L’épisode de Zachée (Lc 19-1-10)

Cette rencontre de Jésus et Zachée nous est peut-être familière… Et si cet Evangile avait quelque chose à voir avec ma vie aujourd’hui ? Dans cet extrait d’homélie, le Cardinal Vingt-Trois nous rappelle que notre vie chrétienne est mise en route par le surgissement du Christ dans nos vies telles qu’elles sont…

(…) La Parole de Dieu met d’abord devant nous le personnage de Zachée. Il n’est pas très recommandable, un peu glauque, il s’est enrichi frauduleusement. Il est probable que les gens de Jéricho qui se massaient au bord de la route pour voir passer Jésus ne se pressaient pas de lui laisser la place, afin qu’il puisse Le voir de ses yeux, car, comble de malchance, Zachée était petit. Avec tout cela, pouvait-il espérer voir quelque chose ! Il était doublement handicapé pour s’approcher de Jésus : riche et mal-aimé, et petit. Il monte donc dans un sycomore et soudain, il va se passer quelque chose : Jésus pose son regard sur lui et lui dit : "Zachée, aujourd’hui il faut que je vienne chez toi" (Lc 19, 5).

Messe des étudiants 2010
© Rémy YOU

Chacun de nous a ses handicaps qui le gênent pour rencontrer le Christ. Nous ne sommes pas tous riches, nous sommes le plus souvent honnêtes et il arrive que nous soyons grands. Mais nous avons d’autres faiblesses. Et nous avons besoin que le regard de Jésus se porte sur nous, qu’il nous interpelle et qu’il s’invite dans notre vie. Même si nous avons fait une part du chemin, même si nous essayons d’être chrétiens et de mettre en pratique la Parole de Dieu, tout cela ne suffit pas. Il faut que ce soit Lui qui vienne chez nous. (…)

Et à partir de cette interpellation inimaginable et inespérée, Zachée se précipite, ouvre sa maison et organise un repas où le Christ va partager la table des pécheurs. C’est là notre grande espérance : Jésus est venu pour partager la table des pécheurs et non pour fréquenter les gens recommandables et mis en vedette. Il est venu pour toucher nos blessures, pour se pencher sur nos faiblesses et pour nous mettre debout. "Zachée aujourd’hui, il faut que je reste chez toi".

Un jour, dans le passé, ou ce soir, ou dans l’avenir, une fois ou à plusieurs reprises, vous avez entendu cette parole du Christ : "Bruno, Estelle, Martine, Jérémie, ce soir il faut que je demeure chez toi." (…) Aujourd’hui le Christ dit à chacun d’entre vous : "je veux être avec toi, je veux demeurer chez toi". Peut-être n’êtes-vous pas très nets ? Peut-être que chez vous, tout n’est-il pas très bien rangé ? Peut-être n’êtes-vous pas très propres ? Peut-être avez-vous des handicaps dans votre paquetage ? Mais c’est bien vous qu’Il choisit et c’est chez vous qu’Il va venir, à votre table.

Cette visite, évidemment, change beaucoup de choses. C’est ce que l’on appelle la conversion. Zachée dit : "je vais rendre ce que j’ai volé en donnant une partie de mes biens aux pauvres" (Lc 19, 8). Et nous, qu’avons-nous à changer ? Si Jésus vient demeurer chez moi ce soir, que dois-je changer ? Suis-je désireux de changer quelque chose ? (…)

Dans tout ce que vous avez reçu, il y a certaines choses que vous laissez dormir tranquillement dans un coin, car vous avez autre chose à faire et que ce n’est pas le moment de les sortir. Il y a d’autres dons que vous avez oubliés, et d’autres que vous laissez doucement disparaître. Soyez vigilants, raffermissez ce qui reste en vous, ne laissez pas mourir la flamme, l’espérance et la joie. (…)

Aujourd’hui, puisque nous sommes dans un début d’année, je vous invite à accueillir le Christ dans votre maison, dans votre vie de cette année, à partager avec Lui le repas. Jésus déclare que "Aujourd’hui le salut est arrivé dans cette maison" (Lc 19, 9), parce que Zachée s’est converti, qu’il a donné son bien aux pauvres et rendu quatre fois plus à ceux à qui il avait fait du tort. Aujourd’hui le salut entre dans votre vie pour faire toute chose nouvelle, pour réchauffer ce qui est refroidi, pour redresser ce qui est tordu, pour affermir ce qui est en train de s’épuiser, pour vous permettre d’accueillir la Parole du Christ, d’entendre son appel, d’y répondre et de trouver la joie de recevoir Jésus à votre table, dans votre maison.

"Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens" (Lc 19, 8). Seigneur, aujourd’hui, je fais don de ce que je suis, de ce que je peux donner. J’accueille cette Parole qui me réveille pour être vigilant. Je reconnais ce qu’il faut changer dans ma vie pour être véritablement un témoin du Christ, pour n’être pas tiède, pour être rempli de la force de l’Esprit.

Extrait d’une homélie pour la messe des étudiants à Notre-Dame de Paris le 16 novembre 2010


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