Père Nicolas Delafon, responsable du SDV de Paris
Du 26 au 27 mars 2011, 22 jeunes hommes accompagnés par trois prêtres et un séminariste du diocèse de Paris ont marché pour discerner leur vocation dans l’Eglise. Récit de deux jours de pèlerinage.
1 ère étape : le carmel de Lisieux

Nous y arrivons samedi en milieu de matinée. Devant le carmel, nous méditons sur la vocation de Thérèse de l’Enfant Jésus.
Qui est Thérèse Martin, lorsqu’elle entre au Carmel ? Une toute jeune femme de 15 ans, dotée d’une grande maturité spirituelle et dont l’enfance et l’adolescence ont été marquées par une carence affective. Que trouve-t-elle au Carmel ? Selon le Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, "on peut dire : "rien". Elle trouve évidemment la vie propre du Carmel où, dit-elle, "tout la charme". Elle découvre cette harmonie entre son être et la vie du cloître, elle est heureuse de la pauvreté… Assurément, elle ne connait aucune incertitude mais elle n’éprouve non plus aucune consolation".
Selon un moine, l’admirable chez Thérèse est qu’elle a réussi au Carmel "à faire la synthèse entre l’appel intérieur indiscutable et les infinis tiraillements de la vie extérieure. Non seulement elle a fait la synthèse entre les deux, mais il est évident que ce sont les tiraillements extérieurs qui ont été l’instrument qui a permis au jaillissement intérieur de trouver sa plénitude et son unité".
En quittant le Carmel, beaucoup se disent proches de Thérèse Martin par les souffrances psychologiques éprouvées dans l’adolescence ou en famille.
2 ème étape : les Buissonnets, maison natale de Thérèse Martin à Lisieux

Nous rejoignons les Buissonnets après la messe célébrée à la crypte de la basilique. Thérèse de l’Enfant Jésus arrive dans cette maison à 4 ans après la mort de sa mère. Elle va y rester jusqu’à son entrée au Carmel. C’est aux Buissonnets qu’elle voit dans le journal La Croix qu’un assassin Pranzini va mourir sur l’échaffaud et refuse de recevoir un prêtre. Elle prie pour que cet homme manifeste un signe de repentir. Le lendemain de l’exécution, elle lit que Pranzini a embrassé le crucifix, avant que sa tête soit livrée à l’échafaud. C’est pour elle la preuve que Dieu fait miséricorde. Un peu avant, à Noël 1886, elle a fait l’expérience de l’amour de Dieu pour elle. Par une grâce qui lui vient de l’eucharistie célébrée lors de la messe de Noël, Dieu a changé son cœur. Thérèse n’est plus Thérèse. Le Dieu fort qui se donne dans le mystère de l’Incarnation a transformé la petite Thérèse. Pour nous comme pour elle, nous découvrons au Buissonnets l’amour du Christ. Nous éprouvons la miséricorde de Dieu.

3 ème étape : 14 km de marche jusqu’à l’abbaye du Bec Hellouin
Aux Buissonnets, un car nous attend et nous dépose sur la voie verte, ancienne voie de chemin de fer. Nous partons de Ste Opportune du Bosc et marchons à un bon rythme pour arriver aux Vêpres à l’abbaye du Bec. Il nous faudra deux heures pour atteindre l’abbaye avec la prière du chapelet pour terminer notre marche. Une fois sur place, repas, puis Vigiles et coucher.
4 ème étape : matinée du dimanche à l’abbaye du Bec

Dimanche matin, nous avons les laudes à 7h30 ; après le petit-déjeuner, le père-abbé nous parle des trois piliers de la vie monastique selon la règle de St Benoît : la quête de Dieu, la stabilité et la conversion.
5 ème étape : messe du 3 ème dimanche de carême à Lisieux
En milieu de matinée, nous rejoignons en car la basilique de Lisieux. Nous participons à la messe du pèlerinage dans la crypte. La liturgie est belle. Dans l’après-midi, nous visiterons cette crypte et la basilique. Sur le portail d’entrée, le Christ accueille les pèlerins : "venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau" (Mt 11, 28).

Dans le chœur de la basilique, la mosaïque représente à nouveau le Christ ; à ses côtés, Thérèse et Marie. Comme la mère du Seigneur, Thérèse nous tourne vers le Christ : "Vivre d’amour, dit Thérèse dans un poème où elle se réfère à la Transfiguration, ce n’est pas sur la terre fixer sa tente au sommet du Thabor. Avec Jésus, c’est gravir le Calvaire, c’est regarder la Croix comme un trésor !"
Dernière étape : conférence, témoignages et prière finale à Lisieux
Après la messe, nous déjeunons au foyer Louis et Zélie Martin. Le père Patrick Lemoine, prêtre de l’institut Notre-Dame de vie, se joint à nous. Après le repas, il nous parle de Thérèse. Dans les manuscrits, les deux termes les plus cités sont "Jésus" et "petit". Les trois manuscrits s’achèvent sur l’amour : "Eternellement, elle chantera avec cette Mère chérie le cantique toujours nouveau de l’Amour …" (Manuscrit A) ; "(…) dignes de ton amour" (Manuscrit B) ; "(…) je m’élève à lui par la confiance et l’amour" (Manuscrit C). Au moment de mourir, les derniers mots de Thérèse sont ceux-ci : "Mon Dieu … je … vous aime ! » (Derniers entretiens). Thérèse de l’Enfant nous invite à une expérience de l’amour. Elle insiste sur le fait que l’amour de Dieu peut se donner plus gratuitement à celui qui connait sa pauvreté et sa misère. Cet amour gratuit n’est justifié par aucun mérite : "oui, écrit-elle, j’ai besoin d’un cœur (le cœur de Dieu), tout brûlant de tendresse, qui reste mon appui, et, sans aucun retour, qui aime tout en moi, et même ma faiblesse, et ne me quitte pas, ni la nuit ni le jour" (Poésies).

En fin d’après-midi, les pères Olivier de Rubercy et Thierry Butor témoignent de leur ministère ; un séminariste, de la vie au Séminaire de Paris. Puis, nous prions ensemble pendant une heure environ et terminons par les vêpres. Dans le train du retour, nous sommes arrêtés à un quart d’heure de Paris. La locomotive est en panne. Nous achevons notre pèlerinage par trois heures d’attente dans le train, ce qui nous donne une ultime occasion d’échanges mutuels.
Quelques jours plus tard, différents messages expriment la joie commune : "vous m’avez ouvert les yeux sur l’histoire touchante de Ste Thérèse" ; "le témoignage du séminariste m’a ému et a modifié ma vision du séminaire" ; "Thanks a lot, father. Ça faisait un petit moment que je souhaitais rencontrer d’autres qui se posent la même question que moi. Quel bonheur ! J’avoue que cela m’a porté toute la semaine. C’est bien mieux qu’une pile Duracell ! Comment ai-je pu passer à côté de Ste Thérèse pendant si longtemps … Je ne sais pas, mais toute allergie se guérit !"

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