Beaucoup d'obstacles nous rendent timides dans l'annonce de l'Évangile… Mais "tous ces obstacles peuvent être levés quand il y a un véritable désir de proclamer le Christ, quand on est plusieurs à s’entraider... si on sait humblement se confier à l’Esprit Saint."
C'est l'encouragement que donne Mgr Brouwet (texte). Pour le Cardinal Barbarin(audio), face à toutes les questions qu'on nous pose, la réponse est simple : "Parce que le Seigneur en a besoin !"
Le grand obstacle à la mission, c’est la peur de l’image que l’on va donner de nous-mêmes
- Dans une société très marquée par une idéologie laïque, il n’est pas de bon ton de se dire croyant et pratiquant ;
- Confesser sa foi, c’est bien souvent se retrouver seul ;
- On a peur de ce qu’on va penser de nous, dire de nous ; peur de perdre des amis ; peur de ne plus être considéré dans le groupe auquel on tient à appartenir ; peur pour sa carrière, pour son avancement (si je ne dis rien maintenant, j’accèderai à de plus hautes responsabilités qui me permettront de faire davantage de bien plus tard… on est dans la stratégie)
- Du coup, on est prêt à se taire, prêt à poser des actes qu’au fond on réprouve, prêt à de petites compromissions, prêt à faire comme si la foi ne nous faisait pas vivre (on fait semblant d’être d’accord avec les opinions les plus courantes…)
- Derrière cela peut se cacher une fausse idée de la tolérance qui dit : "Pense ce que tu veux, fais ce que tu veux du moment que tu ne m’empêches pas de faire pareil" ; on croit que prêcher l’Evangile, c’est faire preuve d’intolérance, c’est manquer de respect pour la liberté de l’autre.
- Ce qui manque là, c’est de croire vraiment, dans le fond de son cœur, que l’Evangile est une vraie libération pour tout homme et que tout homme est en quête du Christ. C’est de croire que le Christ invite chacun à entrer en dialogue avec lui.
On est pourtant désemparés devant quatre critiques faites aux croyants que nous sommes :
"La foi est un enfantillage"
Souvent pensé par des gens qui ont arrêté d’aller au KT après le CM2 ; ils n’ont que des mots ou des images ou des concepts d’enfants pour penser la foi.
A nous de montrer que notre foi a été mûrie à l’âge adulte, qu’elle est suivie de faits, qu’elle implique un engagement, des décisions, des choix personnels.
"Vous n’aimez pas la science…
… vous avez une mentalité pré-scientifique (ex : la bioéthique : vous dites non à tout…), vous êtes contre le progrès."
A nous de montrer que ce qui nous intéresse, ce n’est pas le progrès en lui-même mais la personne humaine, la dignité de la personne.
A nous de montrer que la fin ne justifie pas n’importe quel moyen et que la science et la technique doivent être soumises à la réflexion morale, éthique.
"Vous êtes des terroristes…
… des fondamentalistes en puissance parce que la religion est facteur de violence : elle divise au lieu de rassembler. On produit d’ailleurs toute sorte d’exemples : inquisition, croisades, 11 septembre…"
Le fondamentalisme musulman permet de discréditer actuellement toute forme de foi, toute forme de religion ;
Avec l’argument connexe : si on accorde cette salle aux chrétiens, on devra l’accorder aux musulmans, donc on ne vous la donne pas.
Il est important de démasquer cela et de refuser ces amalgames : car si on parle de l’histoire, citons les filles de la charité de St Vincent de Paul et les hôpitaux, les frères des écoles chrétiennes et l’éducation des pauvres, Don Bosco… et tous les saints qui ont à la fois fait œuvre d’évangélisation et de civilisation.
"Vous êtes des moralisateurs…
… vous ne savait faire que de la morale"
A nous de montrer la différence entre faire usage de sa conscience et être moralisateur ; notre foi chrétienne n’est pas une morale : elle est un attachement à Jésus Christ qui induit un comportement ; il est important de revenir à notre relation au Christ et de dire que, ce qui nous fait vivre et nous motive, c’est un amour : que le Christ m’aime et que je l’aime.
Par ailleurs s’il est important de savoir affirmer sa foi et en rendre compte, il est aussi nécessaire de ne pas apparaître comme celui qui fait la morale.
Remarquons que toutes ces critiques ont un point commun : le reproche fait aux chrétiens de ne pas faire usage de leur raison. Mais la raison et la foi ne sont pas concurrentes. La foi a besoin du travail de la raison pour pouvoir rendre compte de l’espérance qui est en elle. La raison a besoin de se laisser dépasser par la foi pour arriver à la vérité tout entière.
- Notre intelligence a besoin d’avoir des raisons de croire, de confronter la foi aux questions que chacun se pose ; c’est toujours un risque, une aventure ; mais sans cela notre foi peut être emportée à la première difficulté sérieuse : c’est ainsi que, ne sachant pas répondre à ces difficultés que les autres rencontrent, nous sommes tentés de baisser les bras.
- L’intelligence de la foi n’est pas d’abord une formation de spécialiste : on a passé un an sur un évangile ; on a fait un exposé sur la famille ; on a lu un livre sur Job ou sur tel saint
- Mais c’est une vision d’ensemble de la foi : un travail avec le Cathéchisme de l'Eglise Catholique ou le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise. Où on puisse travailler les articulations, la cohérence de la foi chrétienne.
Mais cela ne suffit pas.
Il est d’abord nécessaire de demander au Seigneur d’être délivré de ces peurs à propos de soi-même, à propos de notre image et de notre réputation. C’est une question de liberté spirituelle dans notre monde de prêt-à-penser, de modes intellectuelles, de dénonciation facile où les plus intransigeants ne sont pas ceux qu’on croit, où un magistère nous est imposé par les media, la pression des groupes, les idées à la mode, les idées qui circulent dans une sorte de totalitarisme ambiant.
Ce qui manque aussi, c’est une vraie communauté dans
laquelle on a le désir de répandre ensemble l’Evangile ;
une communauté dans laquelle on puise ensemble dans l’Esprit
Saint la grâce d’annoncer le Christ ; une communauté dans
laquelle on se soutient, on s’épaule, on se parle, on
se fait confiance, on fait l’expérience d’une
vraie fraternité.
C’est aussi dans une telle communauté qu’on apprend à aimer
l’Eglise et à être acteur de sa mission.
Il est indispensable, pour évangéliser, d’être présent
dans la foi aux évènements :
On est souvent à la surface de ce qui se passe et on ne voit
pas la dimension religieuse des évènements ; du coup, on ne comprend pas les appels de l’Esprit Saint (comme ce Macédonien qui appelle Paul : Ac 16, 9-10)
Par exemple : dans une conversation sur Noël ; quelqu’un
qui a perdu un proche ; des visites d’abbaye en vacances ;
parler d’un camp qu’on a fait…
La nécessité de la cohérence de
notre vie avec l’Evangile :
Quand notre vie n’est pas en conformité avec l’Evangile :
mensonges, formes d’idolâtrie, pardons non donnés, vie
sexuelle qui ne correspond pas à la vérité du langage
du corps, vol, manipulations…
Il est nécessaire de se faire aider. Que si l’on n’est
pas trouvé vainqueur, au moins on soit trouvé combattant…
Tous ces obstacles peuvent être levés quand il y a un véritable désir de proclamer le Christ, quand on est plusieurs à s’entraider.
Tous ces obstacles peuvent être levés si on sait humblement se confier à l’Esprit Saint.
Mgr Nicolas Brouwet, Evêque auxiliaire de Nanterre
Conférence donnée aux étudiants de retour de Terre Sainte le 9 octobre 2009
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