L’accompagnement spirituel est une tradition fondamentale et très ancienne de l’histoire chrétienne. Les multiples courants spirituels de l’Église l’ont reprise et enrichie selon leur sensibilité. En voici quelques échos.
La Tradition des Pères du désert

Il y a en nous des obstacles à la vie, dont le compagnonnage avec le Christ peut nous libérer. Jésus nous éveille au fait que nos désirs tordus ou nos comportements aberrants sont les symptômes d’une blessure bien plus profonde qui, de près ou de loin, touche toujours au désir fondamental d’être aimé ; c’est de cette blessure-là qu’il s’occupera. L’accompagnement spirituel cherchera simplement à ouvrir un chemin à l’amour de Dieu, en aidant le partenaire à accueillir le regard d’amour que Dieu porte sur lui et c’est bien plus difficile qu’il n’y paraît. Lorsque quelqu’un a touché du doigt cette réalité-là, a pu la "ressentir" intimement, on sent la vie se libérer en lui.
Dom André Louf
Extrait du livre "A la grâce de Dieu" - Ed. Fidélité, 2002
Il s’agit d’aider quelqu’un à naître à lui-même, à son véritable moi, en deçà de ses blessures et de ses résistances. L’accompagnateur accompagne, c’est-à-dire qu’il marche à ses côtés, sur une même route. Il indique les obstacles et les écarte. Il n’a pas à le précéder, et pas plus à le suivre.
Dom André Louf
Extrait du livre "La grâce peut davantage" - DdB 1993
La Tradition orientale
Un père spirituel n’est jamais un "directeur de conscience". Il ne forme jamais son enfant spirituel, il engendre un enfant de Dieu, adulte et libre. Tous les deux se mettent en commun à l’école de la vérité. Le disciple reçoit le charisme de l’attention spirituelle, le père reçoit le charisme d’être l’organe de l’Esprit Saint. […] Aucune idolâtrie d’un père, même s’il est saint. Tout l’effort d’un staretsDans l'Église russe, le mot "starets" désigne un moine qui, rempli des lumières de l'Esprit, est un guide dans la voie de la perfection. est de conduire son fils spirituel à l’état d’un affranchi prosterné devant la face de Dieu.
Paul Evdokimov
La Tradition ignacienne
L’accompagnateur spirituel ne peut oublier que son rôle, comme celui de Jean Baptiste, est seulement de "préparer les voies du Seigneur", d’accompagner celui qui marche sur la route où Dieu l’appelle. S’il est "l’ami de l’Époux", il doit s’effacer devant "l’Époux qui vient" (Jn 3, 28-30) et "laisser la créature traiter directement avec son Créateur" (saint Ignace).
Accompagner n’est pas diriger, c’est aider à trouver le chemin, soutenir la marche, éventuellement éclairer là où règne encore l’obscurité, indiquer parfois une direction, mais rien de plus. Des erreurs pourront ainsi être repérées et discrètement corrigées, des rectifications pourront s’opérer, des reprises amorcées après des chutes, mais toujours d’un commun accord, en appelant constamment à la libre décision du consultant.
Père Blaise Arminjon sj
Extrait de "Nous voudrions voir Jésus" cité dans le livre "Voir Dieu en toutes choses" - Prières et textes ignaciens - DdB 2006
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