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Sainte Thérèse d'Avila : Dieu seul suffit Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Eric Madre   

Thérèse a ramené le Carmel à sa règle primitive, afin de suivre le Christ dans la prière, la pauvreté et la simplicité d’une vie fraternelle.

A sept ans, la petite Thérèse d’Avila s'enfuit de chez elle : elle espère être capturée par les Sarrasins afin de se voir ouvrir les portes du Ciel par le martyre ! Elle réussit à entraîner un de ses frères dans l’aventure. Mais un oncle, croisé sur le chemin, ramène vite les enfants à la maison.
Cet épisode est le reflet de l’enfance de Teresa de Cepeda y Ahumada : une période heureuse et passionnée, nourrie par la rêverie et la lecture de romans de chevalerie et de vies de saints. La petite est la sixième d'une famille de douze enfants : trois filles et neuf garçons. Ses parents sont d'une noblesse aisée et profondément croyants. Elle naît à Avila, petite ville de Vieille Castille entourée de murailles, le 28 mars 1515, à l'orée du Siècle d'Or espagnol marqué par la découverte du Nouveau Monde et par un renouveau spirituel considérable.

Thérèse commence tôt à rêver à la vie religieuse, tout en se plongeant avec délices dans les intrigues amoureuses de l'adolescence. Elle est coquette à cette époque, selon ses propres aveux.
Sa mère, Doña Beatrix, meurt quand Thérèse n'a que 14 ans. Quelques années après, son père l'envoie en pension au couvent des Augustines pour y poursuivre ses études. C'est une jeune femme intelligente, très aimée par ceux qui l'entourent, et la vie mondaine ne lui déplaît pas.

Elle hésite pendant quelque temps entre la vie religieuse et le mariage : "Toutes les choses de Dieu me donnaient grand contentement, mais celles du monde me tenaient attachées." (Vie Ch. 7). La lecture des Épîtres de saint Jérôme provoque chez elle l'envie d'entrer dans la vie monastique, mais son père s'y oppose et lui demande d'attendre sa mort pour faire ce qu'elle veut. Fidèle à elle-même, Thérèsen'attend pas et suit plutôt l'élan intérieur qui l'anime : elle décide, en 1536, de s’enfuir de chez son père pour entrer au Carmel de l'Incarnation, à Avila, où l’une de ses amies l'a précédée. Elle y prend le nom de Thérèse de Jésus et découvre dans la prière silencieuse le lieu de l’amitié et de l’intimité avec le Christ.
A 22 ans, elle prononce ses voeux solennels, le 3 novembre 1537.

Expériences mystiques

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© D. R.
1538 : Thérèse tombe très malade et doit retourner dans sa famille. Elle est si gravement atteinte qu'elle reçoit l'extrême onction. On lui creuse même une tombe... Mais après plusieurs jours de coma, elle se réveille. Elle retourne au monastère mais reste très souffrante pendant trois longues années. Elle se confie à l'intercession de saint Joseph, dont elle dira plus tard que "les âmes gagnent beaucoup à se confier à lui", et se rétablit peu à peu.

Le Carmel est à cette époque un monastère non cloîtré, qui suit la "règle mitigée", permettant aux religieuses de sortir et de recevoir des visites. Après s'en être plus ou moins accommodée pendant une vingtaine d'années, Thérèse décide de vivre plus profondément sa vocation de carmélite.
En 1554, deux événements marquent un tournant important dans sa vie. Un jour, elle se trouve face à face, dans l'oratoire de son couvent, avec une statue du Christ flagellé, couvert de plaies. A l’instant, son coeur se brise : elle se met à genoux et supplie d'être fortifiée. La même année, elle lit les Confessions de saint Augustin et se découvre des points communs avec lui.
Thérèse change profondément : elle ressent un attrait croissant pour l'oraison, évite désormais les rencontres mondaines au parloir du couvent et redouble de ferveur et de constance dans l'oraison, ce "commerce d'amitié avec celui dont nous savons qu'il nous aime".

Elle connaît alors une série d'expériences mystiques : lévitations, transverbération, et apparitions au cours desquelles elle contemple l'humanité et l'amour du Christ. Elle décrit, par exemple, la vision qu'elle a d'un ange lui transperçant le coeur avec un dard : "Je voyais donc l'Ange qui tenait dans la main un long dard en or, dont l'extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semble qu’il le plongeait au travers de mon coeur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles [...] La douleur était si vive qu'elle me faisait pousser des gémissements dont j'ai parlé [...] Ce n'est pas une souffrance corporelle [...] C'est un échange d'amour si suave entre Dieu et l'âme..." Cette rencontre est le sujet du célèbre groupe sculpté par Le Bernin pour l'église Santa-Maria-della-Vittoria à Rome.

La réforme du Carmel

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© Esprit-photo.com
Devenue familière de l'oraison mystique, Thérèse ressent de plus en plus le besoin de revenir à la règle primitive du Carmel, afin de suivre le Christ dans la prière, la pauvreté et la simplicité d’une vie fraternelle. Malgré l'hostilité des populations et autorités locales, elle parvient en août 1562 à fonder le couvent de Saint-Joseph d'Avila avec l'autorisation de Rome. Pour montrer leur volonté de dépouillement, les religieuses sont "déchaussées". Les vocations affluent et la renommée de Thérèse, la Madre, déclenche des mouvements de ferveur exceptionnels.

Le prieur général du Carmel charge Thérèse de créer autant de couvents réformés qu'elle le pourra. Ainsi, ce sont quinze monastères qui sont successivement établis sous ses ordres. Thérèse voyage beaucoup, par tous les temps, et s'affaiblit progressivement. Une réforme analogue dans les couvents de la branche masculine du Carmel est initiée par un jeune moine, avec lequel Thérèse se lie d'une forte amitié spirituelle : il s'appelle Jean de la Croix. "S'il est petit par la taille, il est grand, je le sais, aux yeux de Dieu", dit-elle de lui. Après de multiples difficultés, la réforme s'étend à toute l'Espagne. Sentant sa fin proche, en septembre 1582, Thérèse désire rentrer à Avila. Elle fait un détour à Alba de Tormes, où elle perd connaissance, crache du sang et reste clouée au lit. Elle ne retournera jamais à Avila de son vivant.
Elle rend son dernier soupir le 4 octobre 1582
, en redisant tout son attachement et son amour pour l'Eglise en cette simple phrase : “Je suis fille de l'Eglise.

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© P. Bernard Prunet Foch
L'incessante activité fondatrice de Thérèse se conjugue avec une vie spirituelle intense. Elle laisse une oeuvre écrite prodigieuse, rédigée à la demande expresse de ses confesseurs, composée d'écrits humbles, dans un style direct, proche de la conversation. Elle voit l’homme comme un Château dont le trésor se trouve à l’intérieur : la présence de Dieu en lui. L'oraison est la clé qui permet d'ouvrir la porte de ce Château et de rejoindre l’Hôte qui s’y trouve. Les degrés de progression dans cette prière silencieuse dépossèdent l'homme de lui-même. Au fur et à mesure que sa vie intérieure se simplifie et se purifie, la présence divine s'affirme et rayonne au centre de l'âme. Dans son Livre des demeures ou le Château intérieur (1577), Thérèse décrit les sept degrés que l'âme doit franchir pour parvenir à l'union avec Dieu.

Canonisée dès 1622, en même temps que deux autres Espagnols illustres, Ignace de Loyola et François Xavier, elle est la première femme à être proclamée Docteur de l'Église, en 1970.

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