par Claire Burkel
"Marie de l’Incarnation unit en elle, de manière admirable, la contemplation et l’action. En elle, la femme chrétienne s’est réalisée pleinement et avec un rare équilibre dans ses divers états de vie : épouse, mère, veuve, directrice d’entreprise, religieuse, mystique, missionnaire, et cela toujours dans la fidélité au Christ, toujours en union étroite avec Dieu." Ainsi Jean-Paul II concluait-il son homélie, le 22 juin 1980, jour de la béatification de cette femme exceptionnelle et trop peu connue.
Née en 1599, Marie Guyart épouse en 1617 un fabricant de tissus et de soieries à Tours, Claude Martin, et sera la mère d’un garçon prénommé comme son père. Mais elle se retrouve veuve à 20 ans, avec son enfant à élever et un atelier au bord de la faillite. L’épreuve ne la laisse pas démunie. Elle prend en main l’entreprise de son mari, liquide les biens et les dettes et se retire chez son père avec son fils. C’est la période la plus calme de sa vie, durant laquelle se développe son goût de Dieu. Déjà dans son enfance, elle avait une "pente au bien" dira-t-elle. Elle aimait rendre service autour d’elle. Maintenant qu’elle est plus libre, elle va suivre de plus près ce penchant.
"Si puissamment changée que je ne me reconnaissais plus"
A peine deux ans après son veuvage, la veille de la fête de l’Annonciation, elle vit une expérience bouleversante, se voyant comme plongée dans le sang du Christ pour le pardon de ses péchés. "Je m’en revins à notre logis, changée en une autre créature, mais si puissamment changée que je ne me connaissais plus moi-même" écrira-t-elle. Elle n’avait jamais saisi en son for intérieur que Dieu l’aimait telle qu’elle était, qu’il avait donné son Fils pour son salut. La voici, par cette vision, à "la porte d’entrée de la miséricorde de Dieu".
En la fête de l’Annonciation 1631, prenant le nom de Marie de l’Incarnation, elle entre chez les Ursulines, congrégation fondée en 1535 par sainte Angèle Mérici au service de l’éducation des filles. Tout en souffrant de se séparer de son fils alors âgé de 11-12 ans, elle sent que le Seigneur la prépare à autre chose. Dans un songe prophétique, à Noël 1633, elle voit "un grand et vaste pays, plein de montagnes, de vallées et de brouillards épais qui remplissaient tout, excepté une petite maisonnette qui était l’église de ce pays-là", comme elle l’écrit elle-même. Elle y reconnaîtra plus tard le Canada où elle contribuera tant à apporter l’Évangile qu’elle sera appelée par Jean-Paul II "Mère de l’Eglise catholique au Canada".
Québec, un village de 300 âmes…
Favorisée par un grand sens pratique et une confiance inébranlable en Dieu, Marie de l’Incarnation vit ses soucis, son enseignement, ses responsabilités dans la paix. "Dieu luit au fond de mon âme, qui est comme dans l’attente", écrira-t-elle en ajoutant que toutes ses occupations ne l’ont jamais éloignée de l’intimité avec le Seigneur. Le service de sesfrères et la communion avec Dieu sont vécus dans une rare unité. "Dieu ne m’a jamais conduite par un esprit de crainte, mais par celui de l’amour et de la confiance", dira-t-elle peu de temps avant de mourir d’une brève maladie le 30 avril 1672.
La "mission" de Marie de l’Incarnation a fait naître l’Église du Canada et apporté à l’Église universelle un témoignage de l’Évangile vécu dans la plus grande fidélité à Dieu.
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