Père Nicolas Delafon
Rappel des étapes antérieures : Rappel des étapes antérieures : le travail de la mémoire est une étape importante d’un discernement, car notre vie prend corps entre un passé, un présent et un avenir. Comment les choses se sont-elles passées pour moi ? En vue d’un choix de vie et de la réponse à un appel de Dieu, cette question engendre une double mémoire : mémoire d’une fidélité mais aussi mémoire d’une infidélité.
Un clair-obscur
L’exercice de la mémoire est délicat et rude. Faire mémoire d’actes passés amène à prendre conscience de leur portée. Ce travail doit s’opérer sous le regard de Dieu. Chacun éprouve alors la présence et la bonté de Dieu à des moments décisifs de sa vie. Telle est en quelque sorte la phase lumineuse de l’acte de mémoire. La lumière dévoile l’obscurité (cf. Jn 1, 5). En réfléchissant à sa propre fidélité à Dieu, chacun découvre son infidélité. Cette manifestation est une épreuve. Elle est ce moment capital par lequel quelqu’un prend conscience de son péché et en évalue la gravité à partir de ses conséquences.
L’affrontement de différents esprits
D’un côté, il y a joie à percevoir sa vie à la lumière de la bonté de Dieu et de l’engagement de sa liberté. De l’autre, sous la motion de l’Esprit, cet effort de mémoire suscite honte pour son péché et dévoile la conversion nécessaire pour l’avenir. Reconnaissance de son péché et regret sont un don de Dieu. Selon saint Ignace, certains « sont lents à trouver ce qu’ils cherchent, i.e la contrition, la douleur et les larmes pour leurs péchés, alors que d’autres sont plus rapides et davantage agités et éprouvés par différents esprits » (Exercices spirituels, n° 4). Dans la vie de l’Eglise, jeûne, prière et aumône disposent à l’accueil du pardon de Dieu. Le péché est un acte. Ce n’est que par un acte que, sous la motion divine, on s’en détourne pour se retrouver dans l’amitié de Dieu. Détester son péché et recevoir le pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence constituent un chemin de libération en vue d’une vie ordonnée au service et à la louange de Dieu.
Un double paradoxe
C’est devant Dieu et devant Lui seul que nous prenons conscience de l’obscurité dans laquelle nous nous sommes engagés. La Révélation de Dieu est aussi celle de l’homme et la pleine révélation de notre péché n’est pas séparable de la Révélation de Dieu en Jésus-Christ. Puisque l’apprentissage du péché est lié à la foi au Christ et à sa mort rédemptrice, il s’ensuit un double paradoxe. D’une part, le mal ne doit pas seulement être dénoncé mais avoué et ce n’est pas le chrétien pécheur, même lucide, qui possède la pleine conscience du péché mais le chrétien repenti.
En effet, c’est le rapport à Dieu qui dévoile la faute et la dévoile comme faute dépassée. Il n’y a point de connaissance entière du péché si ce n’est dans le pardon qui en est fait.
D’autre part, celui qui comprend le mieux le péché n’est pas le pécheur même pardonné mais le saint. Ainsi, Blaise Pascal note dans son Mémorial : « A mesure que tu expieras tes péchés, tu les connaitras ». Seul le saint comprend la gravité du péché et à quel point il affecte l’existence humaine. Il n’est pas seulement une imperfection relative mais une brisure ; pas seulement une faute mais une séparation d’avec Dieu qui divise l’homme lui-même.
Contre une conception superficielle et plate de l’homme, la grâce nous révèle notre péché et notre libérateur. Pascal s’écrie : « Je tends les mains vers mon libérateur ! » Nous entendons silencieusement Jésus lui répondre : « Tu n’appellerais pas ton libérateur, si tu ne l’avais déjà rencontré ».
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