Père Nicolas Delafon
Rappel des étapes antérieures : une décision s’inscrit dans un mouvement qui la précède et, prise dans la foi, elle est une réponse à un appel du Christ (cf. étape 6). Le moment lui-même de la décision suppose un processus afin que le choix soit fait en présence de Dieu (cf. étape 7).
La décision ultime de Jésus
Dans la vie de Jésus, la Cène opère une rupture entre un avant et un après. Avant la Cène, les disciples ont été associés aux paroles et aux actes de leur Maître et Seigneur. Avec la Cène, ils sont placés devant la décision de Jésus de donner sa vie par amour du Père et des hommes. Le Christ, au moment où il est sur le point d’entrer dans l’engrenage de la Passion, affirme : « Ma vie, nul ne la prend ; c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18). « Nul ne la prend », i.e ni la violence des hommes, ni le complot qui se prépare, ni les forces sociales qui l’enserrent, ni même son Père. C’est lui-même qui donne sa vie. Jésus veut ce qu’il veut et le veut d’une manière absolue, de sorte qu’il est pleinement présent dans ce qu’il veut et à ce qu’il fait. A la Cène, il a pris la décision de donner sa vie. A Gethsémani, il entre dans le combat spirituel lié à cette décision.
Comme Jésus : livré, remis à un choix
Dans les Exercices spirituels de saint Ignace, la contemplation de la Cène introduit la semaine sur la Passion. Il s’agit de contempler l’abandon priant de Celui qui va se laisser prendre comme un brigand. En consentant à se livrer, il est livré aux hommes. Comme Jésus, choisir, c’est accepté d’être choisi. Quand une personne s’engage librement, elle est ensuite remise à son choix. Elle a choisi d’être choisi par Dieu et d’être livré à son choix. Un temps nouveau s’ouvre où elle va mûrir ce choix et entrer comme Jésus de manière nouvelle dans le Mystère pascal. Tout choix est une mort à soi-même et à une certaine vie.
Mourir pour ressusciter
Chacun est livré à son choix mais le choix ainsi posé sous le regard de Dieu ne conduit pas à la mort et à l’esclavage mais à la vie, à la liberté, au Père. Choisir, c’est comme Jésus, entrer avec lui dans un chemin qui conduit vers le Père. Au contraire, ne pas choisir, c’est marcher sur un chemin qui ne mène nulle part. Dans les Exercices spirituels, Ignace de Loyola fait dire à Jésus à propos de l’appel adressé à chacun en particulier :
« Qui voudra venir avec moi doit peiner avec moi pour que, me suivant dans la peine, il me suive aussi dans la gloire » (ES, n° 95).
Ainsi, tout choix nous rend capable d’être pleinement uni au Christ en son Mystère pascal et ainsi, d’éprouver dés maintenant la joie de la Résurrection (cf. 4ème semaine des Exercices spirituels).
La grâce d’être choisi
Etre choisi par Dieu est une grâce. Le choix manifeste la confiance que Dieu met en sa créature. Il ouvre à une réciprocité. Ce que Dieu nous a donné, nous le lui redonnons dans l’action de grâce et l’amour :
« Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté ; tout ce que j’ai et tout ce que je possède ; Vous me l’avez donné, à Vous, Seigneur, je le rends. Tout est vôtre, disposez-en selon votre entière volonté. Donnez-moi de vous aimer et donnez-moi votre grâce, elle me suffit » (ES, n° 234).
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