Entretien avec le Père Paul Chapelle, s.j.
Pour ce père Jésuite, l’appel est d’abord la rencontre de Jésus-Christ dans notre vie.

P. Nicolas Delafon : Comment parleriez- vous de « l’appel » à ceux qui s’interrogent sur leur vocation ?
P. Paul Chapelle : L’appel, c’est une parole adressée par quelqu’un à quelqu’un. La personne qui adresse cette parole, c’est Jésus-Christ. Depuis l’Ascension, il est assis à la droite de Dieu. Dans sa gloire de ressuscité, il nous appelle tous et chacun, en particulier. Il nous choisit. Ce choix me constitue comme personne. Il rend possible ma réponse. Face à cet appel, je peux décider de répondre ou de ne pas répondre. Encore faut-il que cet appel soit reconnu comme venant du Christ et m’étant adressé.
P. Nicolas Delafon : Que dire à quelqu’un qui affirme « se sentir appelé » ?
P. Paul Chapelle : Appelé à quoi ? Par qui ? Il est important de sortir de l’indétermination. Un appel peut être le fruit de l’imagination ou d’une générosité qui veut se donner. Comment sortir de cette indétermination ? En reconnaissant grâce à l’Évangile que quelqu’un m’appelle, Jésus-Christ. Il ne suffit pas de penser à cet appel. Certains disent par exemple : "Durant l’adolescence, j’ai pensé être prêtre ou religieux(se)". Cette parole ne constitue pas encore un engagement réel vers une vie offerte en totalité au Christ.
P. Nicolas Delafon : À quel signe reconnaît-on qu’une liberté se donne en vérité en réponse à l’appel du Christ ?
P. Paul Chapelle : Au caractère spontané de la réponse. Si quelqu’un répond à un appel que le Christ lui adresse, sa réponse va prendre la forme d’une offrande spontanée qui se veut totale. Pourquoi ? Parce que le Christ se donne à lui jusqu’au sacrifice de la croix. Si je réponds à son appel, ce n’est pas pour un accomplissement de moi-même ou la réalisation d’un projet que je porte. Celui qui m’appelle, Jésus-Christ, se donne à moi. Je ne peux répondre à son appel qu’en m’offrant à lui ou, du moins, en ayant le désir de cette offrande.
P. Nicolas Delafon : Dans un message pour les vocations sacerdotales, le pape Paul VI déclare : "L’appel est proportionné à la réponse". Comment comprenez-vous cette affirmation ?
P. Paul Chapelle : Dieu respecte sa créature et son devenir. Sans interruption, il s’adresse à nous. Avec le mystère de l’Incarnation, le Verbe se fait chair. En Jésus-Christ s’ouvre la possibilité d’une rencontre de personne à personne. Chacun peut rencontrer le Christ en lui-même dans son Église. Un dialogue s’instaure. Il tient compte de la personne et de son histoire. La liberté est sauvegardée. La liberté est interpellée par l’appel du Christ.
Parce qu’il me demande quelque chose, je peux décider de répondre ou de ne pas répondre et sa demande tient compte de cet être que je suis. Dieu ne force jamais la liberté de quelqu’un. Il ne laisse pas non plus la liberté sans secours. Il donne son Esprit en vue de l’exercice de notre liberté. Enfin, il ne nous appelle pas à quelque chose que nous ne pourrions pas faire. Son appel inclut la possibilité d’une réponse.
P. Nicolas Delafon : Dieu est également libre dans ses appels ?
P. Paul Chapelle : La liberté de Dieu est au fondement de la liberté de l’homme. Cela transparaît dans la vocation de Paul. Au point de départ, il y a une intervention libre de Dieu. Paul est choisi par un don gratuit de Dieu. Il bénéficie d’une grâce. "Moi, je suis Jésus, que toi, tu persécutes" (cf. Ac 9, 5). Cette phrase du Ressuscité est suivie d’un appel à se rendre à Damas. Jésus n’est pas indifférent à ce que fait Paul. Au contraire, il est blessé en sa chair. Jésus se donne à Paul comme à nous. L’Apôtre répond par l’offrande de lui-même. Il n’y a rien de plus intime que cette offrande. Comment entrer dans cette offrande, si elle n’est pas suscitée par le Christ lui-même ?
P. Nicolas Delafon : Dans l’Épître aux Romains, le même Paul écrit : "Ceux que d’avance, il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés" (Rm 8, 29-30, trad. B.J.). Que veut-il nous dire ?
P. Paul Chapelle : Dieu initie l’histoire. Dans le Christ, il s’adresse à l’humanité à travers son peuple, l’Église avec Israël. L’appel vient du Père. Il veut faire de notre humanité des fils dans le Fils unique, Jésus-Christ. C’est dans l’Église que chacun prend conscience de l’appel du Christ. C’est aussi par l’Église, car les disciples que nous sommes vivent du Christ et parlent de Lui. De toute éternité, Dieu le Père nous destine à reproduire l’image de son Fils. L’appel à suivre le Christ commence avec la naissance et s’achève avec la mort. L’appel demeure jusqu’à la mort et dans la mort. Nul ne peut s’installer dans une vocation quelle qu’elle soit. En un mot, l’amour est au centre d’un dialogue ininterrompu. Deux êtres qui s’aiment sont toujours en train de construire leur amour. Ils se donnent sans cesse l’un à l’autre.
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