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“Le génie du Père Sevin a été de comprendre toute la richesse éducative
du Mouvement de Baden-Powell. Mais ce que Baden-Powell avait laissé
dans un certain flou pour pouvoir accueillir tous les hommes de bonne
volonté, le Père Sevin, lui, l’a enraciné
solidement dans l’esprit de l’Évangile
et dans l’Église catholique." (Mgr Stéphane Desmazières, 1982)
C’est dans une famille chrétienne
très engagée dans l’action sociale que
naît Jacques Sevin, le 7 septembre
1882, à Tourcoing. Son père, qui
travaille dans le négoce, et sa mère,
musicienne et artiste, l’élèvent dans
l’amour de Dieu.  © D.R
Son enfance, marquée par la mort de
deux de ses frères, est rêveuse et
solitaire. Au collège chez les jésuites
à Amiens, Jacques écrit des poèmes
pendant les cours. Toute sa vie,
il continuera d’écrire poèmes et
chansons. Il s’enthousiasme pour la
marine et la chevalerie et veut devenir
marin.
Après un premier appel reçu à l’âge de
douze ans, un "tournant décisif" se
produit en la fête de sainte Thérèse
d’Avila, quinze jours après la mort de
Thérèse de Lisieux, survenue le 1er octobre
1897. La vocation sacerdotale de
Jacques Sevin mûrit rapidement et,
après avoir à peine entamé des études
d’anglais, il entre chez les jésuites en septembre 1900. Il effectue sa
formation dans le contexte difficile des
confiscations des biens de l’Église et de
l’exil des congrégations religieuses.
La découverte
du scoutisme
Sa rencontre avec le scoutisme se
produit au cours de l’été 1913, alors
qu’il est au séminaire en Belgique. A la
suite de deux articles du jésuite Henri
Cayes parus dans la revue "Études",
très défavorables à ce mouvement né
en Angleterre vers 1907, Jacques
profite de ses vacances pour aller
découvrir sur place les boy scouts
à Roehampton. Il en revient avec une
multitude d’informations et tout à fait
conquis.
 © D.R
Jacques Sevin est ordonné prêtre l’année suivante, à Enghien, le 2 août
1914. Pendant la guerre, il enseigne en
divers endroits, tout en continuant de réfléchir à la manière de développer le scoutisme. C’est une période de prière,
de rencontres et de maturation, alors
que foisonnent les initiatives locales.
Enfin, le 25 juillet 1920 est officiellement
créée la Fédération Catholique des
Scouts de France, dont les trois
co-fondateurs sont le chanoine
Cornette, aumônier général, Edouard
de Macédo et le Père Sevin, secrétaire
général, qui échangera très vite son
titre contre celui de commissaire général.
Travailleur acharné, il œuvre alors
sur tous les fronts, notamment
par la création et la rédaction du
mensuel "Le Chef", par de
nombreuses visites sur le terrain
et surtout par le recrutement et
la formation des chefs. Après
avoir participé à plusieurs camps
de formation en Angleterre, au
centre de Gilwell, il obtient de
Baden-Powell les diplômes
nécessaires et l’autorisation
d’établir en France un lieu de
formation des chefs : c’est Chamarande, en 1923. Ce camp de
formation a très vite une influence
considérable : on vient de toute
l’Europe pour y participer. Le Père Sevin
y joue un rôle majeur, tant sur le plan
pédagogique que spirituel. Comme le
scoutisme rencontre encore certaines
réticences au sein de l’Église, il se rend
à Rome pour en prendre la défense.
Un Ordre
Scout ?
Au-delà de la fondation des Scouts
de France, le Père
Sevin conçoit le projet
d’un ordre religieux
au sens strict destiné
à "sanctifier et maintenir"
l’entreprise éducative
des scouts, pour des
personnes célibataires
ou mariées, ayant des responsabilités dans le
mouvement.  © D.R.
Son influence et son dynamisme font
peur et des difficultés surgissent. Des
oppositions doctrinales provoquent
une crise : il est soudainement évincé
du quartier général le 15 mars 1933.
Cette rupture brutale et cette
ingratitude sont douloureuses pour
celui qui a servi le scoutisme pendant
des années. Refusant de se plaindre,
il accepte la décision avec obéissance,
sans aucune polémique et retourne
s’occuper de sa troupe à Lille tout en
animant de nombreuses retraites.
"Le scout sourit et chante dans les
difficultés", proclame la loi scoute…
A la fin de la seconde guerre mondiale,
il fonde, avec d’anciennes cheftaines,
la branche féminine de l’Ordre
religieux dont il avait rêvé : la Sainte
Croix de Jérusalem. Mère Jacqueline
Brière (1907-1989) en est la
co-fondatrice et la première prieure
générale. Le nouvel ordre est marqué
par les deux sources d’inspiration
constantes de Jacques Sevin :
"La spiritualité de la Sainte Croix de
Jérusalem [est] comme une synthèse
très souple et très vivante de plusieurs
spiritualités dont elle est l’héritière
[…] Ignace et sa passion de la Gloire
de Dieu, Thérèse d’Avila et son esprit
d’amour et d’adoration, Thérèse de
l’Enfant-Jésus avec sa simplicité, son
esprit de confiance et son abandon d’enfant entre les bras de l’Amour
miséricordieux."
La spiritualité du Père Jacques Sevin
était fondée sur la contemplation de
la croix glorieuse de Jésus, la croix de
Jérusalem, dont il fit l’insigne des
scouts de France, entourant la fleur
de lys de Baden-Powell. Et c’est avec
son crucifix en bois entre les mains,
"mon compagnon" disait-il, qu’il
meurt doucement en 1951 à Boran-sur-Oise, où se trouve toujours
le prieuré général de l’Ordre qu’il a
fondé. Son agonie est décrite comme
particulièrement édifiante par tous
ceux qui l’entourent : pleine de
ferveur, de paix et de sérénité. Bien
des années plus tard, son procès en
béatification est ouvert à Rome.
Une œuvre
considérable
 © D.R. Convaincu qu’ "un vrai scout est un
chevalier chrétien [et que] l’esprit
scout, c’est l’esprit chrétien mis en
pratique", le Père Sevin a évangélisé
la loi scoute. Grâce à lui, le don de soi
développé par Baden-Powell n’est
plus seulement philanthropique mais
chrétien. Article par article, il a réécrit
la loi scoute à la lumière de l’Évangile ;
le sixième article "Le scout est bon
pour les animaux" devient ainsi "Le scout voit dans la nature l’œuvre de
Dieu : il aime les plantes et les
animaux". Jacques Sevin a placé au
cœur de l’idéal scout la vérité, la
charité, l’amitié, la joie et la pureté de
cœur et d’esprit.
Le regard plein de bienveillance, où
transparaissait une bonté sans limite,
il défendait un scoutisme ouvert à
tous et s’attachait en particulier à y
accueillir les handicapés physiques ou
mentaux. "Les enfants que nous
revendiquons comme plus spécialement
nôtres, ce sont ceux dont les œuvres
existantes ne veulent pas ou ne
veulent plus." La pédagogie scoute
repose sur l’amour et la confiance.
Baden-Powell qualifia publiquement
Jacques Sevin de "meilleur traducteur
de [sa] pensée".
Il fut enfin l’auteur d’une multitude
de prières et de chansons, reprises
par des générations et des
générations, parmi lesquelles la
fameuse "prière scoute" et le "chant
des adieux", sur un air traditionnel
écossais.  © D.R.
A lire pour en savoir plus :
"Jacques Sevin, fondateur et mystique",
par Madeleine Bourcereau (Salvator, 2007)
"Jacques Sevin, une identité", par André
Manaranche, sj. (Fayard, 1999)
"100 ans de scoutisme", Scouts et Guides
de France, Les Presses d’Ile-de-France, 2007
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