Père Nicolas Delafon
Rappel de l’étape n° 1 sur “la trajectoire” : notre liberté est en devenir. Elle se déploie chaque jour dans une succession d’actes qui l’accroissent ou la diminuent. En tant qu’êtres spirituels, nous avons la capacité de faire des choix et de conduire notre vie. Nous devons le faire dans le temps et dans des situations déterminées. Il en résulte une trajectoire que nous devons percevoir seul ou avec l’aide de proches.
Sur quelle trajectoire suis-je ? Telle est la première question. La seconde est la suivante : cette trajectoire intègre-t-elle Dieu et sa volonté ? En effet, quelqu’un peut aller du bien vers le mieux sans être attentif à une volonté de Dieu sur lui, volonté déterminée, bienfaisante et préférable à tout autre. Ce constat manifeste le jeu de deux libertés : d’une part, la liberté humaine en son devenir et sa situation concrète et historique ; d’autre part, la liberté de Dieu et la capacité de chacun à l’accueillir.
Dieu, notre Fin
A nos yeux, notre vie peut être “réussie” et pourtant, nous pouvons passer à côté de l’essentiel, Dieu. Que nous en ayons ou non conscience, chacun de nous veut l’absolu pour lui et Dieu seul est cet Absolu qui s’offre à chacun.
Saint Ignace de Loyola l’affirme en rappelant que « l’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur » (Exercices spirituels, n° 23). Trois verbes apparaissent ici et appellent trois actes à poser: la louange de Dieu qui délivre notre liberté de sa pesanteur et l’élève jusqu’à Dieu ; le respect de Dieu qui met en route notre liberté à la recherche d’elle-même et de la liberté divine ; le service de Dieu qui favorise la louange et le respect.
Chacun de ces actes remet Dieu, notre Fin, au centre de notre vie. Ils nous font entrer dans une dépendance envers Dieu, chemin paradoxal pour notre liberté.
Le créé, aide ou obstacle ?
Nous vivons dans le temps et dans l’univers et plus particulièrement, dans une époque donnée. Toutes les choses créées dans l’univers s’offrent à nous en leur grandeur et en leur multiplicité.
Font-elles grandir notre liberté ?
Quel usage en faisons-nous ?
Nous rendent-elles plus attentifs à Dieu, notre Fin ?
Saint Ignace insiste sur le plus ou le moins : certaines le font davantage que d’autres. Il en conclut que nous devons désirer et choisir « uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés ». Devant tel choix à faire, est-ce que je privilégie là où Dieu m’attend « davantage » ? Entre deux projets, mon désir se porte-t-il vers celui qui va faire « davantage » grandir ma liberté ?
Nous rendre indifférents
Saint Ignace nous pose deux questions :
voulez-vous vraiment être libres dans les conditions de vie qui sont les vôtres ?
Par ailleurs, vivez-vous de telle sorte que Dieu puisse manifester sa volonté en sa liberté souveraine et que vous soyez en mesure de l’accueillir ?
Ainsi, nous pouvons avoir tel ou tel attachement qui soit un obstacle à un projet de Dieu.
Saint Ignace cite quatre couples de contraires : santé et maladie, vie longue ou vie brève, richesse et pauvreté, honneur et déshonneur.
Ainsi, dans la richesse comme dans la pauvreté, Dieu peut avoir une volonté pour moi. En même temps, quelqu’un peut être tellement attaché à la richesse ou à la pauvreté que Dieu sera limité dans sa propre liberté. Par conséquent, déclare Ignace, il faut nous rendre indifférents à toutes les choses créées et user de celles-ci dans la mesure où elles nous aident pour notre Fin, Dieu et se dégager de celles-là qui sont un obstacle. Cette mort à certaines choses et cet accueil d’autres sont un aspect de la Passion et nous ouvrent à la vie que Dieu veut nous donner.
Conclusion : l’aiguille d’une balance
L’indifférence ignatienne remet Dieu au centre comme unique Fin et toutes les choses créées comme moyen ou non pour cette Fin. Elle dispose notre liberté à l’accueil de la liberté divine. Notre liberté en éveil est rendue sensible à la liberté divine comme l’aiguille d’une balance. Elle se tient « comme au milieu d’une balance » (Exercices spirituels, n° 179) pour suivre ce qu’elle sentira être davantage à la gloire et à la louange de Dieu et utile à son propre bien.
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