Mgr Jérôme BEAU, Évêque auxiliaire de Paris
Comment faites-vous pour venir à l’hôpital, oser pousser
la porte des chambres, rejoindre une personne que vous ne connaissez pas, et
en qui vous reconnaissez un frère, une sœur ?
De quoi êtes-vous
donc porteurs qui fait que votre visite est unique et différente, par
rapport à celle des autres visiteurs ou bénévoles
dans le secteur hospitalier ?
Les sacrements
La particularité de votre venue vient de notre baptême et de notre mission reçue de l’Église.
Quelle que soit notre place dans l’Église, que nous soyons prêtres, diacres ou laïcs - ce qui nous est commun à tous est notre baptême. Vous tous qui avez été plongés dans la mort du Christ, en Lui vous êtes ressuscités.
Notre condition de baptisés est d’être enfants de Dieu par adoption, elle est de vivre de la Vie divine, et de faire l’expérience de notre résurrection.
Nous sommes des porteurs de Résurrection, des porteurs de Vie . Nous ne le sommes pas simplement par compassion, par amitié, ou parce que notre propre expérience personnelle nous ferait aller au-devant d’une rencontre. Nous sommes porteurs de la Vie divine parce que nous sommes porteurs d’une Vie plus forte que la mort.
Nous sommes des ressuscités, allant à la rencontre d’hommes et de femmes qui par leur baptême sont eux aussi des ressuscités, s’apprêtant à faire le grand passage au travers de la mort. Mais nous allons aussi à la rencontre d’hommes et de femmes qui ne connaissent peut-être pas le Christ et ne savent même pas qu’ils vont vers la Résurrection et la Vie.
Vous avez cette expérience de savoir que tout homme est appelé à vivre du Ressuscité. L’homme ne se comprend pas entre sa naissance et sa mort, mais se comprend entre sa conception et l’Eternité.
Nous ne sommes pas seulement des frères et sœurs se portant dans la douleur de la vie mais nous sommes desporteurs d’Espérance dans un monde de douleur. Vous portez la Vie de Dieu, vous portez la force de cette Résurrection, parce que vous portez la compréhension de ce monde à partir de Dieu et non à partir du monde.
Le premier élément va nous donner de pouvoir percevoir ce qu’est le baptême dans notre expérience et dans notre mission en aumônerie. Nous sommes des porteurs d’Espérance, parce que nous comprenons le monde à partir de Dieu. En le comprenant ainsi nous comprenons notre propre vie ainsi que celle de l’autre, grâce à cette Espérance qui nous anime : la Résurrection du Christ.
Le deuxième élément, essentiel dans notre regard, est que, par notre baptême, nous sommes porteurs de dignité, de respect. Mais de quelle dignité et de quel respect sommes-nous porteurs ?
Dieu s’est fait homme et il a appelé l’homme. L’identité de Dieu se dit dans l’histoire de l’humanité car chaque personne humaine porte en elle Dieu lui-même.
Lorsque nous allons à la rencontre de l’autre, nous allons aussi à la rencontre de Dieu. Notre regard voit en l’autre la beauté divine bien que parfois la maladie, les souffrances, peuvent en défigurer les traits extérieurs.
« Notre homme extérieur s’en va vers sa ruine, mais notre homme intérieur se renouvelle sans cesse » enseignait Saint Paul.
Notre homme intérieur, celui qui aime, qui est de Dieu, et en est le temple, se renouvelle sans cesse. Il a toujours la jeunesse du premier matin, de l’Eternité naissante. Il est magnifique. Être porteur de respect et de dignité, c’est justement comprendre l’homme non à partir de soi-même, mais à partir de cette dignité et de ce respect,de cette lumière que vous êtes appelés à contempler en tout homme et en toute femme que vous rencontrerez.
Votre baptême vous donne le pouvoir de voir et de comprendre celui que Dieu vous donne à la lumière mystique de cette présence de Dieu qu’il y a en l’autre, en ce frère ou dans cette sœur qui est pour vous.
Porteurs d’Espérance, porteurs de dignité, porteurs de l’Amour de Dieu.
Mendiants d’amour et de fraternité.
Notre Dieu est un et il aime tous les hommes. Son Amour est répandu dans le cœur de chaque personne humaine, quelle que soit sa langue, sa race, sa culture, sa religion. Dieu aime tous les hommes.
Le baptême n’est pas l’acquisition d’un Amour dont les autres seraient privés. Le baptême, c’est recevoir et vivre d’un Amour,en connaissant celui qui nous aime, celui qui est le visage de notre Père et ceux qui sont nos frères et nos sœurs.
Le baptême nous donne cette force, cette beauté, qu’est la réciprocité de l’amour.
Il nous fait entrer dans la relation de réciprocité entre le Père et le Fils , entre Dieu le Père et Jésus Christ, notre Seigneur. En entrant dans cette réciprocité, nous devenons mendiants de cette réciprocité de la relation d’amour.
Lorsque vous entrez dans la chambre d’un malade au nom de votre baptême, lequel attend le plus d’amour ? La personne que vous rencontrez - ou bien vous-même ?
Pour pouvoir aimer humblement, il faudrait que nous soyons des mendiants d’amour et non que nous ayons la conviction que celui que l’on va rencontrer a très certainement besoin de nous.
Pourquoi Dieu nous le donne-t-Il à rencontrer ? Peut-être simplement pour que nous puissions ouvrir notre cœur à une dimension d’Amour plus grande que ce que notre cœur aujourd’hui peut donner, à une dimension d’Amour plus grande que ce que nous arrivons à vivre.
Il faut entrer dans l’Infini de l’Amour afin d’accepter que l’autre soit toujours celui qui provoque notre cœur à un surcroît de capacité à aimer, parce que c’est à la mesure où nous donnons cet amour que nous le recevons.
Mère Teresa affirmait : ce que j’ai donné, c’est ce qui me fait vivre ; ce que j’ai gardé, c’est ce qui me fait mourir.
Il faut donner, parce que l’on est mendiant de l’amour de l’autre, parce qu’en poussant la porte, on sait qu’il faudra se faire pardonner le bien que l’on fera à l’autre.
C’est une phrase terrible, cette phrase de Saint Vincent de Paul : se faire pardonner le bien que l’on fait à l’autre. Si nous ne sommes pas mendiants de l’amour de l’autre au nom de notre baptême, nous risquons un jour de tirer orgueil de ce que nous aurons fait. Eviter de tirer orgueil de ce que l’on fait, c’est que notre main gauche ignore ce que fait notre main droite. C’est à dire que la main impure ignore ce que fait la main pure. Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, que l’orgueil ne reprenne pas ce que le cœur a donné dans la pureté de son élan d’amour.
Au cœur de ce texte de Saint Matthieu se trouve une péricope avec un leitmotiv : ton Père voit ce que tu fais dans le secret et Il te le revaudra.
« Dieu est invisible, nul ne l’a jamais vu, mais en Jésus Christ il se fait connaître » (Jn 1) ; en mon frère, en ma sœur il se dévoile. Cette manière de lui rendre cet Amour, c’est justement en reconnaissant l’autre comme mon frère, comme ma sœur, mais dans le secret.
En reconnaissant que l’autre est le serviteur du visage invisible de Dieu , et en lui prêtant son visage, je peux rendre au Père un geste, un sourire, une parole.
Vous trouverez au milieu du texte que j’ai cité de Saint Matthieu la prière du Notre Père, prière que l’on reçoit au jour de son baptême. Ce jour-là nous avons dit Notre Père, et par cette affirmation pour la première fois, nous avons dit à l’autre : mon frère, ma sœur.
Lorsque nous entrons et que nous passons la porte d’une chambre d’hôpital, nous sommes ces mendiants d’amour qui allons être enfantés par celui ou celle que nous allons rencontrer et qui, dans le passage, nous enfantera nous aussi à notre condition de fils et fille de Dieu.
Par le baptême nous devenons porteurs d’Espérance, de respect, de dignité ; porteurs de la réciprocité de l’Amour de Dieu, finalement devenus fils et filles de Dieu, engendrés et enfantés à cette condition de fils et de filles de Dieu.
Nous poussons la porte non pas de nous-mêmes, mais parce que nous comprenons notre histoire et le monde comme venant de Dieu et comme allant vers Dieu ; nous ne l’interprétons pas à partir de nos propres sentiments humains ou de nos propres affects, mais par la charité du Seigneur.
Prendre ce point de départ, à partir de Dieu et non à partir de nous, nous demande d’avoir fait « le deuil » de nos propres expériences humaines, de nos propres expériences de souffrance, de nos propres expériences de séparation.
Ce n’est pas pour revivre ce que nous avons déjà vécu que nous poussons la porte.
Ce n’est pas d’une expérience humaine dont nous voudrions nous libérer. C’est au contraire parce que l’on vient de Dieu que nous ouvrons cette porte.
Dieu peut justement se servir des épreuves, des souffrances, ou des deuils que nous avons traversés pour nous donner d’être de vrais porteurs d’Espérance, de Vie, de respect, d’Amour, de cette condition filiale.
C’est très différent de partir de notre propre sensibilité ou de partir de ce que Dieu veut. Il faut laisser Dieu être Dieu, au cœur même de notre relation à l’autre car il est le vrai compatissant.
Nous sommes frères et sœurs, il faut en cela que nous soyons et restions attentifs les uns aux autres. Les qualités humaines d’accueil, d’amitié, de compassion, de sourire et d’attention, sont importantes mais il faut leur donner une autre dimension qui est la dimension baptismale.
Lorsque le Christ vient à la rencontre de Barthimée, il ne lui dit pas : tu es aveugle, je vais te guérir. Au contraire il lui demande : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Que veux-tu?
Garder un respect infini de la liberté de l’autre . Vous êtes présents pour aimer de l’amour de Dieu.
Quand Jésus accueillait, quand il rencontrait, il redonnait à l’autre sa dignité de personne humaine. A la femme adultère, figure de l’ensemble de l’humanité d'hommes et de femmes pécheresses (ou pécheurs), il s’est contenté de lui redonner l’existence, de lui redonner son humanité. Au début, il regardait la terre et traçait des lettres sur le sol. Ce n’est qu’à la fin, où levant les yeux il lui dit : alors, personne ne t’a condamnée ? Moi non plus. Nous ne sommes pas là "pour apporter notre bon Dieu", nous ne sommes pas là pour apporter un jugement, mais pour apporter la présence d’un Dieu qui aime et d’un Dieu d’amitié.
Dans l’Évangile de Saint Jean, Jésus affirme que la relation qu’Il a avec chacun d’entre nous, est une relation d’amitié : je vous appelle mes amis (Jn15). Le baptême nous donne d’entrer dans une amitié avec l’autre qui est l’expression fondamentale de la Foi.
Un frère ou une sœur, c’est un ami qui nous est donné et que l’on n’a pas choisi.
En cela, lorsque vous rencontrez un frère, vous rencontrez un ami, un ami que vous n’avez pas choisi, mais que Dieu vous donne.
L’amitié est sacrée et doit toujours être gravée dans votre cœur car elle est l’amitié du Christ.
Certes elle peut changer de visage, selon le visiteur qui passe ou suivant le jour, mais c’est la même amitié qui doit se dire, c’est l’amitié que le Christ a scellée avec toute l’humanité et dont vous êtes les témoins par votre baptême.
Qu’allez-vous raconter à cette personne que vous rencontrerez ?
Soit vous faites le choix de vous taire en priant le Seigneur de vous aider à parler ; soit vous parlez trop.
Quel langage faut-il avoir ? Quel est ce langage particulier qui va passer par le geste, par la présence, par le silence ? Quel va être ce langage qui va rejoindre l’autre au cœur de sa vie, de son existence, qui par un simple geste va pouvoir lui donner la sécurité, la confiance, la consolation... Ce langage, c’est celui de l’Esprit Saint. Il faut laisser parler l’Esprit Saint.
C’est le sacrement de votre confirmation qui se met à l’œuvre . Nous sommes au service de la parole de la Pentecôte. Chacun entendait dans sa langue maternelle : Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d'Asie…
L’Esprit Saint parle la langue la plus maternelle de l’homme, il parle la langue que nous ne connaissons pas, mais qui est la langue silencieuse de l’amour et de la compassion. Votre geste, votre sourire, votre silence, la main que vous prendrez - tout est le langage de l’Esprit Saint. C’est le langage d’un Dieu qui se dit dans un langage qui vous échappe, mais dont vous êtes le serviteur. Au-delà des mots, c’est Dieu qui parle dans le cœur de l’homme.
C’est l’expression effective de notre confirmation. La confirmation nous donne l’occasion de prier l’Esprit Saint que nous avons reçu ce jour-là. Vous faites aujourd’hui l’expérience de votre confirmation car c’est bien aujourd’hui que vous avez besoin de l’Esprit Saint, c’est aujourd’hui que vous l’accueillez.
Cela veut dire simplement qu’il faut s’appuyer sur le sacrement du baptême, pour être témoin de cette vie, de cette Espérance, de cet Amour ; s’appuyer sur sa confirmation pour avoir le geste, le geste d’amour silencieux maternel de l’homme, et aussi se nourrir de l’Eucharistie.
Qu’est-ce que vivre de l’Eucharistie ? Vous allez à la Messe régulièrement, vous portez régulièrement le Corps du Christ à nos frères et sœurs.
A nous de ne pas nous laisser aveugler par des situations où cela se passe vite et de savoir peut-être aussi mettre la priorité sur certains hôpitaux, où les malades restent longtemps. Là où il y a vraiment une présence, un besoin, un soutien encore plus nécessaire et un travail qui peut se faire aussi dans la durée.
Vous faites l’expérience de porter l’Eucharistie à des frères et sœurs qui sont en situation de dépendance vis-à-vis de ce que leur dira le médecin, de la visite qu’ils recevront ou non, d’une aide motrice extérieure ou pas. Ils sont dans une situation d’une dépendance par rapport à l’autre et vous leur apportez le Corps de Christ.
La notion de dépendance est une notion très humaine. Comment cette expérience humaine peut-elle être transformée par Dieu en une expérience nouvelle ?
Dans la préparation au mariage, le prêtre voit parfois des fiancés qui pensent : nous allons devenir dépendants l’un de l’autre, dépendants pour les dates de vacances, pour tel choix de vie, pour telle ou telle situation, etc. Ils voient l’amour comme une dépendance mutuelle qui nécessitera plus ou moins de négociations.
Un couple qui commence à négocier sous forme de dépendance leur amour, est un couple qui va à l’échec. Nous leur faisons percevoir le passage de ce qu’ils vivent comme une dépendance à celui du don d’eux-mêmes et à la capacité de recevoir le don de l’autre. Tout ceci dans une expérience non pas de dépendance, mais de communion, de liberté.
Vous verrez des personnes faisant l’expérience de la dépendance. Ce que vous apportez n’est pas de l’ordre de la dépendance, mais de l’ordre du don, du recevoir, de leur liberté. Ce don de liberté va peut-être pouvoir les aider à vivre la relation de malade, de patient, non plus comme une dépendance, mais dans un don et dans une offrande à l’Amour de Dieu.
C’est tout le mouvement eucharistique. Ce mouvement est très difficile à faire faire et il ne faut pas le provoquer. Il faut simplement aimer et laisser Dieu agir.
Ce mouvement est de faire comprendre qu’apporter le corps du Christ, c’est apporter le don gratuit de quelqu’un qui les aime et qu’ils sont appelés à recevoir, pour pouvoir se donner, pour pouvoir vivre l’offrande de leur vie.
Comment vont-ils vivre l’offrande ? Ce que cela signifiera pour eux ne doit pas vous importer. C’est leur histoire et non la vôtre. Ce serait d’ailleurs un danger que cette illusion de penser que leur histoire est la vôtre et vous appartient. Nous n’avons jamais à entrer dans l’histoire de quelqu’un, si l’autre ne nous l’offre pas.
Si je suis en ce moment le serviteur de l’offrande de Dieu, ou de l’offrande de l’homme qui s’offre à Dieu, je ne suis qu’un instrument d’une offrande.
C’est bien ce mouvement-là de l’Eucharistie qui fait entrer dans ce rapport entre le don et la réception, donner et recevoir.
Cet échange va être l’échange vital du sacrement de l’Eucharistie. Leur donner de pouvoir passer d’une situation de dépendance à une situation d’offrande et de don.
Ce mouvement va leur donner un dépassement dans leur histoire.
Baptême, Confirmation, Eucharistie, les principaux éléments de la vie spirituelle, en sont les fondements.
Leur état de vie dans le mariage, dans la consécration religieuse, leur situation par rapport au sacrement de réconciliation, est à Dieu. Il faut laisser Dieu agir, il faut laisser l’Esprit Saint agir. Il faut faire confiance aux chemins de l’Esprit Saint dans la conscience de l’autre.
Dans l’évangélisation, il faut se taire, tant que la parole ne peut pas être reçue. Mais lorsque Dieu ouvre la porte de la Foi, il faut parler et prononcer la Parole de Dieu.
La Parole de Dieu peut être prononcée lorsque le Seigneur a ouvert le cœur de l’autre. Il faut que vous y alliez avec cette délicatesse de laisser Dieu faire, selon le temps du Seigneur et non celui de l’homme.
(...)
Votre chemin spirituel est la manière dont vous exercez votre mission pour qu’elle soit la plus proche de la vérité du Christ et du visage du Christ pour l’autre.
Dieu fait son chemin dans une histoire qui est unique et qui est celle de l’autre que nous ne connaissons pas, que nous ne pouvons juger et dont nous ne serons jamais maîtres. La conscience est un lieu inviolable de la relation d’amour et d’amitié avec le Christ.
Il faut méditer le mouvement de pur amour dont parle Sainte Thérèse. Le plus petit mouvement est plus utile à l’Église que toutes les autres œuvres réunies.
Il est de la plus haute importance que nos âmes s’exercent à l’amour. Il ne faut jamais penser qu’aimer vient naturellement ou spontanément.
Certes, nous sommes tous faits pour aimer, pour être aimés, mais cela s’apprend, et cela s’exerce. Mais comment exercer son esprit ? Sainte Thérèse nous apprend à le faire « en s’exerçant beaucoupà l’amour ».
Nous savons que s’exercer à l’amour nous donne d’apprendre à aimer et que s’exercer à la volonté intérieure nous donne d’avoir de la volonté extérieure.
Questions - Réponses
Comment s’exercer à l’amour ?
Il y a toujours des moyens pour s’exercer à l’amour et à l’espérance.
S’exercer à l’amour nous demande d’abord de faire travailler sa mémoire dans la mémoire de la joie. Notre mémoire est capable de retenir des formules mathématiques, comme elle est capable de garder la mémoire de culpabilités, d’échecs, ou de choses joyeuses. C’est important d’exercer sa mémoire à ce qui donne de la joie, parce que la joie est le fruit de l’Esprit Saint - la vraie joie. Plus on exercera sa mémoire à la joie, plus on acquerra la capacité de pouvoir reconnaître l’attitude qui nous donnera cette joie,l’attitude qui nous donnera d’être le plus en adéquation avec l’action de l’Esprit Saint.
En chacun de nous, nous avons deux amours. Nous avons l’amour de soi aux dépens de l’autre (c’est l’amour captateur, l’amour qui prend l’autre comme un objet, l’amour qui veut se saisir de l’autre, l’amour fusionnel : l’amour qui prend) ; et nous avons l’amour qui donne (l’amour qui offre, l’amour gratuit : l’amour qui libère). Les deux amours en nous sont intimement mêlés et il ne faut surtout pas essayer de « désherber ». Cette expression de « désherber » fait écho à la parabole où le Seigneur avait semé le bon grain dans le champ, et où des personnes étaient venues semer un peu d’ivraie. Les apôtres avaient vu les mauvaises herbes qui poussaient au milieu du champ avaient proposé d’aller désherber. Ce à quoi le Seigneur leur avait répondu : Non, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous ne n’abimiez le blé avec elle.
L’exercice de l’amour ce n’est pas l’exercice de désherbage du mauvais amour, pour laisser le bon. Ce serait alors un exercice qui blesserait l’homme.
Il faut s’exercer au bon grain , s’exercer à l’amour vrai, pour que peu à peu l’ivraie tombe en désuétude. Il faut s’exercer à se donner pour les autres, s’exercer à cet amour gratuit.
Comment s’exercer à l’espérance ?
Sainte Thérèse a une phrase terrible sur la désespérance. Elle dit que le désespoir est un orgueil. Il ne faut pas comprendre cette phrase-là dans n’importe quel sens : Tout désespoir n’est pas un orgueil.
Il est nécessaire de s’exercer à l’espérance, s’exercer à l’humilité et à la miséricorde. Sainte Thérèse nous apprend beaucoup de choses de l’exercice de l’espérance, lorsqu’elle dit : je me réjouis de mes faiblesses. Apprendre à se réjouir de ses faiblesses, apprendre à être humble par rapport à soi même et par rapport à ce qu’on ne réussit pas à faire, est aussi un bon exercice d’espérance. L’exercice d’espérance passe toujours par l’humilité et la miséricorde.
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