Bienheureux Karl Leisner, matricule 22356, prêtre

Le 23 juin 1996, le Pape Jean-Paul II a célébré la béatification de Karl Leisner et Bernhard Lichtenberger dans le stade olympique de Berlin. Victime de la répression nazie, Karl Leisner est, comme le disait Monseigneur Lettmann, évêque de Münster, "un vrai témoin de la vie du Christ".

Extrait d'une homélie du Père Cariot (diocèse de Pontoise) pour la veillée de prière pour les vocations au Séminaire d'Issy les Moulineaux le 16 mars 2012

"Vrai témoin de la vie du Christ"

Né en Allemagne en 1915, Karl passe sa jeunesse à Clèves où il participe activement à l'organisation de mouvements de jeunesse catholique dans les années trente.

Ces années sont aussi déterminantes pour son évolution spirituelle et religieuse : ses journaux et ses méditations montrent l'importance toute particulière qu'il accorde à la lecture de l'Écriture Sainte et à l'Eucharistie. Aimant aller au fond des choses, animé d'un sens profond des responsabilités, il veut transposer sa foi catholique dans sa vie, aller plus loin dans la prière et l'amour du prochain. Même dans les situations les plus difficiles, en camp de concentration, il gardera cette joie, cette paix, qui frapperont même ses interrogateurs SS.

Karl Leisner
© Internationaler Karl-Leisner-Kreis

Il doit souvent combattre son caractère passionné et une volonté très forte pour acquérir ces qualités. Son amour de la liberté, des discussions sans contrainte, de la nature, font de lui un excellent responsable de jeunes, et lui rendront plus dures les rigueurs de la détention.

Au début des années trente, Karl Leisner est lycéen à Clèves. Il s'applique à se construire une sorte de discipline intérieure et à conserver une vie spirituelle intense. Cette volonté de vivre selon les règles qu'il s'est fixées l'aide à se protéger de l'influence nazie, et plus tard à survivre dans les conditions les plus difficiles. Dans les plus grandes souffrances, il trouvera encore la force de venir en aide aux autres. Dès 1933, il est un opposant déterminé à Hitler et à son régime.

Avant même de passer le Baccalauréat, en 1934, il choisit de faire des études de théologie pour devenir prêtre. Au cours de son premier semestre à Münster, il se voit confier la responsabilité des mouvements de jeunesse diocésains. Il essaie de continuer à réunir les jeunes et de leur donner des armes, sur le plan intérieur, pour qu'ils soient capables de résister au nazisme. A cette époque déjà, ses activités sont surveillées par la Gestapo qui confisque les journaux qu'il rédige.

Karl Leisner
© Internationaler Karl-Leisner-Kreis

En 1936-37, au cours d'un semestre d'études à Fribourg-en-Brisgau, il rencontre une jeune fille et pense abandonner sa vocation pour fonder une famille. Il sort de ce temps de mise à l'épreuve renforcé dans son appel : sa vie sera désormais tout orientée par le désir de devenir prêtre. Les lignes qu'il écrit au cours de cette période renferment des méditations d'une grande richesse : "Tu dois croire, tu dois oser. Il y va du Christ dans notre pays. C'est ce qu'il y a de plus grand ! Sacrifice, combat, courage !" "Christ, toi ma vie, mon amour, toi ma passion, embrase-moi, éclaire-moi" (14 avril 1938).

Il est ordonné diacre le 25 mars 1939 à Münster; mais peu de temps après, atteint de tuberculose, il interrompt toute activité pour se faire soigner au sanatorium de Saint Blasien en Forêt Noire. Dénoncé à la Gestapo à cause de propos imprudents contre le régime, il est emprisonné à Fribourg-en-Brisgau avant d'être conduit au camp de Sachsenhausen.

Le 13 décembre 1940, il est transféré au camp de Dachau sous le numéro 22356. Environ deux mille huit cents prêtres allemands, autrichiens, polonais et d'autres pays d'Europe, ainsi que des pasteurs, y sont réunis dans le "Block 26". Il y a là des prêtres de cent quarante-quatre diocèses, de quarante ordres différents ; le plus âgé a quatre vingt-deux ans. A partir de 1941, les prêtres ont le droit de célébrer la messe tous les jours dans une chapelle, le matin à cinq heures, avant l'appel. Les prêtres s'efforcent toujours de maintenir dans le camp une vie spirituelle.

Les privations, le travail et les rigueurs de l'hiver aggravent sa maladie qui le contraint, dès 1941, à rejoindre le quartier des malades, une baraque où les malades sont entassés dans un espace étroit. Karl Leisner s'accroche cependant toujours à l'espoir d'être ordonné prêtre.

Karl Leisner à Dachau
© Internationaler Karl-Leisner-Kreis

L'arrestation et le transfert à Dachau de Monseigneur Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, à l'automne 1944, rendent possible une ordination dans le camp. Les préparatifs commencent secrètement : obtenir l'autorisation de l'évêque du diocèse et celle de l'évêque de Münster, se procurer l'huile sainte et les ornements nécessaires, façonner une bague d'évêque et une crosse sur laquelle sont gravés les mots "Victor in vinculis" (Vainqueur dans les chaînes), des mots qui résument la situation. Karl Leisner est ordonné clandestinement dans la chapelle du camp de Dachau le 17 décembre 1944. Il y célèbre sa première et unique messe le 26 décembre 1944.

Sa maladie entre dans un stade ultime. Il est libéré du camp le 4 mai 1945 et, transféré aussitôt au sanatorium de Planegg, près de Munich, il y meurt le 12 août 1945.

Karl Leisner est devenu très vite un modèle pour les jeunes de sa région, puis pour beaucoup d'autres, jusqu'à ce que le Pape le cite en exemple pour la jeunesse d'Europe devant quarante-deux mille jeunes.

Une ordination secrète à Dachau

Après cinq ans de détention, alors que sa maladie s’aggrave, Karl Leisner n’a plus qu’un mince espoir d’être ordonné prêtre.

Le 6 septembre 1944 survient l’événement déterminant : l’arrivée dans le camp de Monseigneur Piguet, évêque de Clermont-Ferrand. Des plans s’échafaudent alors pour lui demander d’ordonner Karl, dont la santé se détériore très vite. La décision est prise le 21 octobre et une opération secrète est montée par le Père Pies qui coordonne les préparatifs.

Ordination de Karl Leisner
© Internationaler Karl-Leisner-Kreis

Un Père jésuite se charge de convaincre Monseigneur Piguet de l’importance et de la valeur symbolique de cette ordination  : « L’ordination d’un prêtre dans ce camp d’extermination des prêtres serait une revanche de Dieu et un signe de victoire du sacerdoce sur le nazisme. » (Cité par Mgr Piguet, « Prison et déportation », p. 102 et par R. Lejeune « Comme l’or passé au feu », p. 241 - Ed. du Parvis, Hauteville/Suisse, mai 1989). Il faut toutefois les autorisations de l’évêque de Münster dont dépend Karl, et de celui de Munich, dans le diocèse duquel l’ordination aura lieu.

Le Père Pies établit un réseau de contacts avec l’extérieur, grâce à la complicité de la comptable de la plantation du camp, une jeune fille de vingt ans, Josepha Imma Mack. Elle se prépare à la vie religieuse chez les sœurs de Freising et joue le rôle de messagère. En novembre 1944, elle fait sortir du camp deux lettres adressées à l’évêque de Münster et à l’archevêque de Munich. C’est elle qui rapporte de Munich l’autorisation et les objets de culte nécessaires. La réponse de Münster tarde : elle arrive en décembre, glissée entre les lignes d’une lettre de la sœur de Karl.

A l’intérieur du camp, les préparatifs s’accélèrent. Un déporté russe ouvrage un anneau en laiton portant l’effigie de Notre-Dame de Dachau, un Père bénédictin allemand façonne une crosse en bois de chêne portant l’inscription "Victor in vinculis" (vainqueur dans les chaînes), un prêtre du diocèse de Trêves confectionne avec de l’étoffe violette, échangée dans les magasins des SS, les ornements épiscopaux et la mitre.

Les derniers jours, à l’infirmerie, Karl essaie de reconstituer ses forces et se prépare spirituellement. Une répétition de la cérémonie a même lieu deux jours avant. Jusqu’au dernier jour, la surveillance des SS doit être déjouée.

Karl Leisner ordonné prêtre à Dachau le 17 décembre 1944
© Internationaler Karl-Leisner-Kreis

L’ordination a lieu le 17 décembre 1944, le troisième dimanche de l’Avent, celui de la joie. Monseigneur Piguet est entouré de prêtres du diocèse de Münster, des séminaristes et de nombreux autres prêtres, d’une vingtaine de nations. Karl porte une aube blanche, une chasuble pliée sur le bras gauche et un cierge allumé à la main droite. La messe commence dans un profond recueillement, dans le silence, puis s’élève le chant du Veni Creator. L’évêque s’agenouille sur la marche de l’autel, le diacre en aube blanche de tout son long par terre derrière lui. Après le chant de la litanie des saints, l’évêque se lève et étend les mains, demandant à Dieu de bénir, sanctifier et consacrer l’ordinand. Karl se relève et s’agenouille devant l’évêque qui lui impose les mains. Karl devient prêtre ; les prêtres de son diocèse de Münster l’entourent et lui imposent les mains. Prêtre, il ne le sera que huit mois et ne célébrera qu’une seule messe, mais les fruits de son sacerdoce se multiplieront après sa mort.

Après la proclamation de l’Evangile, la chorale chante un cantique composé pour cette occasion. Les mains de Karl sont consacrées avec les huiles saintes et liées. Une grande ferveur règne dans les blocs 26, 28 et 30 où sont regroupés les prêtres. Karl va les bénir, puis a lieu une rencontre avec le groupe des pasteurs protestants.

Comme l’écrivit Monseigneur Piguet, "rien, absolument rien ne manqua à la grandeur religieuse de pareille ordination, vraisemblablement unique dans les annales de l’histoire."


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