Partir en pèlerinage...

Pèlerins de chair et d'os

Partir en pèlerinage est une démarche qui engage toutes les dimensions de notre être, à commencer par notre corps. Quelle que soit notre condition physique, on entre en pèlerinage par le corps. Il n’est pas de pèlerinage sans effort, sans une sollicitation de notre corps un peu plus qu’à l’accoutumée. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une promenade spirituelle mais bel et bien de « faire rentrer l’Évangile par les pieds ».

À pied, à vélo, en bus ou en fauteuil roulant, dix kilomètres durant ou bien trois mille, il faut en effet consentir pour un temps à abandonner notre goût pour la vitesse, accepter de quitter notre confort ainsi que tout l’habitus de notre vie ordinaire. Accepter de sentir le poids d’un sac sur ses épaules, la brûlure du pied contre le cuir de vieilles sandales ou de chaussures de marche trop neuves, peiner pour trouver un lieu où poser sa tête la nuit tombée, se laver dans une cuvette d’eau froide, faire face aux intempéries, lutter contre la fatigue, éprouver la solitude en pensant à ses proches restés loin...

Pèlerinage
© Jean-Mathieu Gautier / CIRIC

Réapprendre à porter son être

C’est là précisément la grâce de la route qui nous réapprend notre mesure d’homme, celle de notre être réel, limité, situé dans le temps et dans l’espace mais qui est aussi le siège de la personne, là où littéralement s’éprouve et se capte la saveur de notre vie vécue en propre. En nous obligeant à une certaine lenteur, marcher nous fait retrouver le temps dont nous avons besoin pour recueillir le passé, accueillir le présent et discerner ce que nous voulons pour demain.

En somme, pérégriner nous réapprend en quelque sorte à porter notre être, nous fait grandir en liberté et en audace pour inventer notre réponse personnelle à l’appel du Christ dans notre vie, à la suite de ceux qui nous ont précédés sur les chemins. Même s’ils ne sont pas toujours à proprement parler des lieux de pèlerinage, les raids d’une semaine dans le désert – ou « Goums » – illustrent particulièrement bien cette intuition qu’on ne fait pas des hommes en bonne santé physique et spirituelle devant un écran de télévision. Créés par un ancien routier scout, Michel Menu, pour les jeunes à l’aube de leur vie d’adulte, ils consistent à adopter un style de vie ascétique pendant huit jours de longue marche, dans le silence et le dépouillement du désert. Les jeunes témoignent souvent de ce qu’ils y ont retrouvé leur puissance humaine et leur vocation à la divinité.

Au terme d’un pèlerinage, en franchissant les portes de la ville vers laquelle tous ses efforts se sont tendus, le pèlerin marche d’un pas lourd et léger à la fois. Pénitent et reconnaissant. On marche avec ses pieds, avec sa tête, avec toute sa vie et, au terme du chemin, c’est tout cela qui devient prière.

Ralentir le pas pour rencontrer l’autre

Démarche personnelle, le pèlerinage n’est jamais une démarche individuelle. En chemin, le pèlerin porte les intentions de ses frères, celles qui lui ont été confiées, celles que son cœur formule pour eux dans le secret.

En nous faisant quitter notre milieu naturel pour prendre la condition d’étranger (perigrinus), il dispose notre cœur à la rencontre avec le passant, quel qu’il soit : ami pèlerin, touriste, habitant de la commune traversée, hommes et femmes du voyage, mendiant… C’est pourquoi la route est aussi une formidable école de vie fraternelle : elle m’apprend à aimer les frères qui me sont donnés en chemin, ici et maintenant, en chair et en os... Oser la rencontre ! Nombreux sont les pèlerins de Saint-Jacques qui, alors qu’ils sont partis seuls, témoignent de la profusion et de la profondeur des rencontres qu’ils ont faites tout au long du chemin.

Pèlerinage
© Corinne Mercier / CIRIC

Le pape François nous invite à avoir l’audace de ce déplacement pour aller à la rencontre du frère, s’arrêter, discuter, inviter, témoigner : « Pour sortir vers les autres, aller aux périphéries humaines, il vaut mieux ralentir le pas pour accompagner celui qui est resté au bord de la route ».

Devenir membre du corps de l’Église

Un lieu de pèlerinage est un mémorial vivant. Il est donné pour faire mémoire d’un lieu dans lequel Dieu a visité son peuple. En mettant ses pas dans les pas de tous ceux qui l’ont précédé, le pèlerin recueille cet héritage pour le faire sien… et continuer à le faire vivre ! Il approfondit ainsi la dimension ecclésiale de sa vie, sa conscience d’être véritablement membre de l’Eglise, Corps du Christ, peuple de Dieu en marche. Le jour de la canonisation des saints Jean XXIII et Jean-Paul II, le pape François nous a rappelé avec force qu’à la suite des disciples d’Emmaüs, toute notre vie est un pèlerinage mais pas une errance ! « Oui, nous sommes des voyageurs, mais pas des errants ! » « Les deux disciples d’Emmaüs à l’aller étaient des errants, ils ne savaient pas où ils finiraient, mais pas au retour ! Au retour, ils étaient des témoins de l’espérance qui est en Jésus-Christ ! Parce qu’ils l’avaient rencontré, Lui, le Voyageur ressuscité. Ce Jésus est le Voyageur ressuscité qui marche avec nous ».


Pour soutenir
ou mieux connaître
l’Œuvre des Vocations :


Abonnez-vous à nos newsletters
ou au magazine Vocations
Suivez nos retraites en ligne
Faites un don
à l’Œuvre des Vocations

Merci pour votre attention et votre prière pour les vocations au cœur de l’Eglise
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.