Père Nicolas Delafon
La première question à se poser est celle-ci : "sur quelle trajectoire suis-je ?" Saint Ignace de Loyola distingue deux situations opposées : celui qui va de péché en péché et celui qui va de bien en mieux. Ces deux mouvements coïncident parfois ensemble, en particulier au moment d’une conversion. Toutefois, ils déterminent deux manières opposées de se situer devant Dieu et devant la réalité.
On parle de "montée" ou "trajectoire vers le haut" ou de "descente" ou de "trajectoire vers le bas".
Sur ces deux trajectoires, comment Dieu nous rejoint-il ?
L’action de Dieu sur les deux trajectoires opposées
Comment Dieu va-t-il agir en celui qui s’éloigne de lui et en celui qui s’en rapproche ?
Chez celui qui va de péché en péché, sa trajectoire l’éloigne de sa Fin, Dieu. En ce sens, elle ne mène nulle part. Il ne le sait peut-être pas lui-même ou de manière assez vague. Il peut même être en paix. L’absence de direction est masquée par des images ou des plaisirs apparents liés à son chemin. Dieu le rejoint à travers ce qu’il a mis en lui dès l’origine, la conscience et l’intelligence. Son action est vigoureuse.
Celui qui engage sa liberté sur ce chemin de mal en pis éprouve une division en lui-même entre les puissances sensibles et intelligibles : au plan sensible et imaginaire, des images et des plaisirs ; au plan intelligible, le remords de la conscience, parfois étouffé. Ici, la paix n’est pas un critère absolu de discernement. Au contraire, l’inquiétude peut venir de l’Esprit-Saint.
Chez celui qui est engagé dans un chemin de conversion et met de l’ordre dans sa vie, l’action de Dieu vient soutenir la trajectoire engagée. Elle est douce, pour que la liberté prenne conscience d’elle-même. L’Esprit-Saint lève les obstacles de manière à faciliter la marche en avant. Au contraire, les forces adverses cherchent à faire sortir de cette trajectoire. Leur action est rude. Au niveau sensible, elles attristent, par exemple par le découragement ; au niveau intelligible, elles inquiètent par de fausses raisons pour qu’on n’aille pas plus loin. Par exemple, quelqu’un va s’inquiéter de ne pas être inquiet devant un choix de vie à faire.
La liberté, son mouvement et ses divers temps
Au fil du temps, notre liberté s’engage. C’est dans ces engagements successifs que chacun réalise les actes de liberté déjà posés et encore à poser.
Quel est cet être historique qui nous constitue ?
Quel est le sens de l’histoire où nous sommes embarqués ?
Comment pouvons-nous accéder à la vérité de notre être et de la société à travers la réalité mouvante des événements ?
De quelle liberté jouissons-nous ?
A travers ces questions se pose à notre temps et à tous les temps le problème de notre existence historique. Nous y répondons par nos actes et par une trajectoire toujours à recentrer sur Dieu. Lorsque notre liberté est engagée dans une forme définitive de vie, elle se découvre alors remise. Elle peut dire avec le Christ à la Cène : "cette forme de vie, cet engagement, ceci est mon corps". Elle découvre l’avant et l’après de son choix. Elle réalise qu’elle est engagée de manière définitive et est changée par ce choix, en étant désormais liée à la Passion de Jésus, qui la conduira à vivre de la vie du Ressuscité. De même que l’être de Jésus se concentre à la Cène sur la volonté du Père qu’il veut réaliser jusqu’au bout, notre liberté prend conscience qu’elle a rejoint en sa trajectoire la liberté divine en réponse à un appel du Christ.
Dans et par l’Eucharistie, elle fait sienne les sentiments et les actes du Christ et sa trajectoire la conduit jusqu’au Père dans l’Esprit.
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