Saint François-Xavier, Jésuite et missionnaire

L’île de Shanguan, où François-Xavier meurt le 3 décembre 1552, est un îlot situé non loin de Hongkong, au large de cet empire de Chine où François, l’évangélisateur, ne put, de sa vie, pénétrer malgré son désir.

Les dix compagnons de St Françoix Xavier
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Cela fait plus de dix ans que François-Xavier s’est embarqué à Lisbonne avec le titre de "nonce apostolique" et la mission d’évangéliser les vastes territoires dispersés en Extrême-Orient, où le petit royaume portugais vient d’établir un vaste réseau de bases commerciales allant de Goa, en Inde, à Macassar en Indonésie.

François est un des "compagnons" de la première heure d’Ignace de Loyola, basque comme lui, étudiant comme lui et même avant lui, au collège Sainte-Barbe de la Sorbonne, à Paris. Le 15 août 1534, il est un de ceux qui, entraînés par Ignace, décident de prononcer les vœux religieux de pauvreté, chasteté et vie commune. C’est à Montmartre, le mont du martyre de Saint-Denis, lieu hautement symbolique, que les sept premiers compagnons acceptent de se placer sous l’action de l’Esprit-Saint pour aller porter “la lumière de la Vérité chez les infidèles”.

Il ne faudrait pas croire qu’une même origine basque et le moule du collège suffisent au rapprochement entre les deux hommes. Pendant plus de deux ans, des divergences notables opposent rudement le jeune et beau professeur de philosophie qu’est le Navarrais Xavier, à Ignace, étudiant sur le tard, aux allures de "clochard infirme", qui passe même pour un illuminé. Pour sceller leur engagement commun, il faudra sans doute plus que l’opiniâtreté d’Ignace : l’intervention de l’Esprit-Saint. En effet, la famille de François soutenait en Navarre le parti français, opposé aux Loyola tenants de la Maison d’Espagne dont était "Loyola en Guipuzcoa". Cadet de trois garçons, François ne pouvait être que clerc, et c’est tout naturellement qu’à dix-neuf ans il part étudier en Sorbonne. Pendant deux ans de cohabitation estudiantine, Xavier résiste aux entreprises de son nouveau condisciple. On prête à Polanco, le plus proche collaborateur d’Ignace, ce commentaire : "J’ai ouï-dire à notre grand mouleur d’hommes Ignace, que la plus rude pâte qu’il a oncques maniée, c’était au commencement ce jeune François-Xavier."

A dater du jour des vœux de Montmartre, la fidélité de François à ce qui sera un jour la Compagnie de Jésus sera totale, malgré les circonstances et l’éloignement. C’est ensemble que les compagnons avaient projeté un pèlerinage à Jérusalem. N’ayant pu dépasser Venise, il se retrouvèrent à Rome où ils se mettent à la disposition du pape. François, premier secrétaire du fondateur, participe à la rédaction des Constitutions.

Départ de St François Xavier
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Lorsque le roi du Portugal demande au pape des missionnaires pour évangéliser ses possessions asiatiques, Ignace, bon connaisseur des hommes, désigne Xavier : "C’est une entreprise pour vous." "Alors soit, me voici !", répond celui-ci. Avant de quitter pour toujours ses compagnons, François rédige ses vœux dans la Compagnie. En même temps, il approuve les Constitutions et vote par avance pour le futur "préposé général" dont il sollicite les conseils pour l’évangélisation en terre lointaine.

Son séjour à Lisbonne, dans l’attente du grand départ, est relativement court : huit mois seulement. Il y déploie son zèle apostolique, comme il l’a fait en Italie, au service de tous, auprès des gentilshommes de la cour, comme auprès des nombreux détenus juifs et musulmans en voie de "conversion" dans les geôles de l’Inquisition.

Il faut à l’expédition portugaise plus de treize mois pour contourner l’Afrique et atteindre Goa, sur la côte ouest de l’Inde. Désormais, François-Xavier ne recevra que cinq courriers de Rome. Les questions qu’il pose à son "préposé général" restent trois années avant de recevoir une réponse. C’est dire que, dans son action, Xavier ne peut compter que sur lui-même... et sur Dieu.

Arrivée au Japon
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Dès son arrivée à Goa, le "nonce" qu’est François décide d’habiter à l’hôpital avec les pauvres et les indigents : "La vraie dignité, dit-il, consiste à laver son linge et faire bouillir son pot." François découvre l’immensité et la diversité du continent asiatique. Il prend ses distances par rapport aux colonisateurs qui visent à une domination commerciale et politique, et il met en œuvre une méthode personnelle d’évangélisation. Doué d’un charisme et d’une sensibilité hors du commun, ce "saint de l’amitié" se rend d’abord auprès des communautés récemment converties. Dans le vaste continent indien alors dominé par l’Islam, ce sont surtout les parias, caste dont font partie les pêcheurs pauvres de la "Côte de la pêcherie", qui reçoivent une première évangélisation. Xavier les enseigne avec l’aide de quelques collaborateurs laïcs. Faute de prêtre, il organise des assemblées où l’on récite les prières, Credo, Pater, Ave Maria, dans la langue locale, le Tamoul. Ainsi, chacun peut participer et les réciter ensuite à la maison. Lorsqu’un prêtre passe, il baptise les récents convertis.

Des habitants de Goa à ceux de Cochin, de Trancore à ceux de Ceylan, Xavier ne semble remarquer que leur dénuement matériel et leur désarroi fondamental. Ces populations émeuvent sa charité, mais ne parlent pas à son intelligence. Il ne comprend pas leur religion : pour lui, ce sont des "adorateurs du diable". Il se heurte, par méconnaissance totale, aux pratiques des brahmanes. On lui propose d’aller vers la Malaisie et les Îles Moluques, mais il hésite à s’embarquer et ne prend la décision de partir qu’après une longue retraite. Ravivant la foi des rares communautés chrétiennes, François, labourant les mers, va à leur rencontre. Toujours fidèle à sa méthode, il supplie aussi la métropole de lui envoyer des compagnons pour évangéliser.

Les dernières années de François, de 1548 à 1552, seront pour lui l’occasion de découvrir la civilisation sino-japonaise fortement influencée par le bouddhisme. En 1548, Anjiro et deux autres Japonais sont solennellement baptisés à Goa. De son propre chef, quelque peu déçu de l’expérience indienne, et attiré par la haute civilisation chinoise, François décide de partir pour le Japon avec l’intention de lui présenter la foi au Christ. L’accueil des Japonais est mitigé, souvent bienveillant. François admire en eux le très haut niveau d’instruction, l’intérêt pour la science, l’amour de la vérité. Pourtant, malgré le bon vouloir de ce cher Antijo et de sa famille, nombreuses seront les incompréhensions.

Avec les deux compagnons jésuites qui l’accompagnent, François commence par apprendre le japonais. Armés de quelques rudiments de cette langue, ils rédigent un traité de la foi chrétienne qui leur sert d’introduction dans les nombreuses discussions qu’ils entendent avoir avec les moines bouddhistes et les notables féodaux de ce pays où le message chrétien était apporté pour la première fois. Les baptêmes ne seront pas nombreux, pas plus de sept cents. Cependant, un embryon de communauté chrétienne se forme autour d’un petit seigneur local ; communauté suffisamment fervente pour que la lumière de la foi survive aux persécutions contre les chrétiens.

Pirogue
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Il part ensuite pour Shanghuan, aux portes de la Chine, et meurt loin de tous, sans autre assistance que celle du fidèle Antoine, un Chinois converti, ne sachant même plus parler sa langue d’origine, et d’un contrebandier portugais, Jacques Vaz.

Au cours de ces quatre dernières années, François ne fait que pressentir la nécessité de l’acculturation pour manifester l’universalité du message évangélique. Cette voie sera reprise quelques années plus tard par les successeurs jésuites de François-Xavier.


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