Bienheureux Charles de Foucauld ou "l’expérience de Nazareth"

"Mes dernières retraites de diaconat et de sacerdoce m’ont montré que cette vie de Nazareth, ma vocation, il fallait la mener, non dans la Terre Sainte tant aimée, mais parmi les âmes les plus malades, les brebis les plus délaissées. Ce banquet divin, dont je suis le ministre, il fallait le présenter non aux frères, aux parents, aux voisins riches, mais aux plus boiteux, aux plus aveugles, aux âmes les plus abandonnées, manquant de prêtres." (Lettre du 8 avril 1905 à l’abbé Caron).

Charles de Foucauld
© Archives de la Postulation

Lorsque Charles de Foucauld quitte l’église Saint-Augustin le 27 octobre 1886, après un entretien avec l’abbé Huvelin, il est convenu de dire qu’il s’est converti, revenu à la foi. C’est le moment qui engage toute sa vie. Si c’est à Paris qu’il se convertit, d’autres lieux ont eu une importance capitale pour Charles de Foucauld. La Trappe de Cheikhlé en Syrie, où il est envoyé en 1890 après un court passage à la Trappe de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche, la Trappe d’Akbès, Béni Abbès, où il s’installe en 1901, Tamanrasset enfin, où il séjourne régulièrement auprès des Touaregs à partir de 1905 et où il sera assassiné en 1916, laissant son œuvre inachevée.

Parmi les voyages de celui qui fut explorateur au Maroc avant de consacrer sa vie au Christ, les deux séjours qu’il fit en Terre Sainte l’ont particulièrement marqué.

Tout juste converti, il aborde son premier pèlerinage en Terre Sainte en novembre 1888 à contre cœur, "par pure obéissance à M. l’abbé", écrira-t-il plus tard. Il y suit Jésus pas à pas de Jérusalem à la Galilée et à nouveau à Jérusalem, et chaque étape le rapproche du Christ dont il ressent de plus en plus la présence invisible. Il parcourt la Galilée seul, s’arrêtant deux fois à Nazareth, deux séjours essentiels et qui marquent le point culminant de son pèlerinage. Cherchant à rencontrer Jésus, à l’imiter dans son anéantissement et à se conformer à son enseignement, Charles trouve à Nazareth réponse et certitude. Humilité, obéissance, obscurité sont les voies qui lui permettront de trouver la force de rester fidèle et d’aller à la croix.

Assekrem
© esprit-photo.com

"Venite et videte, commencez par “venir” en me suivant, en m’imitant, en pratiquant mes enseignements et ensuite vous verrez, vous jouirez de la lumière dans la même mesure que vous aurez pratiqué."
Marguerite Castillon du Perron, dans la biographie qu’elle lui a consacrée, considère que ces paroles illustrent exactement les sentiments où il se trouve à son retour de Terre Sainte, en février 1889, et qui deviendront le fondement de son action : "Parti avec soumission et tristesse, le voici qui rentre illuminé d’une grande paix, certain désormais que sa vocation est d’abjection et de pauvreté dans l’imitation très simple et très quotidienne de l’humble artisan qui passa trente années caché à Nazareth" (M.Castillon du Perron, Charles de Foucauld, Grasset, p.182)

Toute la vie de Charles de Foucauld a été ensuite modelée par le souvenir de Nazareth. "Ainsi sans trop abuser d’une telle expression, sans prétendre entrer par effraction dans le mystère d’une vocation, on peut sans doute parler de ce pèlerinage en Terre Sainte, avec la double visite à Nazareth, comme d’un événement profondément fondateur." (Père Guy Lescanne, "Le mystère de Nazareth dans la vie de Charles de Foucauld", in Charles de Foucauld, Sources Vives, n°118, novembre 2004)

En janvier 1890, Charles de Foucauld entre à la Trappe de Notre Dame des Neiges, en Ardèche, en juin il est envoyé à la Trappe de Cheikhlé en Syrie, où il retrouve les paysages et la lumière de l’Algérie et du Maroc. Il y mène la vie humble et cachée des Trappistes pendant sept ans.

En janvier 1897, pour répondre à une exigence de dépouillement et de pauvreté absolus, Charles quitte la Trappe d’Akbès. Il part en Palestine pour y mener une vie d’ermite. Le 6 mars 1897, il pousse la porte de la chapelle du couvent des Clarisses à Nazareth. Il y restera plus de deux ans, menant la vie d’un valet, aidant au jardin et à de menus travaux. Il n’accepte pour logement qu’une cabane de planches dans laquelle on rangeait les outils dans le jardin. Il se consacre à la prière, dans sa cabane ou à la chapelle, et à l’écriture. Il s’impose alors une vie d’une très grande austérité, mal vêtu, mangeant peu, donnant aux pauvres le peu qu’il a, rendant grâce au Seigneur de l’avoir "plongé dans l’abjection après laquelle il soupirait. Valet des Clarisses en la ville même où Jésus a grandi, plus pauvre que les plus pauvres, oublié et caché dans les lieux mêmes où son maître a vécu ignoré trente années, il a été merveilleusement exaucé" (M. Castillon du Perron, p. 240).

Charles de Foucauld, Tamanrasset, 1915
© Archives de la Postulation

Entre le premier pèlerinage en Terre Sainte et l’installation chez les Clarisses, il y a eu une longue attente. Lorsque Charles de Foucauld quitte la Trappe en 1897, il manifeste une profonde résistance à l’idée de devenir prêtre, attaché qu’il est à vivre caché et à garder "la dernière place". En Galilée, il connaît des moments de paix et de joie profondes, comme il le dit dans ses lettres à sa cousine Marie de Bondy en 1897: "Je suis merveilleusement bien dans cette vie de Nazareth qu’il m’a donnée. Entre la chapelle et la cabane les heures se passent bien doucement", ou à son cousin Louis : "Le bon Dieu m’a fait trouver ici aussi parfaitement que possible ce que je cherchais : pauvreté, solitude, abjection. Travail bien humble, obscurité complète. L’imitation aussi parfaite que se peut de ce que fut la vie de Notre Seigneur Jésus dans ce même Nazareth." Un bonheur que confirment les lettres écrites un ou deux ans après.
On pourrait croire qu’il est enfin parvenu au but. Mais non, c’est ailleurs que le Seigneur l’appelle. Pour pouvoir vivre l’idéal de Nazareth, Charles devra quitter Nazareth et la Galilée.

A Nazareth mûrit son acceptation de se laisser ordonner. Il lui faut pour cela quitter sa cabane, rentrer à Paris, en 1900, pour se préparer au sacerdoce. Ses retraites confirment l’appel à ce qu’il appelle la "vie de Nazareth". Mais après avoir été ordonné prêtre en 1901, ce n’est pas en Galilée qu’il retourne, mais au Sahara. En effet, la conviction que "partout on peut se faire la vie de Nazareth, s’enfoncer dans l’oubli, vivre l’obéissance, embrasser la croix" (Lettre à l’abbé Huvelin du 27 janvier 1897) se précise peu à peu. Il en arrive à la conviction que ce n’est pas en Terre Sainte qu’il doit vivre cette vie de Nazareth, mais "parmi les âmes les plus malades, les brebis les plus délaissées."

Hermitage de Charles de Foucauld à l'Assekrem
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Bien des années après, dans le Hoggar, il fera toujours référence à Nazareth, jusqu’à sa mort en 1916. Les Petits Frères de Jésus n’attestent-ils pas en 1960 : "Le désert et Nazareth, l’un et l’autre vécus sans compromission, en totale charité, pour Dieu et pour les hommes, tels sont les deux éléments qui font la richesse de notre vie et nous la font aimer." (Lescanne, op cit, p. 69)

La célébration de la béatification de Charles de Foucauld a eu lieu à Rome, dans la basilique Saint-Pierre, le dimanche 13 novembre 2005. Cette béatification très attendue par beaucoup de catholiques, a réjoui particulièrement les 11 congrégations religieuses et 8 Associations de vie spirituelle qui se réclament du Frère Charles de Foucauld.


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