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Sœur Rosalie Rendu a incarné la charité
dans le Paris du XIXe siècle. Née juste avant
la Révolution de 1789, c’est dans une société
post-révolutionnaire déchristianisée et appauvrie qu’elle donne sa vie au service
des plus pauvres. Jean-Paul II l’a béatifiée
le 9 novembre 2003.
Jeanne-Marie Rendu naît le
9 septembre 1786 à Confort, au pays
de Gex, dans le Jura. Ses parents, petits
propriétaires montagnards, vivent dans
l’aisance et la simplicité et sont estimés
dans tout le pays.
Jeanne-Marie a trois ans lorsqu’éclate
la Révolution. Dès 1790, l’adhésion par
serment à la Constitution civile du
clergé est imposée. La maison de la
famille Rendu devient un refuge pour
les prêtres réfractaires. Jeanne-Marie
grandit dans ce contexte de foi
chrétienne, sans cesse exposée au
danger de la dénonciation. Elle fait
même sa première communion une
nuit, au fond d’une cave. Ce climat
d’héroïque piété forge son caractère :
elle devient une jeune fille vive,
espiègle, droite et volontaire.
En 1796, la famille est bouleversée par
le décès du père et de la dernière petite
sœur, âgée de quatre mois. C’est
l’aînée qui va aider la mère à élever ses
trois sœurs. Au lendemain de la Terreur,
les esprits s’apaisent et la vie reprend.
Madame Rendu envoie Jeanne-Marie
étudier au pensionnat des sœurs
Ursulines, à Gex. Au cours d’une
promenade, elle découvre un hôpital
où les Filles de la Charité s’occupent
des malades et des pauvres. Elle y
effectue un stage à la fin duquel elle
exprime le grand désir de devenir elle
aussi Fille de la Charité.
Le 25 mai 1802, Jeanne-Marie a
16 ans. Elle entre déjà au noviciat de la
maison mère des Filles de la Charité,
rue du Vieux Colombier à Paris. Mais sa
santé est fragile et son zèle à vouloir
répondre aux exigences de sa nouvelle
vie la détériore. Elle est donc envoyée
dans la petite communauté de la rue
des Francs-Bourgeois qui sera
transférée plus tard rue de l’Epée-de-Bois, dans le quartier Mouffetard.
Là, elle reçoit le nom de Rosalie, pour
la distinguer d’une autre religieuse qui
porte le même prénom qu’elle. Elle y
restera cinquante-quatre ans au cours desquels elle ne tendra que vers un
but : "Traquer la misère pour rendre à
l’homme sa dignité."
Une Supérieure
engagée En ce début du XIXe siècle, le quartier
Mouffetard est le plus misérable d’une
capitale en pleine expansion. Les
pauvres s’y entassent, victimes de la misère et de tous les vices : taudis
insalubres, maladies, détresse du
chômage, vols, alcoolisme… Sœur
Rosalie y fait son apprentissage,
accompagnant les sœurs dans la visite
des pauvres et des malades. Elle
enseigne déjà le catéchisme et la
lecture aux petites filles accueillies à
l’école gratuite. Elle prononce ses vœux
en 1807, entourée de sa communauté.  © C. Burkel En 1815, lors de l’occupation étrangère
de Paris, après la chute de Napoléon,
sœur Rosalie est nommée Supérieure
de sa petite communauté du Ve
arrondissement. Sa soif d’action, son
dévouement, son autorité naturelle,
son humilité, sa compassion et ses
capacités d’organisation se révèlent
dans sa lutte contre la misère. Les
ravages du libéralisme économique de
l’époque accentuent le nombre et la
misère de "ses pauvres", comme elle
les appelle. Ses sœurs sont envoyées
dans tous les recoins de la paroisse
Saint-Médard, pour apporter vivres,
vêtements, soins, ou paroles
réconfortantes. Pour venir en aide à
tous ceux qui souffrent, elle ouvre une
pharmacie, une école, un dispensaire,
un orphelinat, une crèche, un
patronage pour les jeunes ouvrières,
une maison pour les vieillards sans
ressources... Son exemple stimule ses
sœurs à qui elle répète souvent : "Une
fille de la Charité est comme une borne
sur laquelle tous ceux qui sont fatigués
ont le droit de déposer leur fardeau."
Elle est sévère sur la manière dont les
sœurs reçoivent les pauvres : "Ils sont
nos seigneurs et nos maîtres !" On
l’appelle "l’ange du quartier" et "la
mère de toute les mères"."Donnez-vous
vous-même" Elle incite ses sœurs à prendre le temps
de l’oraison avant les visites aux
pauvres. La maison des malades est son
monastère, les murs de la ville et les
salles d’hôpitaux, son cloître. Sa foi,
ferme comme un roc, lui révèle Jésus
Christ en toute circonstance : "Jamais
je ne fais si bien l’oraison que dans la
rue", dit-elle. Sa vie de prière est
intense.
Plus que l’action, le plus précieux à ses
yeux est de sauver les âmes. Elle
instruit, catéchise, évangélise particulièrement les malades et les
mourants. Elle élève les âmes vers des
réalités surnaturelles par la prière et la
réception des sacrements. Dans ce
quartier où Dieu est souvent
méconnu, personne ne repousse le
prêtre envoyé par sœur Rosalie.
Ses supérieures lui confient les
postulantes et les jeunes sœurs, pour
les former. Un jour, elle donne à une
de ses sœurs en difficulté ce conseil
qui était le secret de sa vie : "Si vous
voulez que quelqu’un vous aime,
aimez d’abord en premier ; et si vous
n’avez rien à donner, donnez-vous
vous-même."
Sa renommée se répand dans tous les
quartiers de la capitale et au-delà,
dans les villes de province. Les
particuliers, les associations, les ordres
religieux, l’Église, l’État : tout le
monde s’adresse à elle ! Elle finit par
entraîner la charité publique et privée
dans la lutte contre la pauvreté. Les
dons affluent vite, car les riches ne
savent pas résister à cette femme si
persuasive. Les souverains qui se
succèdent à la tête du pays ne
l’oublient pas dans leurs libéralités.
Les riches comme les pauvres viennent
dans son parloir. Ils viennent trouver
auprès d’elle du soutien, des conseils,
ou encore "une bonne œuvre" à
accomplir. Sœur Rosalie accueille des
personnalités éminentes telles que
l’ambassadeur d’Espagne, Donoso
Cortés, Charles X, le général
Cavaignac, des écrivains et des
hommes politiques, des évêques, et
même l’empereur Napoléon III et sa
femme. Pleine de compassion, de
délicatesse et de clairvoyance, d’une
autorité quasi maternelle, elle se
montre franche dans ses paroles, avec
un brin de sévérité s’il le faut. En cornette sur
les barricades
Les étudiants de tous les horizons
viennent frapper à sa porte ou à sa
modeste "Banque de la Providence".
Parmi eux, elle inspire, oriente et
appuie les projets du cofondateur de
la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, le bienheureux Frédéric Ozanam,
et le vénérable Jean-Léon Le Prévost,
futur fondateur des Religieux de
Saint-Vincent-de-Paul. Elle a été au
centre du déploiement d’un réseau de charité qui caractérisa Paris et la
France dans la première moitié du
XIXe siècle.
Durant la Révolution de 1830 et
1848, les émeutiers élèvent des
barricades. Des luttes sanglantes
opposent le pouvoir à une classe
ouvrière déchaînée. Sans crainte de
perdre sa vie, cette dame en cornette
blanche monte sur les barricades et
s’interpose entre les belligérants. Elle
parcourt les rues, parlemente avec les
insurgés, secourt les blessés, protège
les réfugiés. Sœur Rosalie clame :
"On ne tue pas ici !" Comme jadis ses
parents, elle donne asile à
l’archevêque. Une foule
immense la suit La guerre civile terminée, une
épidémie de choléra fait des centaines
de victimes par jour, à Paris. Courant
tous les risques, sœur Rosalie va
jusqu’à ramasser elle-même les corps
abandonnés dans les rues. Avec
ingéniosité et courage, et grâce au
dévouement des Filles de la Charité,
elle organise les secours.
En 1852, Napoléon III décide de lui
remettre la Croix de la Légion
d’honneur qu’elle reçoit très
humblement, mais qu’elle ne portera
jamais.
De santé fragile, sœur Rosalie
surmonte fatigues et fièvres. Mais
l’absence de repos, l’âge, et
l’accumulation des tâches finissent par
venir à bout de sa résistance et de sa volonté. Durant les deux dernières
années de sa vie, elle devient
progressivement aveugle.
Elle meurt le 7 février 1856, après une
courte maladie. Ses obsèques sont
célébrées à l’église Saint-Médard. Une
foule immense suit sa dépouille
jusqu’au cimetière Montparnasse,
manifestant ainsi son admiration pour
l’œuvre accomplie par cette sœur hors
du commun. Un hommage discret
mais visible encore aujourd’hui est
rendu à ce témoin de la miséricorde
de Dieu. Sur sa tombe il est gravé :
"À la bonne mère Rosalie, ses amis
reconnaissants, les pauvres et les
riches". A lire :
Claude Dinnat, Sœur Rosalie Rendu ou
l’Amour à l’œuvre dans le Paris du XIXe
siècle, L’Harmattan, 2001
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