11 repères pour discerner la volonté de Dieu

1 : Et si ma vocation n’était qu’un mirage ?


 

Qui ne s’est jamais posé la question ? Notre affectivité est ainsi faite, qu’elle soit émue de l’intérieur ou de l’extérieur de nous-mêmes… il y a comme des vagues ! et parfois même des marées…

L’art du discernement est de repérer ce qui se joue en profondeur dans ce mouvement de surface. Et cela peut nous éviter de prendre des mirages pour la réalité ! Mais aussi de prendre des craintes superficielles pour des obstacles insurmontables. Par exemple, la crainte de ne "pas être à la hauteur" traduit parfois "simplement" la crainte de vivre pour Dieu.

En apprenant par la Bible à reconnaître les rythmes de la vie dans l’Esprit, on peut parvenir à saisir l’originalité de sa vie. Celle qui résonne en moi de manière unique et qui fait que je suis moi. Certaines "exaltations" passagères nous tirent hors de la réalité. On s’en rend compte généralement plus tard. C’est le "mirage" qu’exploitent les sectes. D’autres "illuminations" au contraire nous arrachent à notre sommeil éveillé pour nous provoquer à vivre "en vérité".

Tout l’art du baptisé est d’apprendre à se découvrir en vérité, sans concession ni fausse pudeur. Et pour cela il doit apprendre à prier, c’est-à-dire à se tenir devant le Christ, tel qu’il se révèle et non tel que je me l’imagine. Dieu nous attend dans la réalité, et parfois il attend longtemps ! Quand la réalité me semble insignifiante, c’est que mes yeux sont encore fermés.

 

2 : Le B. A. BA de la vie dans l’Esprit : tenir dans la tempête !

La vie spirituelle n’est pas uniquement un chemin, c’est un rythme ! Un rythme entre des moments d’enthousiasme et des moments plus creux… Il y a des rythmes joyeux et des rythmes graves, des rythmes psychédéliques et des rythmes… endiablés… Donc ne pas s’étonner qu’une vie spirituelle n’est pas tissée d’évidences, elle a ses tempêtes et ses lumières radieuses !

Tenir dans la tempête !


 

Il y a des moments ressentis comme une amertume, comme un sentiment d’être dégoûté de soi, de la vie, de Dieu et des personnes aimées. C’est la désolation du cœur. La tempête donne le mal de mer : il faut s’accrocher au bastingage et garder solidement la barre. Le GPS cherche les satellites mais ne les trouve pas ! Parfois, ça a commencé plutôt bien : Je le sens bien, je me lance, et puis petit à petit, une aigreur me prend à la gorge : comme un dégoût de ce que je fais, « à quoi bon ? ». C’est vrai pour la prière, c’est vrai aussi pour mes questions de vocation !

Deux tentations à éviter : revenir en arrière toute ou changer de cap.

Trois raisons possibles à cette tempête intérieure :

1 - je me suis relâché. J’aime bien Dieu mais petit à petit, je m’aime aimant Dieu. Je ne m’adresse plus à Dieu, je ne fais que penser à lui… ou à moi devant lui. D’où l’impression de mal de mer !

2 - A force de penser à Dieu, je me suis oublié. Et j’ai oublié que j’habite sur terre où les choses sont plus opaques qu’au paradis, plus compliquées, et surtout que je ne suis pas encore complètement converti. Même si la chaleur ressentie jusque-là était bien réelle, elle n’était qu’un avant-goût de ce que je vivrai au-delà de la mort. Plus j’avancerai avec Dieu, plus cet écart entre ce que je pressens et ce qui se déploie en moi me jettera dans la confusion. C’est un peu comme quand on pleure de joie : c’est un paradoxe de l’extrême !

3 - Mes chevilles ont un peu enflé ! et j’ai une occasion de comprendre que ce n’est pas moi qui conduis Dieu mais Dieu qui me conduit. Que mes « vertus » ne sont qu’un prêt de Dieu et non pas l’effet de ma volonté. Je comprends alors que ma volonté n’est pas un muscle : c’est autre chose !

Ça plane pour moi !

D’autres moments de la vie spirituelle nous font monter en altitude. Parfois, j’ai l’impression de comprendre avec profondeur les événements qui tissent mon histoire, de trouver que je suis de toute évidence à ma place. Heureux d’être avec Dieu, heureux de trouver un sens à la vie, incapable de m’attacher à autre chose qu’à Dieu : c’est la douce ivresse de l’Esprit.


 

Soit cet état est lié à une cause facilement identifiable (j’ai trouvé l’amour de ma vie, je viens de réaliser que j’ai été exaucé d’une prière qui me revient à l’esprit…) soit c’est tout-à-fait inexpliqué. Comme si Dieu lui-même avait décidé de passer me visiter alors que rien, mais alors rien ne me prédisposait à le recevoir. (voir alors plus tard la consolation sans cause)

Cette impression de "prise de hauteur" peut très bien se passer beaucoup plus sobrement. C’est une sorte de lucidité pénétrante (qui est le contraire de la lucidité froide ou accusatrice). En fait, c’est le fruit habituel d’un progrès dans l’une des trois vertus suivantes : l’amour concret, l’espérance, et la foi (qui grandissent inséparablement).

Quoiqu’il en soit, il faut se souvenir de ce moment, "faire des réserves" pour les moments plus arides qui ne manqueront pas de se représenter. C’est d’ailleurs une occasion pour se souvenir des moments moins glorieux, question de garder les pieds sur terre et ne pas se laisser griser inconsidérément.

C’est l’occasion rêvée pour poser les actes auxquels j’aspire sans en avoir jamais l’énergie intérieure : accorder ou demander un pardon sans cesse refoulé, rendre une visite un peu délicate, prendre une décision de s’accorder un temps de vacances avec le Bon Dieu, décider d’avancer son réveil pour enfin m’accorder ce temps de prière matinal qui me met de si bon pied.

 

3 : Le moment de la lutte !

Chacun sait d’expérience qu’une tentation bien menée peut prendre la forme d’un bel ouragan balayant tous les principes et bons sentiments en un seul coup. Ce que l’on sait moins c’est que la puissance de cette tentation est empruntée à notre propre force ! Il faut donc la récupérer avant qu’elle ne se retourne contre soi. C’est comme dans la natation : quand on coule, c’est l’energie qu’on déploie en se débattant qui nous coule ! si on avait fait bêtement la planche on ne coulerait pas…

3 principes utiles :

Premier principe : Rapidité

 

Résister fortement à la tentation dès qu’elle pointe son nez… jouer avec elle, jouer du bras de fer ne fait qu’augmenter la puissance de la tentation. Apprendre à y résister sans délai est la clé de la victoire. Faire exactement le contraire de ce que la tentation propose équivaut à lui asséner le coup de grâce ! Par exemple, enlever la prise de l’ordi au lieu simplement de le mettre en veille au moment où on essaye de le congédier…décider d’aller à une église plus loin que d’habitude quand la paresse me prend de me rendre à la messe à côté de chez moi…

Deuxième principe : venir à la lumière !

Rien ne vaut le fait de nommer le péché par son nom. Avarice, vanité, gloutonnerie, jalousie, sensualité… et le mieux est de s’ouvrir à quelqu’un de très fiable des débats secrets que l’on veut percer à jour. Ce peut être idéalement dans la confession, mais pas uniquement. S’accuser soi-même ne sert à rien, on peut même tirer un orgueil de sa propre dépréciation. Il vaut beaucoup mieux s’adresser à quelqu’un qui n’accuse pas et qui voit les choses dans une mesure plus juste quitte à être moins dramatique.

D’autre part le flou du cœur peut remonter à la surface, sous forme d’insinuations, de sous-entendus, et de toute forme de paralangage symbolique qui permet de faire chuter son frère ou soi-même sans en avoir l’air. Par des raisonnements biaiseux. La netteté s’impose.

Troisième principe : un homme averti en vaut deux

 

Connaître ses points faibles est à la fois très agaçant et tout à fait salutaire. Car invariablement, à un moment de la charge, pas forcément au début, la faille sera exploitée. Le cœur doit rester vigilent et reconnaître avec humilité ses failles pour mieux les protéger. (voir plus tard la consolidation)

Pourquoi donc ce vocabulaire guerrier ? Le combat spirituel est inévitable et le Christ l’a annoncé dès le début de son ministère publique, mais bien heureusement, il ne représente qu’un aspect second de la vie chrétienne. Et il faut commencer assez vite à en parler car c’est généralement au moment des premiers accrocs qu’on éprouve le besoin s’informer !

Une autre manière de parler du combat spirituel, c’est l’humour. Les trois principes ci dessus sont trois formes d’humour, dont le Christ n’était pas dépourvu : l’art de la réplique, l’humour qui débusque l’aspect grotesque d’une situation "sérieuse", et l’humour sur soi-même qui dédramatise.

 

4 : La vie chrétienne... une valse à trois temps... ?

La Tradition mystique distingue trois grandes voies : la voie purgative, la voie illuminative, et la voie unitive. Ce ne sont pas des voies parallèles, ni des itinéraires bis, ce sont trois aspect de l’unique chemin qui nous conduit au Père (parfois caillouteux, parfois large, parfois… paradisiaque)

Songe de Jacob
© D.R.

Voie purgative :

L’adjectif est éloquent ! C’est le lieu de la conversion, de la purification. C’est comme à marée basse, la plage est interminable. Les pieds sont cisaillés par des coquillages cassés et ils glissent sur les algues poisseuses. Je suis comme le fils prodigue qui médite au milieu des cochons.

Voie illuminative :

L’Evangile qui était incisif dans la première voie, devient un lieu de joie intérieure. Je perçois peu à peu qui je suis, mais non pas par une sorte d’introspection, de scanning corporel ! mais simplement dans le regard que Dieu pose sur moi.

Voie unitive :

Le Père et le Fils viennent faire leur demeure en nous. Leur présence est quasiment tangible par moment. La victoire de la résurrection répand toute sa puissance. C’est plus fréquent qu’il n’y paraît. Mais c’est généralement moins durable qu’on ne se l’imagine.

Beaucoup de chrétiens passent au moins par moment par cette voie unitive. Tantôt en mode mineur, leur souffrance étant unie à la Vie de Jésus au point qu’elle devient plus un lieu d’amour qu’un lieu de mort. Tantôt en mode majeur au point que la puissance de la résurrection continue de se déployer par transfigurations successives de ma personnalité et de mes relations au Christ, à l’Eglise et aux autres.

Pourquoi parler de cela… car les tentations peuvent beaucoup varier selon que l’on est en voie purgative ou en voie illuminative. Et dans ces domaines, l’illusion est l’ennemi number one !

 

5 : L’illusion et autres subtilités

Quand par exemple, je suis passé par grâce par la voie unitive, une tentation est de rechercher, de simuler inconsciemment l’émotion intérieure. Alors que l’union profonde avec Dieu peut très bien ne pas (ne plus) passer par les zones sensibles de mon être : par exemple, le cas de Mère Térésa.

 

Ainsi à chaque fois que je me retrouverai dans une ambiance d’adoration, je me figurerai être unie profondément au seigneur, sans voir que mes actes quotidiens sont en contradiction complète avec cette union. Le sentiment intérieur de plénitude peut être vicié et anesthésier notre vie chrétienne.

Autre possibilité. Je suis inquiet. Je pense que cette inquiétude vient de mon péché, je veux en faire plus car je suis mal à l’aise, je succombe à la surenchère de prière, d’activisme… alors que cette inquiétude faussement tournée vers le mieux est un frein subtil destiné au final à me décourager et à me faire sortir de la voie illuminative.

A l’inverse, je suis pris par une inquiétude que je rejette honnêtement comme une culpabilité malsaine. Alors que c’est tout simplement que je suis (retourné) en voie purgative, et que ma conscience fonctionne bien. Elle me mord juste ce qu’il faut, non pour m’accuser mais pour me réveiller de ma torpeur.

Le mieux est donc de ne pas se poser la question : où j’en suis ? Mais de savoir, pour aider les autres, que les conseils qui marchent sur moi peuvent avoir l’effet contraire chez un autre. Et se faire aider soi-même est la condition sine qua non pour être capable d’aider quelqu’un.

Comment s’en tirer dans ces subtilités ? L’histoire. Il faut dérouler l’histoire de mes petites victoires et de mes échecs. Je ne peux pas savoir si quelque chose est juste ou pas au simple ressenti intuitif que j’en ai dans l’immédiat.
J’ai besoin de recul et d’intelligence.

 

6 : S’asseoir et réfléchir !

Quelques principes pour relire son histoire.

Il y a une vraie joie et allégresse que seul l’Esprit peut donner. C’est la clé principale de lecture de son histoire sainte. C’est ce qui permettra de repérer petit à petit comment m’attacher au Christ.

 

Mais notre jugement peut se leurrer et appeler "allégresse" ce qui n’est en fait qu’un feu de paille. Par ailleurs la vraie allégresse peut très bien se vivre assez sobrement. A la manière retenue d’un alléluia grégorien, ou encore à travers le sourire radieux d’un malade dans son lit d’hôpital.

La mémoire spirituelle, à la différence d’une mémoire d’ordinateur est un moyen de vivre en communion avec son propre passé, lui aussi habité par Dieu. Cette "mémoire" entraine un travail de concert de l’intelligence, du jugement et de l’imagination, de la volonté aussi, tout cela sous la baguette de l’Esprit Saint.
La mémoire est notre première manière d’être mis en relation avec Dieu : la Bible est d’ailleurs une Mémoire Sainte, c’est à dire une mémoire de l’histoire sainte, qui parle autant du passé, qu’elle nous ouvre le présent de Dieu et construit l’avenir.

La vraie consolation ne se détermine pas seulement au ressenti immédiat mais surtout au fruit que cela porte dans mon histoire sainte. Si cette joie conduit à un profit intérieur, c’est gagné. Si elle nous conduit à poser des actes d’orgueil, de replis sur soi, ou d’inquiétude profonde, c’est mal parti.

Quand on repère avoir été roulé dans la farine sous l’apparence d’un bien, il faut essayer de se souvenir du déroulement des pensées, et là où ça a "décroché".

Parler de tentations ne doit pas nous faire perdre de vue que la vie chrétienne est avant tout une amitié profonde et paisible avec Dieu. Être préservé pendant un temps de toute vraie tentation ne signifie pas que l’Esprit a cessé son œuvre. La joie et la paix deviennent au contraire comme une seconde nature chez celui qui avance ainsi dans la main de Dieu.

Concrètement, sans pour autant tenir un journal intime, il peut être bon d’avoir un endroit où l’on note quelques souvenirs de sa vie intime avec Dieu, pour y revenir dix ans plus tard, par exemple dans le cadre d’une retraite.

 

7 : Comment prier ?

La prière c’est une des manières les plus anciennes et les plus universelles de "rendre le sacrifice qui plaît à Dieu".

On ne prie pas pour soi, ni pour se détendre, ni pour mieux agir, ni pour remplir ses batteries, ni pour faire le point… tout cela ce sont d’éventuelles conséquences de la prière. Mais on prie pour Dieu. Avec tout son être.

Comment prier ?
© esprit-photo.com

3 étapes :

  • Commencer
  • Déployer
  • Achever

La prière fait partie des attitudes les plus élevées et en même temps des plus basiques de l’homme. Il ne faut pas s’étonner donc des similitudes qu’elle conserve avec d’autres activités basiques, comme le repas, la danse, le repos, la marche… La différence majeure est que Dieu agit avec moi, pour moi et en moi. En même temps.

Dieu est toujours là (c’est la signification du mot "Notre Père qui es aux cieux", ca veut dire "qui m’enveloppe de sa présence où que je sois, même au fond de ma solitude". C’est moi qui souvent ne suis pas là.

Commencer signifie prévoir le lieu, et la durée de la rencontre et s’y tenir. Puis surtout, une fois installé à genoux ou debout, demander d’être mis en présence de Dieu. On ne sait jamais vraiment si on est exaucé, car parfois on le "sent", souvent, non. On peut s’aider de versets bibliques : "Seigneur en tes mains je remets mon esprit" ou "Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi"… Ne pas chercher à faire le vide en soi mais plutôt la paix.

Déployer en ce qui concerne la prière, c’est entrer dans le mouvement de la mémoire spirituelle. Le mieux est d’utiliser une portion de la Parole de Dieu. D’y réfléchir (intelligence), d’y sentir la signification (affectivité spirituelle), d’y imaginer (imagination mue par l’amour). D’y demander quelque chose à quoi je tiens essentiellement (volonté). Et surtout d’y converser comme un fils avec son Père, un serviteur avec son Dieu, un ami avec son Ami.

Achever signifie arrêter doucement, à l’heure convenue, plutôt une minute après qu’une minute avant l’heure prévue.

Ensuite il y a des méthodes pour affiner, pour s’adapter à des époques et à des tempéraments, pour insister sur l’aspect davantage repos en Dieu, ou rencontre, ou méditation, ou marche…mais ces trois temps forment le tronc commun.

La prière chrétienne est une mise en présence du Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ et se révèle toujours à celui qui l’en prie. En cela c’est toujours un acte de mémoire au sens le plus large du mot : "Écoute Israël"

 

8 : Commencer. Entrer dans sa propre histoire sainte

Le commencement de la prière est une manière de dire chaque jour à Dieu que ma vie est désormais inséparable de la sienne. Que je suis un cep qui veut vivre de la Vigne toute entière.

Commencer. Entrer dans sa propre histoire sainte

Se mettre en présence de Dieu, ce n’est donc pas faire du vide en soi. C’est mettre en œuvre les liens spirituels qui me lient en tant qu’homme à mon Créateur. Et d’éprouver que ces liens sont vivants, ou du moins ont repris vie dans les sacrements que j’ai reçu.

Pouvoir dire Père, pouvoir dresser un signe de croix sur sa poitrine est un privilège que j’ai reçu sans aucun mérite de ma part.

Par le biais de mes parents ou de ma grand mère qui a insisté pour que je sois baptisé, par un ami, qui m’a montré l’originalité d’être chrétien…

Se mettre en présence de Dieu, c’est retrouver ma dignité de fils de Dieu et l’exprimer, dans le tréfonds de mon cœur. En silence.
Avec la parfaite complicité de mon corps qui trouve la position qui convient… debout, à genoux, pourquoi pas couché de temps en temps à plat ventre comme Aliocha dans les frères Karamazov, ou à genoux comme Etty Ellisum qui ne voulait pas s’y résoudre par orgueil, ou prostré les bras en croix comme ceux qui vont faire profession religieuse.

 

9 : Déployer : la lecture de l’Ecriture

L’Ecriture est un carburant de la prière. De la lettre jaillit l’intelligence spirituelle de la Bible. La Bible c’est le livre ouvert devant moi, mais la Parole de Dieu c’est son écho dans mon esprit.

Déployer la lecture de l’Ecriture

Plusieurs manières d’utiliser la parole de Dieu :

  • Je la médite, en m’attachant à chaque mot, et en y demeurant autant que nécessaire pour le goûter (cela n’est pas possible avec n’importe quel passage de la Bible, c’est plus facile avec un psaume qu’avec la généalogie de Jésus)
  • Je la médite en m’attachant à un rythme, comme celui de la respiration. Je murmure à mi-voix et laisse ainsi mes lèvres soutenir l’attention de ma lecture
  • Je scrute le passage pour y découvrir ce que je cherche, creusant mon désir d’aimer Dieu en le connaissant davantage, je fais des liens avec d’autres passages.
  • Je contemple les mystères…par exemple la pêche miraculeuse…je puis même alors quitter le texte et fermer les yeux pour aider mon entrée dans le mystère. Le mystère réalise toujours chez le priant quelque chose de ce qu’il représente. A divers degré. A diverses profondeurs…
  • Je rumine, je me laisse porter par la répétition d’un verset choisi. Et on le répète comme une litanie…

Tous ces liens au texte doivent se nourrir de la lettre mais sans idolâtrer la lettre. Dieu n’est pas la lettre de l’Ecriture. La Parole de Dieu s’est faite chair. Et il faut passer de la lettre à la chair du Verbe.

Trouver un moyen de contempler le Père sur le visage humain du Fils animé par l’Esprit.

Alors il m’est donné d’entrer dans une conversation avec Dieu. Une conversation qui se nourrit de la méditation qui précède. Une conversation parfois qui se passe de mots, mais qui s’adresse toujours à Dieu. Soit au Père. Soit au Fils. Soit au Saint Esprit. Soit s’aidant de la prière de Marie ou d’autres saints.

 

10 : Déployer ses sens spirituels

Si on admet qu’on a 5 sens pour être mis en contact avec la réalité matérielle, on doit admettre qu’on a également 5 sens "spirituels" pour entrer en communion à la réalité dans sa totalité.
(Une personne dans un coma profond ne reçoit plus rien des 5 sens et pourtant elle est toujours d’une certaine manière en contact avec la réalité). Les sens spirituels ne sont pas liés à des organes supplémentaires, ni à de la télépathie ou aux rayonnement gamma du cerveau.

L’ouïe est un sens qui implique la patience

Les 5 sens spirituels viennent de ce que l’être humain est un être vivant, et non pas une machine dont les composants sont juxtaposés. Or seule la vie peut reconnaître la vie.

Prenons la vue. La vue est le sens qui nous met le plus en communion avec la réalité perçue dans son ensemble et dans ses contrastes. L’œil peut ensuite zoomer sur des détails, mais l’impression est globale. Le mirage montre que la vue n’est pas un sens suffisant pour attester de la réalité de la chose. Il faut y adjoindre le toucher par exemple. (Quand on croit rêver, on se pince, non ?). Et bien le prolongement spirituel de la vue est celui qui permet à l’intelligence d’être illuminé par l’ensemble de l’Evangile. Par la lumière impalpable que la foi procure. C’est une manière de comprendre que la résurrection est perceptible par la lumière qu’elle jette sur toute chose.

L’ouïe est un sens qui implique la patience. Il faut se synchroniser avec la durée d’un cd pour l’écouter en entier. Il faut attendre la fin de la phrase de quelqu’un pour l’écouter vraiment. Il faut de même donner de son temps, de sa prière, pour écouter ce que Dieu révèle. L’écoute est liée à l’attitude chrétienne de l’obéissance. Non l’obéissance puérile, mais celle que professent les religieux dont la vie devient une Ecoute. (Cf, le film, Le grand silence)

Le toucher est celui qui permet de saisir l’immédiateté de la présence du Sauveur. St Thomas met-il finalement le doigt dans le côté de Jésus ? l’Evangile ne le dit pas, mais sa foi finale est de l’ordre du toucher spirituel. Il a fait l’expérience que c’est vrai, que c’est tangible !

L’odorat pressent ce qui est caché aux yeux et à l’ouïe mais qui laisse une trace. L’odeur de l’encens rappelle que le Christ est perceptible comme à distance de tous les sens, par la mémoire.

Le goût de même est ce qui reste à la bouche de celui qui vient de communier par exemple. Non pas le goût des espèces eucharistiques, mais la saveur de la présence de Dieu. Ou au contraire l’amertume que cause le souvenir du péché commis.

Appliqué à la prière, l’utilisation de ces sens spirituels permet de laisser l’être tout entier, et uniquement l’intelligence, se saisir d’une scène évangélique. Sentir le foin de la crèche est d’une certaine manière à notre portée, si elle me rend davantage familier, celui qui s’est fait chair pour moi.

 

11 : Achever la prière. Accepter de descendre de son nuage !

Quand le temps prévu s’achève, prendre le temps de se tenir encore quelque minute à genoux ou debout, pour accorder cette dernière minute de gratuité à Dieu.

Arrêter sa prière. C’est mourir un peu

Arrêter sa prière. C’est mourir un peu. Avec toute l’ambiguïté de la mort.

Mort comme renoncement à soi, si la prière était à ce point lumineuse et chaleureuse qu’il est pénible de sortir de cet état privilégié pour revenir aux choses plus terre à terre. (Voir la Transfiguration Mc 9, 1-8)

Mort comme délivrance, si le fait de rester jusqu’au bout du temps prévu, les genoux éventuellement endoloris, et l’impression de n’avoir pas été à la hauteur. Il est bon alors de se rappeler qu’on n’a pas à juger de la qualité de son temps de prière. Le fait de rester même sec, est un effet de l’amour souvent plus fécond que la prière satisfaite de celui qui se croit en droit de se comparer aux autres. (voir le passage du pharisien et du publicain Lc 18, 10-14)

Mort comme passage si on accepte qu’il y a un lien vital entre ce que je viens de vivre et la vie profane qui m’attend. Un lien qui promet que ma vie ordinaire va petit à petit s’enrichir de la lumière de la Résurrection ! (Parole du grain de blé tombé en terre Jn 12,25)

Dans tous les cas, il est bon de terminer par une prière comme le Notre Père et un lent signe de croix sur soi, éventuellement aussi sur son front et sur ses lèvres pour confier l’usage de l’intelligence et la parole dans ma vie de tous les jours.

 

Au final, comment discerner sa vocation ?

Maintenant qu’on a fait un peu de chemin. On se rend compte de plusieurs choses :

  • La vocation n’est pas une énigme à percer, elle est une histoire qui doit porter du fruit, et qui a déjà commencé à en porter…sinon on ne se poserait pas la question
  • La vocation nécessite du temps. Un apprivoisement mutuel entre Dieu et moi qui ne peut pas se faire en dehors d’une vie de prière et d’amour effectif
  • La vocation ne me sera révélée par aucun autre intermédiaire que moi-même. Mais pour une question de cette importance, je dois nécessairement me faire aider par quelqu’un de compétent et de discret. Il n’interprétera pas les signes comme une diseuse de bonne aventure, il m’aidera simplement à assumer ma vie dans sa totalité. Par Dieu, avec Dieu et en Dieu.

"Le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance" Ga 5,23


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