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Page 2 sur 3 Une spiritualité de la paix  © www.san-francesco.org Il leur faut annoncer la paix. Mais, pour François, c'est clair : pas de paix sans pauvreté. Lorsqu'il vient à Rome pour y faire reconnaître sa Règle, les cardinaux lui objectent la trop grande radicalité de son projet. Aux prélats qui lui reprochent de ne rien vouloir posséder, François répond : "Mes seigneurs, si nous avions des terres, il nous faudrait des armes pour les défendre". François connaît, à partir de son expérience et de son propre cœur, le danger des richesses : cette sclérose qui replie et fait oublier Dieu, et détourne les biens de leur vocation à être partagés. Le Christ, Prince de la Paix, nous a montré la route : être pauvre sur la terre, le trésor est au Ciel. Libre de tout attachement pour rester ouvert, mendiant devant le Père de qui vient tout bien, mendiant devant le frère et toute créature, par lesquels Dieu prodigue tout bien. La pauvreté de François est d'abord mystique.Dans ce sens, François fera vite l'expérience que le renoncement aux biens n'est pas la pauvreté la plus radicale. La richesse dont l'homme est le plus encombré, c'est l'attachement à son cher moi, à sa volonté propre. C'est de cela qu'il doit finalement s' exproprier. C'est en ce retranchement de son être qu'il doit porter l'effort de sa conversion : ce lieu ontologique où il persiste à se faire Dieu en se croyant, au bout du compte, maître de sa vie, s'y accrochant comme s'il avait quelque pouvoir de la conserver. Au creux de ce drame essentiel, tout est bon alors pour se rassurer, donner le change, camoufler ses angoisses, ses béances : possession, pouvoir, séduction... et les violences qu'ils génèrent. Le grand Christ de saint Damien a plongé François dans un tout autre univers. Devant Lui, dans son regard, il devient possible de se réconcilier avec son existence pauvre et blessée, mais aimée, follement aimée. La pauvreté assumée devant Dieu nous situe dans la relation juste à nous-mêmes et aux autres et rend possible la fraternité. Voici les missionnaires de la paix, armés de leur faiblesse, envoyés en pâture "comme des agneaux au milieu des loups". Il se formeront sur la route, au gré des rencontres et des événements. Leur consécration les rend libres pour les audaces les plus risquées.
Puisque Dieu est "Notre Père", il ne reste plus qu'à vivre en frère avec les autres hommes, et même avec toute créature. Voilà la foi de François et sa logique. Le "poverello" (petit pauvre) est simple. Il n'est pas un militant. A bien y regarder, il n'a pas fait beaucoup. Il passait même la majeure partie de son temps en ermitage. Il n'a pas organisé de croisade de la paix. Mais il s'est situé dans son époque comme un croyant qui vit de l'Évangile en en assumant les risques. Et le peu qu'il a fait a touché juste. Envoyé par le Christ pour annoncer la paix, il se sentait responsable de la paix. Un jour, l'évêque d'Assise excommunia le maire pour des raisons d'argent. François, bien malade déjà, eut pitié d'eux et dit à ses compagnons : "C'est une grande honte pour nous, les serviteurs de Dieu, qu'il ne se trouve personne, quand le podestat et l'évêque se haïssent ainsi, pour rétablir entre eux la paix et la concorde !" Quelle phrase extraordinaire : se sentir responsable et mandaté pour intervenir dans un conflit qui ne nous concerne pas en premier chef "afin de rétablir la paix et la concorde". Pas de fatalisme. Basta le syndrome de l'impuissance !  © www.san-francesco.org En fait, construire la paix n'est-ce pas devenir capable de voir les situations dans leur vérité ultime, c'est-à-dire dans la profondeur des liens qui existent au-delà des tensions et dissensions ? Comment deux chrétiens peuvent-ils se déchirer ?Il y a des armes pour la guerre. Il y a peut-être des armes pour la paix : François envoie deux de ses frères au cœur du conflit qui oppose les notables d’Assise. Il les envoie avec la recommandation de chanter son "cantique du frère soleil". Il y a juste ajouté une strophe : "Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour Toi." Pas de discours culpabilisant, mais le rappel d'une douceur essentielle, d'une beauté plus originelle que le péché : vous êtes frères devant Dieu ! François croit au rayonnement contagieux des cœurs pacifiés. "Alors tous deux, avec beaucoup d'affection et de tendresse, s'étreignirent et s'embrassèrent"… "En Terre sainte, les chevaliers croisés d'Occident et les musulmans se dressent les uns contre les autres", notions-nous plus haut. François aurait pu aller vers le martyre en partant rencontrer le Sarrasin à Damiette. Mais il rencontra un priant, et sut y reconnaître un croyant, un frère. La rencontre sera son œuvre de paix au cœur de la croisade, qui durera pourtant. On raconte que le village de Gubbio était en proie aux méfaits d'un redoutable loup. Il dévorait les gens qui osaient s'aventurer hors les murs. Tout le monde connaît l'histoire de ce loup affamé qui, pour survivre, devait tuer. Il est le symbole de toutes les violences qui naissent du rejet, de l'injustice, du manque de l'essentiel. François se révèle en cet événement plein de cette compassion qui seule peut percevoir derrière le délit la détresse, et derrière le prédateur un pauvre, lui aussi, en fait. François nous signifie aussi que la paix n'est pas qu'un doux rêve et qu'elle nécessite des lois sociales qui permettent à chacun d'avoir sa part des biens de la terre. François conclut un contrat entre le loup - "frère loup" - et les habitants de Gubbio.
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