Père Francesco Pedrazzi
Propos recueillis par Emilie Pourbaix
"Seigneur, je veux te servir. Je suis prêt à tout… sauf à devenir prêtre !"
Cette prière remonte à environ douze ans. Quelques mois plus tard, j’étais à Brescia (Italie) pour un premier contact avec le responsable des vocations au séminaire diocésain. Comment expliquer ce soudain changement de route ?
Tout en portant ces questions, je me rendais de temps en temps dans une église, seul. J’y restais longtemps, pensant, lisant, bafouillant des prières. Mon regard était de plus en plus attiré par un grand crucifix. Et c’est dans la rencontre de mon regard avec celui de l’ "homme de la croix" qu’est arrivé l’imprévisible. Une prière nouvelle a commencé à jaillir progressivement de mon coeur : "Tu m’a tout donné, Seigneur ! Pourquoi tremblerais-je ?" Je ne connaissais pas encore les paroles du psaume, mais elles m’habitaient sans doute déjà : "Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte !", (Ps 26, 1). Je me suis dit : "Et si la montagne du célibat était une route pour m’approcher du Ciel et des hommes ?"
Le choix du bonheur
Je suis donc entré au séminaire. Je garde un très bon souvenir de cette période. Les exigences pastorales demandaient de plonger au milieu du monde. Le défi du célibat était à relever chaque jour. C’était le banc d’essai pour vérifier si mon rêve de bonheur avait ses racines dans le Christ. Et j’ai avancé ainsi jusqu’à mon ordination, comprenant peu à peu que le célibat pour le Royaume était un choix de bonheur. Oui, Dieu m’a donné la grâce de comprendre que la présence du Christ suffit à combler le coeur de l’homme(cf. Mt 19, 11).
Mais ce n’était que le début du chemin. Le charisme du célibat n’est pas donné une fois pour toutes et il demande d’être constamment accueilli de nouveau.
L’heure du combat
Ces cinq premières années de sacerdoce m’ont permis de constater que le choix de la continence pour le Royaume demande de lutter contre toutes sortes de sollicitations "trompeuses". Parfois ça semble facile, et puis soudain je suis secoué comme une chaloupe au milieu d’une tempête. C’est l’heure du combat. Les périodes les plus difficiles coïncident toujours avec un attiédissement de mon amour pour Dieu. Le célibat est comme un aiguillon : il me rappelle l’exigence radicale de l’amour du Christ. Quand je m’aperçois que mon coeur commence à "s’emballer", je sais que la pire réaction serait de compter sur mes forces plutôt que sur la grâce de Dieu. Il me faut, au contraire, revêtir l’armure de Dieu (cf. Ep 6, 11) et m’en remettre totalement à lui : "Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation !" (Mt 26, 41a). C’est aussi le moment de renouveler mon "oui" à la présence qui a rempli de bonheur mon existence.
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