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L’entrée en solitude

Père Nicolas Delafon

le R.P Vayssière
© D.R.

Après l’été, une année nouvelle commence. Elle s’annonce peut-être pour vous pleine de promesses. Les projets se multiplient. Les attentes sont nombreuses. Au début du XXème siècle, le R.P Vayssière est comme vous rempli de désirs. A 24 ans, c’est un homme ardent, impétueux. Il porte en lui une flamme : annoncer par la parole l’Evangile. Il est doué et aime l’étude. Il entre chez les dominicains. A 24 ans, il est atteint d’une fatigue cérébrale. Il doit fermer ses livres. L’étude et la prédication lui sont fermées à jamais. Ordonné prêtre, il est nommé à 37 ans près de Toulon à la grotte de la Sainte-Baume, là où Marie-Madeleine aurait vécu. Il y arrive en 1901. Il y restera plus de 30 ans. Dans ce lieu et en raison de sa maladie, il découvre la solitude. Au début, elle est un fardeau. Il prend rapidement l’habitude de descendre chaque jour de la grotte pour trouver de la compagnie, des conversations et des journaux. Un jour, au détour d’un chemin, il a l’intuition qu’il ne doit pas continuer à descendre. Il prend conscience du néant de ce qu’il va chercher : « Que vas-tu faire là-bas ?, se dit-il. Te distraire … Eh bien, tu n’iras pas ». A cet instant, il reçoit la solitude comme une grâce. Il se confronte au silence des choses qui paraît au départ synonyme de mort mais qui ouvre en réalité à une autre profondeur ; au silence des puissances qui préserve l’âme d’une sollicitation en permanence. Il va désormais parler de « l’esprit de la grotte » et de sa « vocation magdaléenne ».

En automne, les feuilles tombent. Les arbres se dénudent. Dans les saisons de l’âme, le dépouillement et le dénudement viennent également à un moment. La solitude les provoque. Elle ouvre un espace, un vide par rapport aux milles occupations, aux pensées éparses, aux remous de l’imagination. Dieu comble ce vide en montrant son visage, Jésus :

Il faut de temps en temps faire le vide en sa demeure. Alors, toutes idées mises dehors, demeure toujours au centre de mon esprit comme de mon cœur, une grande image vivante. Cette grande image vivante, c’est la croix de Jésus. (H. de Lubac)

La solitude et le silence sont d’abord coûteux. Ils engendrent une perte. Les voix chères se taisent. Les choses aimées sont soustraites au regard. Les êtres sont à distance. Dieu lui-même cache parfois son visage : « Un instant, je t’avais caché ma face » (Is 54, 9). A un autre niveau, un gain apparaît. La solitude ramène à la chambre intérieure, où le Père voit dans le secret et où Jésus se donne avec l’Esprit (cf. Mt 6).
Selon Charles de Foucauld, cette retraite est la condition d’une vie féconde :

Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu : c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu et qu’on vide complètement notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul. (…) C’est une période par laquelle toute âme qui veut porter du fruit doit nécessairement passer. Il faut ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé, au milieu desquels Dieu établit son règne et forme en elle l’esprit intérieur, la vie intime avec Dieu, la conversation de l’âme avec Dieu dans la foi, l’espérance et la charité. (Lettre au père Jérôme, mai 1898)
desert
© D.R.

De manière habituelle, la croissance de la vie avec Dieu suscite un désir de solitude et de silence. A 23 ans, Thérèse d’Avila est gravement malade. Elle vient de faire profession au monastère de l’Incarnation. Elle doit affronter une période de convalescence hors du monastère. Elle recherche alors la solitude pour la lecture et la prière :

Je me mis à rechercher des moments de solitude. (Vida, chap. IV)

Dieu n’est pas loin de chacun de nous. Il n’est pas nécessaire de prendre des ailes pour aller à sa recherche (cf. Ps 54, 7). Thérèse découvre sa présence au fond de son âme. Elle entre en solitude pour le trouver :

L’âme n’a qu’à entrer en solitude, regarder au-dedans d’elle-même et ne pas s’éloigner d’un hôte si excellent. (Chemin de perfection, chap. 28)

En solitude, un abîme se dévoile. Libérée de la prison d’une vie remplie, des paroles abondantes et des désirs spontanés, notre âme est ramenée à son fond et l’abîme de notre cœur, assoiffé d’amour, appelle à grands cris l’abîme de l’amour de Dieu :

C’est là, tout au fond que se fera le choc divin, que l’abîme de notre néant, de notre misère, se trouvera en tête à tête avec l’abîme de la miséricorde, de l’immensité du tout de Dieu ; là que nous trouverons la force de mourir à nous-mêmes et que, perdant notre propre trace, nous serons changés en amour. (Elisabeth de la Trinité)

Ailleurs sur le site… : 

texte.pngBienheureux Charles de Foucauld ou "l’expérience de Nazareth" (vies de saints, ou presque...)  –  Caroline Doublier

texte.pngMoines à Tibhirine : une vie donnée (vies de saints, ou presque...)  –  mavocation.org

texte.pngFaire une retraite : pour une plus grande liberté intérieure Père Arnaud de Rolland

 



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