Père Nicolas Delafon
Dans notre vie, nous sommes amenés à faire des choix, rendus difficiles parce que nous ne maîtrisons pas tout. La foi nous ouvre un avenir confiant. Elle est un appui sûr pour notre vie.
« “Je crois” n’a jamais été l’équivalent de “je sais” ». Cette phrase de Romain Rolland nous conduit à nous poser deux questions : en vue de l’engagement de ma liberté, que puis-je savoir ? Que dois-je croire ?
Distinguer savoir et croire
Le réel est mouvant. Il nous sollicite. Il appelle l’engagement de notre liberté. Sur quelles bases allons-nous nous engager ? Au coeur d’une réalité mouvante, comment construire l’avenir ? La réponse à ces questions n’est pas aisée. Nous sommes parfois pressés par les circonstances. Nous pouvons également hésiter devant une décision faute de pouvoir apprécier la réalité. Alors, que faire ?
Au coeur du réel, il y a des choses que nous ne parvenons pas à connaître de façon certaine. Quel sera mon avenir ? Que puis-je attendre du temps présent et espérer au-delà de la mort ? Puis-je être certain de la fidélité de quelqu’un ? Telle personne est-elle digne de confiance ? Devant de telles questions, il nous faut renoncer à savoir et commencer à croire. Ainsi, un fiancé doit croire en l’amour de sa fiancée ; une mère, en la parole de son enfant. Cette conviction peut se fonder sur un témoignage rendu, par exemple l’être aimé a donné des preuves de son amour. Ou encore, sur une appréciation : à partir de la connaissance que nous avons de quelqu’un, nous l’estimons digne de confiance. Dans ce jugement, il peut entrer de nombreux aspects subjectifs. À partir de là, puis-je m’engager envers quelqu’un ? Au contraire, dois-je renoncer à cet engagement et suspendre ma décision ? Quoiqu’il en soit de la décision prise, chacun devra croire et renoncer à savoir.
Certitude et fermeté de la foi
Au sujet des choses dont nous n’avons pas une connaissance certaine, Dieu offre son témoignage. Il ne se contente pas de construire l’avenir avec nous. Plus encore, il nous ouvre un avenir. Il nous offre une lumière dans la nuit. Pour avoir accès à cet avenir, il nous demande de nous ouvrir à lui. Est-Il crédible ? Puis-je avoir foi en ses promesses ? L’Écriture nous dévoile en sa cohérence la fidélité de Dieu. Jésus-Christ nous révèle le Dieu-Amour qui nous aime jusqu’à l’extrême de la croix.
Ce que Dieu révèle de lui-même appelle notre foi. Cette foi est ferme parce qu’elle a Dieu et ses oeuvres pour point de départ. En outre, la connaissance qui nous est offerte est certaine, en ce qu’elle répond à des aspirations profondes de notre être. Elle nous donne accès à une certitude qui n’est pas celle d’une connaissance extérieure à nous-mêmes. Ainsi, le Dieu qui m’invite à le suivre et à l’aimer dévoile des capacités d’amour enfouies en moi-même.
Faire le don de sa foi
Restons cependant conscients que notre foi demeure fragile. Elle dépend de l’exercice de notre liberté et ne se réalise jamais parfaitement. La foi ne triomphe jamais pleinement des résistances qu’elle rencontre en nous.
Dieu se révèle en Jésus-Christ et se montre fidèle à ce qu’il a promis. Il est fiable et digne de foi. En réponse, le chrétien lui donne sa foi. Il s’en remet à lui du fond de son être. Il prend appui sur les gages que Dieu a donnés de son
amour et de sa fidélité. À lui seul et à nul autre, nous donnons notre foi.
Nous cheminons dans la foi :
La foi nous fait goûter comme à l’avance la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. […] Maintenant, cependant, "nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision" (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu "comme dans un miroir, d’une manière confuse, imparfaite" (1 Co 13, 12). Lumineuse grâce à Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l’obscurité. Elle peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble bien souvent loin de ce que la foi nous assure ; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle ; elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation. C’est alors que nous devons nous tourner vers les témoins de la foi : Abraham, qui crut, "espérant contre toute espérance" (Rm 4, 18) ; la Vierge Marie qui, dans "le pèlerinage de la foi", est allée jusque dans "la nuit de la foi" en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau. Il y a tant d’autres témoins de la foi : "Enveloppés d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus" (He 12, 1-2) ».
Catéchisme de l’Église catholique, 163-165.
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