalent une odeur fétide, leur haleine également empoisonne
l’air. J’ai beaucoup de peine à m’y habituer… Ils
sont hideux à voir". Sans aucune compétence médicale,
il ne peut d’abord leur
offrir que sa présence affectueuse et les sacrements de l’Eglise. "Du
matin au soir, je suis au milieu des misères physiques et morales qui
navrent le coeur, cependant, je tâche de me montrer toujours gai afin de
relever le courage de mes infirmes… Mon plus grand
bonheur, ajoute-t-il, est de servir le Seigneur dans ces pauvres enfants malades,
repoussés
par les autres hommes."
Au-delà du salut des âmes, le Père Damien vit dans le souci constant du bien-être physique des lépreux. Sans se laisser rebuter par leur aspect repoussant, il partage leur vie, mange à leur table, panse leurs plaies et ouvre un magasin où ils peuvent s’approvisionner en vêtements chauds. Pour agrémenter leurs loisirs, il crée une fanfare. Il célèbre des obsèques décentes pour ceux qui meurent. Avec l’aide des plus valides, il construit un hôpital, des habitations, un orphelinat, une église et il fait venir l’eau jusqu’au village. En missionnaire
courageux, il tisse peu à peu des liens avec les gens. Progressivement,
l’égoïsme, l’immoralité et la désespérance font place à une communauté fraternelle et pacifiée.
Mais les conditions de vie du Père Damien demeurent très dures : il ne cesse de harceler ses supérieurs pour obtenir des vêtements, des matériaux de construction, une aide humanitaire, et se fait une réputation de gêneur têtu et désobéissant. Il souffre terriblement d’être éloigné de ses frères prêtres et de ne pas pouvoir se confesser aussi souvent qu’il le voudrait.
Le saint lépreux
En vivant si proche des lépreux, il finit par attraper la terrible
maladie, qui le défigure. Il ne baisse pas les bras mais redouble d’ardeur
et de dynamisme pendant les dernières années de sa vie. A l’image
du Christ, on peut dire de lui qu’il a aimé jusqu’au bout
les frères qui lui ont été confiés. La découverte
de sa maladie lui fait connaître un profond épanouissement spirituel
: "Je tâche de porter ma croix avec joie, comme notre Seigneur Jésus
Christ".
Le Père Damien meurt le 15 avril 1889.
Sa renommée se répand dans le monde entier et son rayonnement est immense. Grâce à lui, le regard sur les malades de la lèpre s’est transformé. De nombreuses associations de lutte contre la lèpre, dont la "Fondation Damien" en Belgique, naissent à cette époque. Fidèle à sa vocation picpucienne, le Père Damien a eu le courage de risquer sa vie et de se donner pour les plus déshérités.
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