Une carmélite
Paru dans la revue Jeunes et Vocations n°71 - Avec l'aimable autorisation du Service National des Vocations
Que ce soit lors de ma recherche ou bien après mon entrée au monastère, ce qui m'a aidée le plus à cheminer, c'est sans aucun doute l’accompagnement spirituel par une sœur apostolique lors de la première étape, puis par la maîtresse des novices lors de la seconde période.
Avant mon entrée au monastère, le moment décisif qui m'a lancée dans une recherche active et consciente – au-delà des désirs lancés en l'air qui peuplent, et parfois brouillent les années obscures de maturation - cela a été la rencontre de ma question et d'une personne. J'avais parfois lancé la question d'une vocation religieuse - comme à la "sauvette" - mais il n'y avait eu personne en face de moi pour me la renvoyer. Ce jour-là, la religieuse en face de moi prit ma réflexion au sérieux et me lança... dans la prière!
Je remarque que si elle m'avait répondu en raisonnant, en parlant de la vocation, de choix, des différents vœux, elle n'aurait peut-être pas eu le même impact dans ma vie. Mais elle m'a seulement renvoyée à la découverte et à l'approfondissement de la prière et ce n'est qu'à partir de là qu'elle m'a aidée à discerner. L'aide qu'elle m'a apportée a donc commencé bien humblement par l'apprentissage de la prière : prier avec la Bible, écouter, prier dans les détails de la vie, faire confiance... Mais aussi par l'apprentissage de la parole. Impossible dans les premiers temps de faire venir à la conscience et à la parole les sentiments qui m'habitaient. Sa patience devant mes silences m'a fait progresser.
Ce qui m'a aussi aidé, c'est son attention au concret : invitation à lâcher quelque chose à laquelle je tenais, prise au sérieux de la tentation que pouvait représenter telle offre d'embauche...
Toutes mes forces étaient dirigées vers ces combats de la prière, de la parole et de la vie. Je n'ai pas eu le goût de faire le tour des monastères "de France et de Navarre", avec le risque de me mettre à chercher "chaussure à mon pied" ou bien l'illumination soudaine. L'accompagnement spirituel m'a aidée à m'en tenir à l'essentiel du discernement intérieur et à ne partir que de là pour aller frapper à la porte d'un monastère.
J'ai aussi apprécié la liberté de la religieuse qui m'accompagnait : sœur apostolique, elle m'a incitée à tourner mes regards vers la vie contemplative. Dans l’épanouissement de ma vocation, après mon entrée, c'est certes l'accompagnement spirituel de la maîtresse des novices qui a été déterminant.
Mais aussi la formation intellectuelle que j’ai pu suivre par correspondance: exégèse, patristique, liturgie, philosophie, théologie, spiritualité... Un Père a su me conseiller dans chacune de ces matières des sujets de mémoires, qui ont aidé à soutenir ma foi dans les temps difficiles et à m'ancrer plus profondément dans l'amour et la simplicité. L'étude d'un peu de philosophie a été, à ma grande surprise, d'une bonne aide...
Les étapes de l'épanouissement de ma vocation n'ont pas été autres que celles que l'Eglise propose et provoque avec pédagogie et expérience : chaque temps (postulat, noviciat , vœux temporaires) a été marqué par une couleur différente et chaque seuil a été l'occasion de combats et de libérations. Il faut du temps avant de pouvoir véritablement habiter intérieurement là où le Seigneur désire que l'on soit, et on n'a jamais fini de s'ajuster à la parole du Seigneur. Quand on entre au monastère, on croit suivre le Christ de tout son être. Puis, de crise en crise, on se rend compte que l'intelligence n'est pas souple et revendique sa liberté, que l'affectivité a besoin d'être réorientée, que la volonté a souvent partie liée avec l'orgueil, que le corps a sa façon bien à lui de refuser l'aventure... Autant d'étapes, de recherches de vérité, de combats intérieurs, de purifications... et de libérations pour suivre le Christ de plus près ! Les professions, temporaire puis solennelle, ont été l'occasion de mes plus grandes joies et découvertes intérieures.
Aujourd'hui je peux dire avec force : RIEN ne m'a manqué. Je sais maintenant que si je ne suis pas exactement ce que le Seigneur attend de moi, ce n'est la faute de personne d'autre que de moi-même !
La seule chose que j'ai envie de dire à ceux qui m'ont fidèlement accompagnée pendant toutes ces années, c'est de les remercier pour le temps précieux qu'ils m'ont donné, pour leur prière.
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