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Le mystère de la liberté

Père Frédéric Louzeau, Président de la Faculté Notre-Dame

Nous croyons tous être libres, mais le sommes-nous vraiment ? En quoi la liberté consiste-t-elle ? Nous voyons que notre désir de liberté ne suffit pas toujours pour nous rendre libres. Comment y parvenir et quelle place laisser au Christ dans ce cheminement ?

Pèlerinage de Chartres
© Dominique Lecourt/CIRIC

La liberté est un mystère. Pour l’approcher, il est nécessaire d’en voir toutes les dimensions. Aucune ne doit être comprise de manière unilatérale. À défaut, la liberté sera niée.

Vouloir ce que je veux

Être libre, c’est d’abord "vouloir ce que je veux". Tel est le premier aspect sous lequel la liberté apparaît le plus spontanément. Ainsi comprise, la liberté consiste à n’être contraint par rien d’extérieur à soi, c’est-à-dire à être dégagé de tout conditionnement. Faire vraiment ce que l’on veut, n’être contraint par rien d’autre que soi. Et, puisque les contraintes extérieures sont inévitables, apprendre paisiblement à les intégrer, à les choisir dans une décision délibérée.

Illustrons ce point avec le fait d’assister à un cours. Pourquoi est-on venu ? Par une sorte d’automatisme ? L’a-t-on choisi profondément en actualisant le désir de se former ? Ou bien est-on là parce qu’on n’avait rien d’autre à faire d’intéressant à ce moment ? Ou encore, par crainte d’une sanction ou d’un renvoi ? Il faut l’avouer : il existe des moments où la liberté est tellement pauvre qu’elle n’arrive pas à se saisir sinon sur l’horizon d’une menace. Alors, l’a-t-on vraiment voulu ?

Le fait d’agir vraiment à partir de soi caractérise cette première dimension de la liberté : vouloir ce que je veux et le vouloir de manière absolue, hors de toute contrainte extérieure, de sorte que je sois pleinement présent dans ce que je veux et ce que je fais. Ainsi, le Christ, au moment où il est sur le point d’entrer dans l’engrenage de la Passion, affirme : "Ma vie, nul ne la prend ; c’est moi qui la donne" (Jn 10, 18). "Nul ne la prend", c’est-à-dire pas la violence des hommes, ni le complot qui s’agite autour de lui, ni les forces sociales qui l’enserrent, ni même le Père des cieux. C’est lui-même qui donne sa vie.

Devenir ce que je suis

La première dimension pose la liberté de manière absolue, dans l’instant et hors de toute réalité extérieure. Il convient de dégager un autre aspect qui inscrit la liberté dans le temps et la relie à d’autres êtres : Dieu, les hommes, l’univers. La volonté d’être et d’être tout caractérise cette seconde dimension. Dit autrement, nous avons toujours à devenir ce que nous sommes. Nous ne nous sommes pas donnés à nous-mêmes instantanément, en un seul moment de notre vie, après lequel nous n’aurions plus à poser d’actes libres. Nous sommes des êtres inachevés, cherchant toujours à accomplir ce que nous sommes.

Saisie ainsi, la liberté suppose une incessante libération, sous de multiples aspects : elle est un passage de la servitude (notamment du péché et de la mort) à ce qu’elle veut être en plénitude.

Comment unifier ces deux dimensions ? Prenons un exemple concret : un jeune homme ou une jeune femme qui choisit de consacrer sa vie au Christ pour le Royaume des cieux. D’une part, l’entrée dans la vie religieuse nécessite une décision vraiment radicale : vouloir absolument ce que je veux.

D’autre part, une telle décision est orientée en vue de la réalisation plénière de son être en Dieu. Elle est posée en vue d’un don de soi à Dieu pour être comblé par lui. Elle vise la plénitude de l’être et se met au service des êtres qui l’entourent, à commencer par Dieu lui-même à qui une vie est consacrée.

Le Christ nous rend libres

Soeur des FMJ
© D.R.

Parvenir à unifier ensemble deux définitions de la liberté – vouloir ce que je veux et passer du non-être à l’Etre – tel est le secret d’une vie libre. Il n’est pas aisé de réaliser pareille synthèse. Sa réalisation est parfaite dans la personne du Christ. Lors du derniers repas avec ses disciples, il déclare : "Ceci est mon corps livré pour vous". Ces paroles sont redites à chaque eucharistie. Une fois ces paroles prononcées, le Christ n’a plus aucun moyen de s’enfuir de Jérusalem. Ainsi, il veut bien ce qu’il veut en sa Passion. Il sait ce qui va lui arriver. Il veut de manière absolue. En même temps, la radicalité de sa liberté est toute orientée vers l’extérieur. Il livre son corps pour la multitude. Le côté radical et instantané de sa liberté revêt l’amplitude la plus grande, car c’est pour ses disciples et pour les hommes de tous les temps, même pour ceux qui lui font du mal, qu’il livre son corps et son sang.

De même, celui qui entre dans la vie religieuse fait de sa décision un "ceci est mon corps livré pour la multitude" : affirmation déterminée et absolue d’une vie offerte pour le bien-être de la multitude. Il manifeste en quoi le Christ nous rend vraiment libres, comme il l’affirme lui-même dans le Temple de Jérusalem : "Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres" (Jn 8, 31-32).

 

La vraie liberté :

"Mais c’est toujours librement que l’homme se tourne vers le bien. Cette liberté, nos contemporains l’estiment grandement et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison.
Souvent cependant ils la chérissent d’une manière qui n’est pas droite, comme la licence de faire n’importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal. Mais la vraie liberté est en l’homme un signe privilégié de l’image divine. Car Dieu a voulu le laisser à son propre conseil pour qu’il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à lui, s’achever ainsi dans une bienheureuse plénitude.
La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité. Ce n’est toutefois que par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s’ordonner à Dieu d’une manière effective et intégrale."

2e concile du Vatican, Constitution Gaudium et Spes, n.17, 1965

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