Benoît XVI
Extraits de l'homélie de la messe chrismale du Jeudi Saint en 2006 dans la Basilique Saint-Pierre
Le geste de l’imposition des mains et l’onction d’huile sont des gestes forts, au coeur du sacrement de l’Ordre. Le Saint-Père Benoît XVI nous en redonne le sens profond…
L’imposition des mains : « Tu es sous la protection de mes mains »
Au centre, il y a le geste très ancien de l’imposition des mains, à travers lequel Il a pris possession de moi en me disant : "Tu m’appartiens". Mais à travers cela, il a également dit : "Tu es sous la protection de mes mains. Tu es sous la protection de mon cœur. Tu es préservé dans le creux de mes mains, et précisément ainsi, tu te trouves dans toute l’étendue de mon amour. Reste dans l’espace de mes mains et donne-moi les tiennes".
L’onction d’huile : mettre nos mains à sa disposition

Dans l’Ancien Testament, l’onction est le signe de la prise de service : le roi, le prophète, le prêtre fait et donne plus que ce qui découle de lui-même. D’une certaine façon, il est exproprié de lui-même en fonction d’un service dans lequel il se met à la disposition de quelqu’un de plus grand que lui. Si Jésus se présente aujourd’hui dans l’Evangile comme l’Oint de Dieu, le Christ, alors cela veut précisément dire qu’Il agit sur mission du Père et dans l’unité du Saint Esprit et que, de cette façon, il donne au monde une nouvelle royauté, un nouveau sacerdoce, une nouvelle façon d’être prophète, qui ne se cherche pas lui-même, mais qui vit pour Celui en vue duquel le monde a été créé. Nous mettons aujourd’hui à nouveau nos mains à sa disposition, et nous le prions de nous prendre toujours à nouveau par la main et de nous guider.
Il prend notre main et nous guide.
Dans le geste sacramentel de l’imposition des mains par l’évêque, c’est le Seigneur lui-même qui nous impose les mains. Ce signe sacramentel résume tout un parcours existentiel. Un jour, comme les premiers disciples, nous avons rencontré le Seigneur et nous avons entendu sa parole : "Suis-moi !". Sans doute au début l’avons-nous suivi de façon quelque peu incertaine, nous retournant et nous demandant si cette voie était vraiment la nôtre. Et, à un certain moment, sur le chemin, peut-être avons-nous fait l’expérience de Pierre, après la pêche miraculeuse, c’est-à-dire que nous avons été effrayés par sa grandeur, la grandeur de la tâche et l’insuffisance de notre pauvre personne, au point de vouloir nous retirer : "Eloigne-toi de moi Seigneur, car je suis un homme pécheur !" (Lc 5, 8). Mais Lui, ensuite, avec une grande bonté, nous a alors pris par la main, il nous a attirés à lui et nous a dit : "N’aie pas peur! je suis avec toi. Je ne te quitte pas, et toi, ne me quitte pas !". Et il nous est peut-être arrivé à chacun, plus d’une fois, de vivre ce que Pierre a vécu, lorsque, marchant sur les eaux à la rencontre du Seigneur, il s’est soudain aperçu que l’eau ne le soutenait pas et qu’il allait se noyer. Et, comme Pierre, nous avons crié : "Seigneur, sauve-moi !" (Mt 14, 30). (…)

Il s’est véritablement remis entre nos mains.
Le Seigneur a posé sa main sur nous. Il a exprimé la signification de ce geste dans les paroles : "Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître" (Jn 15, 15). Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis : dans ces paroles, on pourrait même voir l’institution du sacerdoce. Le Seigneur fait de nous ses amis : il nous confie tout ; il nous confie sa personne, afin que nous puissions parler en son nom — in persona Christi capitis. Quelle confiance ! Il s’est véritablement remis entre nos mains. Les signes essentiels de l’Ordination sacerdotale sont au fond tous des manifestations de cette parole : l’imposition des mains ; la remise du livre — de sa parole qu’il nous confie ; la remise de la coupe à travers laquelle il nous transmet son mystère le plus profond et personnel. Le pouvoir d’absolution fait également partie de tout cela : il nous fait également participer à sa conscience de la misère du péché et de toute l’obscurité du monde, et nous donne dans les mains la clé pour rouvrir la porte vers la maison du Père.
© Copyright du texte original en italien : Libreria Editrice Vaticana
Traduction réalisée par ZENIT.org
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