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Thérèse a ramené le Carmel à sa règle primitive, afin de suivre le Christ dans la prière, la pauvreté et la simplicité d’une
vie fraternelle.
A sept ans, la petite
Thérèse d’Avila s'enfuit de chez
elle : elle espère être capturée par
les Sarrasins afin de se voir ouvrir
les portes du Ciel par le martyre !
Elle réussit à entraîner un de ses
frères dans l’aventure. Mais un
oncle, croisé sur le chemin,
ramène vite les enfants à la
maison.
Cet épisode est le reflet de
l’enfance de Teresa de Cepeda y
Ahumada : une période heureuse
et passionnée, nourrie par la
rêverie et la lecture de romans de
chevalerie et de vies de saints.
La petite est la sixième d'une
famille de douze enfants : trois
filles et neuf garçons. Ses parents
sont d'une noblesse aisée et
profondément croyants. Elle naît à Avila, petite ville de Vieille Castille
entourée de murailles, le 28 mars
1515, à l'orée du Siècle d'Or
espagnol marqué par la
découverte du Nouveau Monde et
par un renouveau spirituel
considérable.
Thérèse commence tôt à rêver
à la vie religieuse, tout en se
plongeant avec délices dans les
intrigues amoureuses de
l'adolescence. Elle est coquette
à cette époque, selon ses propres
aveux.
Sa mère, Doña Beatrix, meurt
quand Thérèse n'a que 14 ans.
Quelques années après, son père
l'envoie en pension au couvent
des Augustines pour y poursuivre
ses études. C'est une jeune femme intelligente, très aimée par
ceux qui l'entourent, et la vie
mondaine ne lui déplaît pas.
Elle hésite pendant quelque temps
entre la vie religieuse et le
mariage : "Toutes les choses de
Dieu me donnaient grand
contentement, mais celles du
monde me tenaient attachées."
(Vie Ch. 7). La lecture des Épîtres
de saint Jérôme provoque chez
elle l'envie d'entrer dans la vie
monastique, mais son père s'y
oppose et lui demande d'attendre
sa mort pour faire ce qu'elle veut.
Fidèle à elle-même, Thérèsen'attend pas et suit plutôt l'élan
intérieur qui l'anime : elle décide,
en 1536, de s’enfuir de chez son
père pour entrer au Carmel de l'Incarnation, à Avila, où l’une de
ses amies l'a précédée. Elle y
prend le nom de Thérèse de Jésus
et découvre dans la prière
silencieuse le lieu de l’amitié et de
l’intimité avec le Christ.
A 22 ans,
elle prononce ses voeux solennels,
le 3 novembre 1537.
Expériences mystiques
 © D. R. 1538 : Thérèse tombe très malade
et doit retourner dans sa famille.
Elle est si gravement atteinte
qu'elle reçoit l'extrême onction.
On lui creuse même une tombe...
Mais après plusieurs jours de
coma, elle se réveille. Elle retourne
au monastère mais reste très
souffrante pendant trois longues
années. Elle se confie à l'intercession de saint Joseph, dont
elle dira plus tard que "les âmes
gagnent beaucoup à se confier
à lui", et se rétablit peu à peu.
Le Carmel est à cette époque un
monastère non cloîtré, qui suit la
"règle mitigée", permettant aux
religieuses de sortir et de recevoir
des visites. Après s'en être plus ou
moins accommodée pendant une
vingtaine d'années, Thérèse
décide de vivre plus profondément
sa vocation de carmélite.
En 1554, deux événements
marquent un tournant important
dans sa vie. Un jour, elle se trouve
face à face, dans l'oratoire de son
couvent, avec une statue du Christ
flagellé, couvert de plaies.
A l’instant, son coeur se brise :
elle se met à genoux et
supplie d'être fortifiée. La
même année, elle lit les
Confessions de saint Augustin et
se découvre des points communs
avec lui.
Thérèse change profondément :
elle ressent un attrait croissant
pour l'oraison, évite désormais les
rencontres mondaines au parloir
du couvent et redouble de ferveur
et de constance dans l'oraison, ce "commerce d'amitié avec celui
dont nous savons qu'il nous
aime".
Elle connaît alors une série
d'expériences mystiques :
lévitations, transverbération, et
apparitions au cours desquelles
elle contemple l'humanité et
l'amour du Christ. Elle décrit, par
exemple, la vision qu'elle a d'un
ange lui transperçant le coeur avec
un dard : "Je voyais donc l'Ange
qui tenait dans la main un long
dard en or, dont l'extrémité en fer
portait, je crois, un peu de feu. Il
me semble qu’il le plongeait au
travers de mon coeur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles [...] La douleur était
si vive qu'elle me faisait pousser des gémissements dont
j'ai parlé [...] Ce n'est pas une
souffrance corporelle [...] C'est un
échange d'amour si suave entre
Dieu et l'âme..." Cette rencontre
est le sujet du célèbre groupe
sculpté par Le Bernin pour l'église
Santa-Maria-della-Vittoria à Rome.
La réforme du Carmel
 © Esprit-photo.com Devenue familière de l'oraison
mystique, Thérèse ressent de plus
en plus le besoin de revenir à la
règle primitive du Carmel, afin de
suivre le Christ dans la prière, la
pauvreté et la simplicité d’une vie
fraternelle. Malgré l'hostilité des
populations et autorités locales,
elle parvient en août 1562 à
fonder le couvent de Saint-Joseph
d'Avila avec l'autorisation de
Rome. Pour montrer leur volonté
de dépouillement, les religieuses
sont "déchaussées". Les
vocations affluent et la renommée
de Thérèse, la Madre, déclenche
des mouvements de ferveur
exceptionnels.
Le prieur général du Carmel
charge Thérèse de créer autant de
couvents réformés qu'elle le
pourra. Ainsi, ce sont quinze
monastères qui sont
successivement établis sous ses
ordres. Thérèse voyage beaucoup,
par tous les temps, et s'affaiblit
progressivement. Une réforme analogue dans les couvents de la
branche masculine du Carmel est
initiée par un jeune moine,
avec lequel Thérèse se lie d'une
forte amitié spirituelle : il s'appelle
Jean de la Croix. "S'il est petit par
la taille, il est grand, je le sais, aux
yeux de Dieu", dit-elle de lui.
Après de multiples difficultés, la
réforme s'étend à toute l'Espagne.
Sentant sa fin proche, en
septembre 1582, Thérèse désire
rentrer à Avila. Elle fait un détour
à Alba de Tormes, où elle perd
connaissance, crache du sang et
reste clouée au lit. Elle ne
retournera jamais à Avila de son
vivant.
Elle rend son dernier soupir
le 4 octobre 1582, en redisant tout son
attachement et son amour pour
l'Eglise en cette simple phrase : “Je suis fille
de l'Eglise.”
 © P. Bernard Prunet Foch L'incessante activité fondatrice de
Thérèse se conjugue avec une vie
spirituelle intense. Elle laisse une
oeuvre écrite prodigieuse, rédigée
à la demande expresse de ses
confesseurs, composée d'écrits
humbles, dans un style direct,
proche de la conversation. Elle voit
l’homme comme un Château dont
le trésor se trouve à l’intérieur :
la présence de Dieu en lui.
L'oraison est la clé qui permet
d'ouvrir la porte de ce Château et
de rejoindre l’Hôte qui s’y trouve.
Les degrés de progression dans
cette prière silencieuse
dépossèdent l'homme de lui-même.
Au fur et à mesure que sa vie intérieure se simplifie et se
purifie, la présence divine s'affirme
et rayonne au centre de l'âme.
Dans son Livre des demeures ou le
Château intérieur (1577), Thérèse
décrit les sept degrés que l'âme
doit franchir pour parvenir à
l'union avec Dieu.
Canonisée dès 1622, en même
temps que deux autres Espagnols
illustres, Ignace de Loyola et
François Xavier, elle est la première
femme à être proclamée Docteur
de l'Église, en 1970.
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