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Page 2 sur 6 La grâce de Noël 1886  © Office Central de Lisieux Thérèse connaît ce soir là une guérison radicale : elle est délivrée des névroses qui la maintenaient dans l’enfance, enfermée sur elle-même et incapable d’avancer malgré dix ans d’efforts (les dix ans qui se sont écoulés depuis la mort de sa mère, disparition qui fut la cause principale de ses difficultés).En cette nuit de lumière commença la troisième partie de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du ciel... En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. Comme ses apôtres, je pouvais lui dire : "Seigneur, j’ai pêché toute la nuit sans rien prendre." Plus miséricordieux encore pour moi qu’il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit lui-même le filet, le jeta et le remplit de poissons... Il fit de moi un pêcheur d’âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n’avais pas senti aussi vivement... Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse !... Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : «J’ai soif !» Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive... Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes... Ce n’était pas encore les âmes des prêtres qui m’attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles... (MssA 45v°). C’est alors que Thérèse raconte "l’affaire Pranzini", son premier pécheur : J’entendis parler d’un grand criminel qui venait d’être condamné à mort pour des crimes horribles, tout portait à croire qu’il mourrait dans l’impénitence. Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer (...) J’offris au Bon Dieu tous les mérites infinis de Notre-Seigneur, les trésors de la Sainte Église, enfin je priai Céline de faire dire une messe dans mes intentions(...) Je sentais au fond de mon cœur la certitude que mes désirs seraient satisfaits(...) Je dis au Bon Dieu que j’étais bien sûre qu’il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini, que je le croirais (que je croirais que Dieu lui pardonnerait NDLR), même s’il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de repentir, tant j’avais confiance en la miséricorde infinie de Dieu, mais que je lui demandais seulement un signe de repentir pour ma simple consolation. (MssA, 45v°). On sait comment, d’après le journal "La Croix", au moment de monter sur l’échafaud, Pranzini embrassa par trois fois le crucifix que lui tendait l’aumônier : Thérèse avait son signe. Il faut noter comment Thérèse découvre progressivement sa vocation personnelle : - son désir initial est «d’entrer au Carmel pour Jésus», - puis elle veut «prier pour les pécheurs», - ensuite, après le pèlerinage à Rome, elle désire prier pour les prêtres : Ce que je venais faire au Carmel, je l’ai déclaré aux pieds de Jésus-Hostie, dans l’examen qui précéda ma profession : "je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres" (MssA 69v°). Plus tard, elle découvrira sa véritable vocation : Au cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour.
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