Père Nicolas Delafon
Rappel des étapes 1 et 2 : notre liberté suit une trajectoire (Etape n°1). Elle est en devenir. Selon nos actes, elle croît ou décroît. De cette trajectoire, quels sont le moteur, la logique et l’âme inspiratrice ? Dans un dessin, une ligne ou une courbe part toujours d’un point initial. Dans le mouvement de notre liberté, le point initial est-il Dieu et sa volonté ? Egalement, le point final, de sorte que notre trajectoire va ressembler à un cercle : venant de Dieu, nous irons vers Dieu le Père (Etape n° 2).
La foi et sa pureté
Reconnaitre une volonté de Dieu sur soi et vouloir y conformer sa vie supposent ou amènent la foi. L’appel de l’Amour retentit dans l’univers. Je dois le croire. Dans cet appel se livre une volonté que chacun peut connaitre et suivre. A défaut, comment la liberté humaine pourra-t-elle rejoindre la liberté divine ?
L’engagement de tout l’être
1er moment : croire que Dieu m’appelle et lui demander une foi pure pour entendre en vérité son appel et non un appel qui ne serait pas le sien.
2ème moment : mobiliser la totalité de mon être pour chercher et trouver sa volonté. Ici, l’attitude est celle du veilleur tendu vers la venue du visiteur et celle du combattant ou du coureur qui sait les exigences d’une victoire. Toutefois, devant l’appel de Dieu, nous ne sommes pas l’Adam innocent avant la chute. Chacun doit avoir conscience des résistances et des refus en soi et autour de soi. A partir d’une situation concrète dans le temps et dans l’espace, nous avons à nous rendre indifférents à toutes les choses créées en vue d’une vraie disponibilité.
La raison et le choix des moyens
Notre être n’est pas d’emblée accordé à l’appel divin. Par ailleurs, si toutes les choses crées sont bonnes en soi, toutes ne le sont pas pour moi en vue de ma propre réponse. La Création peut aider à ma réponse ou y faire obstacle. Des choix doivent s’opérer faute de quoi appel et réponse ne prendront pas chair dans l’histoire. Il s’ensuit, dit saint Ignace, que l’homme doit user des choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et s’en dégager dans la mesure où elles sont pour lui un obstacle pour cette fin. La raison aide à ces choix. Elle permet le passage d’une question encore vague : « à quoi Dieu m’appelle-t-il ? » à une détermination précise : « quel chemin dois-je emprunter pour connaître sa volonté ? Quels moyens choisir ? » La réponse ne peut être que personnelle : pour l’un, par ex., elle passera par des études ; pour l’autre, par un apprentissage de la prière ou une retraite.
Notre raison est donc sollicitée pour trouver la volonté de Dieu et se décider à la suivre. Son activité déploie ici et maintenant la volonté de Dieu pour moi. Tout en posant une fin pour tous, « louer, révérer et servir notre Seigneur », elle décide des moyens appropriés pour permettre à chacun dans des conditions précises d’atteindre cette fin et parmi toutes les choses créées, d’opérer une préférence : désirer et choisir uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés (Exercices spirituels, “Principe et fondement”).
Etre rejoint et rejoindre
A travers l’appel divin, l’éternité entre dans le temps. La liberté divine mobilise et saisit la liberté humaine. Un être humain est rejoint dans des circonstances concrètes par Dieu. En retour, dans la réponse, un être humain rejoint Dieu et son projet. Sa liberté n’est plus seulement en mouvement mais elle épouse le mouvement de la liberté divine. Un être humain advient alors à son être éternel. Le temps rejoint l’éternité. Ceci suppose que notre liberté blessée et nos affections non ordonnées à la liberté divine soient elles-mêmes saisies par la puissance du Rédempteur, le Christ Jésus et par son Esprit.
Comme un vivant
Dans l’appel et la réponse s’articulent deux libertés : la liberté divine et la liberté humaine. Cette rencontre est une vie. L’interpénétration des libertés est comparable à un organisme vivant où membres et articulations, tissus et cellules se soutiennent mutuellement et agissent de concert. A ce prix, le temps est racheté et ouvert sur l’éternité. Dès maintenant, chacun atteint cette Fin pour laquelle il a été créé, si se joignent concrètement en son désir cet « uniquement » et ce « davantage » dont parle saint Ignace de Loyola.
Alors, notre trajectoire limitée dans le temps par une vie longue ou brève est ouverte à l’infini de l’éternité.
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