par Pierre Januard
Quelle figure contemporaine de sainteté fut plus mystérieuse que Padre Pio ? Sa canonisation le 16 juin 2002, à peine trois ans après sa béatification, dépasse le cadre de la dévotion populaire suscitée très tôt par le Padre.
Ses épreuves de santé le conduisent à un abandon plus grand à la volonté de Dieu. Le 20 septembre 1918, Padre Pio reçoit les stigmates visibles et permanents alors qu'il se tient dans le chœur du couvent de San Giovanni Rotondo, où il a été assigné deux ans auparavant. Comme saint François d'Assise, Padre Pio est marqué par les plaies du Christ lors de la Passion. Un nouveau temps d'épreuve commence alors, qui s'apparente au chemin de croix de Jésus : à la douleur physique des plaies qui saignent s'ajoutent les examens médicaux, l'affluence d'une foule toujours plus nombreuse et des mesures très dures prises par le Saint Office, inquiet du retentissement de tels phénomènes mystiques.
Les lettres écrites jusqu'à l'interdiction imposée par le Saint Office témoignent d'un homme dévoré par l'amour de Dieu et du prochain : "Je me sens brûler d'une flamme intérieure, d'un si grand amour, que si Dieu ne me venait pas en aide, j'en serais vite consumé", écrit-il à son directeur spirituel. Le Padre est conscient que son expérience mystique le dépasse : "C'est un volcan au-dedans de moi, toujours en éruption, que Jésus a mis dans mon cœur pourtant si petit". Le mystère de la passion est particulièrement présent dans la vie spirituelle de Padre Pio : "Je suis un crucifié d'amour". En 1923, l'autorité ecclésiastique ordonne le transfert de Padre Pio, mais la foule s'y oppose. De 1931 à 1933, le prêtre est séquestré dans son couvent, isolé du reste du monde.
En outre, le Padre Pio était un confesseur exigeant. Ses remontrances et son caractère bourru choquaient parfois les fidèles. A son directeur spirituel, qui lui reprochait ses conduites sévères, le Padre répondit : "Je peux vous obéir, cependant c'est Jésus qui chaque fois me dit comment agir avec les gens". Il était dur avec les pénitents qui s'adressaient à lui par curiosité, provoquant en eux une profonde remise en cause qui conduisait souvent à de belles confessions quelques jours plus tard. Padre Pio avait le don de lire dans les consciences. Il lui arrivait de rappeler au pénitent un fait négligé ou oublié. Cette rigueur ne l'empêchait pas de vivre un amour profond pour les personnes qu'il confessait : "Je suis prêt à tout pour rendre une âme moins triste". Il invitait sans cesse les pèlerins à la confiance : "Courons avec confiance vers le sacrement de pénitence où le Seigneur nous attend à tout moment avec une tendresse infinie. Et une fois nos péchés pardonnés, oublions les, car le Seigneur l'a déjà fait avant nous".
La vie de Padre Pio est marquée par de nombreux phénomènes extraordinaires. Outre les stigmates et le don de voir dans les consciences et de scruter les cœurs, le Padre avait un don de bilocation, qui lui permettait d'apparaître à plusieurs endroits simultanément (ainsi, au moment de sa mort, le Padre serait apparu simultanément à tous ses fils spirituels) et de guérison. Un parfum émanait de lui et il aurait eu de nombreuses prémonitions (notamment en reconnaissant en Jean-Paul II, alors séminariste à Rome venu en pèlerinage, le futur pape). Cependant, tous ces signes étaient ordonnés à l'annonce de l'Évangile et non à la recherche du merveilleux, comme en témoigne le pape Paul VI : "Pourquoi a-t-il une telle renommée ? Parce qu'il était philosophe ? Parce qu'il était savant ? Parce qu'il avait des dons particuliers ? Nom, mais parce qu'il célébrait la messe avec humilité, qu'il confessait du matin au soir et que, marqué des stigmates de Notre-Seigneur, c'était un homme de prière et de souffrance".
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