Monika Timar, moniale dans la clandestinité

Budapest, lundi 6 février 1961. Adossée à la bibliothèque du petit appartement qu'avec ses "sœurs", elles ont acheté, Monika veille sur le Saint-Sacrement qu'elles conservent chez elles. Il ne sera pas découvert. Les officiers de la sûreté fouillent les pièces, l'une après l'autre.

Monica Timar
© D.R.

Ils emportent tous les livres pour les contrôler. D'un geste du pied, Monika fait glisser sous le meuble le journal de la communauté, trop compromettant... Il y eut, cette nuit-là, environ trois mille perquisitions chez des personnes "suspectes".

Trois membres de la petite communauté d'obédience bénédictine sont arrêtées, dont la fondatrice et responsable. On l'appelle "Douce Mère" ou simplement "Douce", selon les coutumes hongroises. Le "Père", cofondateur, est également jeté en prison. On les accuse de complot politique. Les autres sont assignées à résidence, ce qui leur fait perdre leur emploi. Depuis cinq mois, grâce à son diplôme d'éducatrice spécialisée, Monika travaillait auprès des enfants en difficulté à l'Hôpital Heine-Medin. Elle devra se contenter désormais d'un travail manuel : transporter des instruments de géodésie. Pendant plusieurs mois, la tension est très forte, la police en alerte multiplie les interrogatoires. Elles doivent prendre d'infinies précautions pour se rencontrer, partager, dire l'Office en commun.

Au matin même de ce 6 février; Monika est élue à l'unanimité responsable de la petite communauté en remplacement de Mère Agnès, emprisonnée. Elle a vingt ­trois ans.

Elle est née le 21 mars 1937, dans une famille catholique pratiquante. Ses jeunes années sont profondément marquées par la guerre et particulièrement par les bombardements et le siège de Buda-Pest (du 26 décembre 1944 au 13 février 1945) qui firent plus de soixante-dix mille victimes. Elle en a gardé de lourdes angoisses qu'il lui faut toujours maîtriser. Le 27 mai 1945, elle fait sa première communion et, en 1947, dans les ruines d'une maison, elle trouve "l'Histoire d'une âme", de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle y découvre l'art d'aimer dans les plus petites choses. Confirmée le 21 mai 1948, elle aime le silence des églises, le calme de la nature. Elle est attirée par les poètes qu'elle cite souvent dans son Journal.

En 1954, une petite communauté s'était formée autour d'une jeune dessinatrice industrielle, la future Mère Agnès (la "Douce Mère"). Leur directeur spirituel (le "Père") avait discerné en elles une vocation à la vie contemplative. Le régime communiste ayant fermé monastères et couvents et emprisonné la plupart des religieux et religieuses, elles sont contraintes par les événements de garder leur travail et leur logement (la crise était grave alors). Elles forment un "monastère dans la ville" (la "Maison de la BienHeureuse", MBH), inspiré par la Règle de saint Benoît.

Vers dix-sept ans (1954), Monika rencontre ce groupe de jeunes filles joyeuses et sympathiques à la sortie d'une messe. L'année de son baccalauréat, elle entend résonner en elle l'appel de Jésus au jeune homme riche: "Viens et suis-moi !". Vers l'automne 1955, elle se présente à Mère Agnès comme postulante, malgré les protestations de son père qui estime que les risques sont trop graves.

Chaque jour ; vers 16 h, après le travail, elles se retrouvent à Pest, rue Semmelweis, dans la petite chambre de Mère Agnès. Formation, enseignements, commentaires de la Règle de saint Benoît, méditations d'Évangile, prière de Complies (à voix basse à cause des voisins) emplissent leurs soirées. Puis elles rentrent chez elles ou en famille. Celles qui ont prononcé leurs vœux peuvent conserver l'Eucharistie chez elles par permission spéciale vu les difficultés de l'époque et l'invasion des chars russes (octobre 1956).

Budapest dans les années 1960
© D.R.

Novice à Pâques 1956, Monika entre en septembre à l'École supérieure médico-pédagogique de Buda-Pest. En septembre 1957, elle quitte sa famille, plus ou moins chassée par son père, toujours opposé à sa vocation. Elle commence la rédaction d'un journal. Avec quelques interruptions, il compte neuf cahiers manuscrits.

Elle prononce ses vœux perpétuels à l'aube du dimanche de Pâques 1958 et, en décembre, elle est nommée responsable de la formation des novices. Elle s'y consacre avec beaucoup de soin, malgré les innombrables difficultés qu'entraîne la quasi-clandestinité où elles vivent.

Début janvier 1959, elles commencent l'aménagement de l'appartement qu'elles ont acheté ensemble, ce qui favorise la vie commune. La communauté, la "Maison de la BienHeureuse", s'affermit. 6 février 1961, au soir. C'est la descente de police, les interrogatoires incessants, l'appréhension permanente d'être épiées, elles et leurs familles. Cela durera jusqu'en octobre... Toute la communauté repose sur Monika. Désormais, dans le Journal, qui s'est tu de novembre 1959 à avril 1961, un mot apparaît, seul, énigmatique, souligné : "depuis". Tout a changé dans leur vie depuis ce jour-là les prisonniers attendent. Monika ne verra pas leur libération, qui adviendra lors de la visite d'U. Thant, secrétaire général de l'ONU, le 21 mars 1963.

En novembre 1962, la fatigue l’écrase : elle se sent exténuée. Elle se résout à entrer à l’hôpital, mais elle perd connaissance dans l'ambulance qui l'emmène. Elle est atteinte d'une grave hépatite. Vers le 20 novembre, elle envoie aux novices et à la communauté dont elle a la charge une lettre enjouée qu'elle signe : "Le petit Jésus et moi". "Je suis entourée de tant de misères humaines, je vois tant de souffrances autour de moi, je devrais avoir honte en pensant que... La seule attitude saine à vivre consiste à voir en toutes choses la grâce de Dieu et à savoir s'en réjouir." Elle meurt à l'hôpital le 23 janvier 1963.

Aujourd'hui, la communauté "la Maison de la BienHeureuse" est toujours vivante en Hongrie, sous la responsabilité de Mère Agnès, la fondatrice.

Bibliographie
Monika Timar, Journal 1957- 1962, Ed. Nouvelle Cité, Paris, 1989.


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