Le Cardinal Newman : précurseur de Vatican II

Immense figure intellectuelle et universitaire, auteur de renom, le Cardinal Newman était un homme d’une grande humilité, toujours animé d’une grande bonté et du souci de venir en aide aux malades et aux plus démunis. Un "grand maître dans l’Église", dira de lui Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger.

Né en 1801 à Londres dans un milieu aisé, John Henry Newman est un enfant brillant, qui montre très tôt de grandes capacités et un goût prononcé pour l’écriture. Sa famille appartient à l’Église anglicane, certainement plus par tradition et respect de l’ordre établi que par une piété profonde. C’est véritablement à 15 ans que John Henry connaît une première rencontre personnelle avec le Seigneur. Cette conversion n’est pas un bouleversement émotionnel ponctuel, mais un élan spirituel progressif et apaisé qui le marque durablement.

le Cardinal Newman
© Richmond International Center
of Newman Friends

Étudiant précoce, John Henry Newman est admis à l’Université d’Oxford en 1817. Grand lecteur et curieux de tout, il étudie avec passion l’Histoire, les langues, la poésie et les mathématiques. Commence alors une longue quête spirituelle. Devenu membre du corps professoral – fellow – d’Oriel College, il décide de s’engager dans le célibat et est ordonné prêtre anglican en 1825. Vicaire à l’église St Clement’s d’Oxford, il découvre l’action pastorale tout en poursuivant ses activités universitaires. Il est ensuite nommé curé de St Mary, l’église universitaire d’Oxford où il se fait connaître par ses sermons. Dès cette époque, il entreprend une lecture systématique des Pères de l’Église.

En 1833, une grave maladie qui le frappe pendant un voyage en Sicile est l’occasion d’une nouvelle expérience spirituelle : au milieu de ses crises de fi èvre, il a l’intuition d’une oeuvre qu’il doit accomplir. Sur le chemin du retour, il compose sa célèbre prière Lead, Kindly Light (Guide-moi, douce Lumière).

Le Mouvement d’Oxford

Peu de temps après son retour en Angleterre, il lance avec John Keble le "Mouvement d’Oxford", propageant ses idées sous forme de quatre-vingt dix tracts publiés entre 1833 et 1841. Le groupe cherche à lutter contre tout libéralisme théologique et à revenir à la foi des origines, en particulier grâce à une redécouverte des Pères de l’Église. Le Mouvement défend l’indépendance de l’Église anglicane vis-àvis du pouvoir politique et veut faire sortir l’anglicanisme de sa torpeur spirituelle qui l’éloigne des couches populaires. À une période où la vie sacramentelle anglicane est devenue particulièrement pauvre et très formaliste – il n’y a pratiquement plus d’autels dans les églises et la prédication tient lieu de tout culte – John Henry Newman doit ainsi se battre contre ses paroissiens pour rétablir une communion eucharistique.

Église St Mary’s the Virgin - Oxford
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En 1841, Newman soulève de grandes polémiques au Royaume-Uni en publiant un tract sur les "Trente-Neuf Articles", les principes doctrinaux établis en 1563 de l’Église d’Angleterre en réaction contre l’Église de Rome et dont il démontre qu’ils ne sont contradictoires ni avec la tradition catholique antique, ni avec les décisions du concile de Trente. Dans un contexte de méfiance profonde envers le catholicisme, ce dernier tract est immédiatement censuré par l’Université.

Prêtre catholique

Newman se retire progressivement à Littlemore et mène une vie quasi monastique. À travers ses lectures, il perçoit de plus en plus clairement le caractère schismatique de l’Église anglicane et que l’Église de Rome est le véritable successeur de l’Église des premiers siècles. Ce cheminement le conduit à démissionner de ses fonctions. Après un dernier sermon émouvant à Littlemore − "Quand des amis se quittent" −, Newman est reçu dans l’Église catholique par le Père Dominique Barberi le 9 octobre 1845, à l’issue d’un examen de conscience complet. Il se rend à Rome pour se préparer au sacerdoce et décide d’entrer dans la congrégation de l’Oratoire, fondée en 1575 par saint Philippe Néri et composée de communautés de prêtres séculiers qui ne prononcent pas de voeux mais vivent selon une règle dans l’exercice de divers ministères. John Henry Newman est ordonné prêtre catholique en mai 1847 et fonde l’année suivante le premier Oratoire en Angleterre, à Birmingham.

Il exerce alors son ministère intellectuel au service de l’Église : par de nombreuses conférences, il défend la foi catholique et donne sa vision de l’enseignement universitaire. On lui confie la création de l’Université catholique d’Irlande, puis la direction d’une nouvelle traduction de la Bible en anglais, projet qui ne se réalise pas, faute de soutien des évêques. Des dissensions naissent entre les communautés oratoriennes de Londres et de Birmingham. Face aux difficultés, Newman se confie à Dieu.

Pierre tombale du cardinal Newman
© Richmond International Center of Newman Friends

Il continue d’écrire inlassablement. En 1859, un article qu’il publie sur le rôle des laïcs dans la transmission de la tradition est dénoncé à Rome, où il fait l’objet d’une suspicion pendant une dizaine d’années. Pour répondre à une accusation de duplicité et de mensonge formulée par un pasteur anglican, Newman rédige en six semaines l’Apologia pro vita sua, ouvrage qui retrace l’évolution de sa pensée religieuse et qui connaît un succès immédiat. Il publie en 1875 sa Lettre au duc de Norfolk en réponse aux accusations de manque de loyauté des catholiques vis-à-vis de l’État : dans cet ouvrage magistral, il expose sa conception de la conscience et des rapports dans l’Église entre conscience individuelle et autorité.

Un cardinal précurseur

Après l’heure des épreuves, vient pour John Henry Newman le temps de la reconnaissance et de la consécration : en 1879 le pape Léon XIII le crée cardinal. Ses forces déclinant peu à peu, le Cardinal Newman meurt le 11 août 1890. Il laisse derrière lui une quarantaine d’ouvrages théologiques, de nombreuses prières et sermons et des dizaines de milliers de lettres. Depuis lors, son rayonnement ne cesse de croître.

Jean Guitton le qualifiera de "penseur invisible de Vatican II". Une partie de sa pensée a été en effet reprise par les Pères du Concile, en particulier sur la primauté de la conscience, le rôle des laïcs et le sens de la Tradition et de ses développements.

Le Cardinal Newman a été béatifié le 19 septembre 2010 par le Pape Benoît XVI à Birmingham.

L’Eglise du coeur :

Le coeur de chaque chrétien devrait représenter en miniature l’Église catholique, puisqu’un unique Esprit fait l’Église tout entière et de chacun de ses membres son Temple. Comme il rend une l’Église qui, laissée à elle-même, se séparerait en parties multiples, ainsi unifi e-t-il l’âme, malgré ses diverses affections et facultés, et ses tendances contradictoires…
Et soyons bien assurés que ces deux opérations de notre divin Consolateur dépendent l’une de l’autre, et que tant que les chrétiens ne rechercheront pas l’unité et la paix en leur propre coeur, jamais l’Église elle-même ne sera dans l’unité et la paix dans ce monde qui les entoure…".

Apologia pro vita sua

Pour en savoir plus :

  • Apologia pro vita sua, Cardinal Newman, ed. Ad Solem, 2010.
  • Petite vie de John Henry Newman, P. Keith Beaumont, ed. Desclée de Brouwer, 2005.

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