Pierre Goursat : humble fondateur et adorateur passionné


« L’amour de Dieu enflamme nos âmes pour que nous le portions aux autres. C’est tout l’Esprit de la Pentecôte : une effusion de l’Esprit qui doit continuer jusqu’à l’avènement de notre seul Seigneur, Maître et Ami. Le christianisme, c’est la joie. En dehors de la joie, on n’est pas dans la Vérité, car on n’est pas dans l’Amour.  »


Pierre Goursat

Le 12 février 1972, au cours d’un week-end au prieuré de Troussures, dans l’Oise, un couple de Français témoigne devant un groupe d’une trentaine de personnes de l’expérience de renouveau charismatique catholique qu’il vient de vivre aux États- Unis. La plupart des participants désire alors recevoir l’effusion de l’Esprit ; ils demandent à l’Esprit Saint − reçu le jour de leur baptême − de déployer en eux tous ses dons, pour changer leur vie et annoncer l’Évangile. Parmi l’auditoire, deux laïcs, Pierre Goursat, jeune retraité de 57 ans, et une jeune interne en médecine, Martine Laffitte, sont particulièrement bouleversés et se sentent appelés à entreprendre quelque chose qu’ils n’arrivent pas encore à définir.

À la suite de cette expérience, ils se retrouvent tous les jours à Paris pour prier ensemble dans la grâce du renouveau, puis proposent à quelques personnes de les rejoindre. En un an, le groupe passe de cinq à cinq cents participants, se subdivise et continue à grandir et essaimer. De nombreuses personnes, dont la vie est transformée par ces assemblées de prière, manifestent le désir d’approfondir leur engagement et constituent de petites maisonnées de quelques membres. La Communauté de l’Emmanuel est en train de naître !

Une vie cachée

Né le 15 août 1914 à Paris, Pierre Goursat reste parisien toute sa vie. Il est élevé dans la foi chrétienne par sa mère, restée seule après la séparation d’avec son époux. Pierre est bouleversé par la mort brutale à l’âge de dix ans de son frère cadet Bernard. Attiré dans sa jeunesse par la vie mondaine et raffinée qu’il commence à fréquenter, sa foi tend à s’étioler. Il connaît une profonde conversion à l’âge de 19 ans alors qu’il est soigné pour tuberculose au plateau d’Assy : il prend conscience de l’endurcissement de son coeur et rencontre le Christ qui illumine désormais toute sa vie. Il se met à approfondir sa foi et à prier.

Pendant la guerre, il rencontre le cardinal Suhard, archevêque de Paris, qui lui fait part de son inquiétude face à la déchristianisation de la France et de la nécessité de réévangéliser le pays. Pierre s’ancre dans sa vocation de laïc : être au coeur du monde un adorateur de Jésus dans l’Eucharistie et répandre la Bonne Nouvelle autour de lui. Il s’engage dans le monde culturel, d’abord par la diffusion de livres et revues et sa participation au Cercle Catholique des Intellectuels, puis à travers son métier de critique de cinéma. Il prend très tôt conscience de l’influence du septième art sur les comportements et de la nécessité pour les chrétiens de s’y intéresser. Malgré une santé toujours très fragile, il exerce pendant dix ans la fonction de secrétaire général de l’Office Catholique Français du Cinéma (OCFC), ce qui lui donne l’occasion de devenir l’ami de plusieurs réalisateurs et d’organiser de grands débats à l’occasion de la présentation de certains films.

Lorsqu’il quitte l’OCFC, Pierre Goursat demeure toujours guidé par le désir de faire connaître Jésus autour de lui ; il accompagne également quelques jeunes. Sa grande idée est que les chrétiens sont appelés non pas à vivre isolés, mais à témoigner et à rayonner ensemble de l’amour de Dieu.

« L’évangélisation dans la joie » : le cardinal Ratzinger, futur Benoit XVI, évoquant la Communauté de l’Emmanuel.

Au lendemain du Concile Vatican II, dans une période de montée de l’individualisme et de profonde contestation des références morales, sociales et religieuses traditionnelles, divers mouvements et communautés nouvelles foisonnent dans l’Église, souvent initiés et animés par des laïcs, en particulier dans le renouveau charismatique. C’est dans ce contexte que se constitue la Communauté de l’Emmanuel, dont le nom, tiré d’un passage du prophète Isaïe, se traduit « Dieu avec nous ».

Pierre Goursat avec le pape Jean-Paul II

Annoncer Jésus-Christ à la société qui l’ignore par tous les moyens, de l’adoration à l’évangélisation de rue, telle est la mission que se donne la Communauté, dont les grâces fondamentales sont l’adoration, la compassion et l’évangélisation. Pierre a sa part dans cette impressionnante créativité : il lance en 1974 le magazine Il est vivant !, puis une radio, produit des cassettes audio et audiovisuelles et lance le service « SOS Prière » par téléphone. Modérateur de la Communauté jusqu’en 1985, Pierre entraîne l’Emmanuel dans la tradition du message d’amour du Coeur de Jésus à Paray-le-Monial, où des sessions attirent désormais chaque été des foules dans une liturgie joyeuse et participative. Jean-Paul II s’y rend le 5 octobre 1986. Résolument ancrée dans le monde moderne, la Communauté réunit toute la diversité des âges, des milieux sociaux et des états de vie – si la plupart des membres sont des couples mariés, d’innombrables vocations de prêtres et de consacrés y naissent.

Estimant que sa santé ne lui permet plus d’assumer ses charges, Pierre Goursat démissionne volontairement de ses fonctions dans la Communauté en 1985. Il meurt le 25 mars 1991, peu connu mais admiré par ceux qui l’entourent. Sa cause de béatification est officiellement ouverte le 7 janvier 2010 dans l’église de la Trinité, à Paris.

À l’écoute de Dieu, au service de ses frères

Pierre Goursat

D’une humilité profonde, Pierre Goursat répétait : « Ce n’est pas ce que je fais qui est extraordinaire ou héroïque, c’est ce que Dieu accomplit dans ma vie et dans la vôtre ». Totalement disponible à la volonté de Dieu, Pierre était à l’écoute de l’Esprit Saint, n’hésitant pas à changer ses projets après avoir intensément prié ou à modifier son point de vue lorsqu’un interlocuteur lui exposait quelque chose de plus valable.

Ne se prenant jamais au sérieux, conscient de ses maladresses et de ses erreurs, Pierre Goursat est demeuré toute sa vie un homme libre, dont la seule urgence a été de révéler l’amour infini du Coeur de Dieu à tous ceux qui s’en sont éloignés. Sans se laisser enfermer par des structures ou des conservatismes, il a oeuvré au renouvellement de l’Église tout en y restant profondément ancré. Sa porte était toujours ouverte pour recevoir les personnes dans leur diversité. Donné sans réserve à Dieu et donné aux autres, il accueillait avec compassion toutes les souffrances, les appels et les besoins de ses frères.

Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre fut un adorateur ; il passait de longues heures, souvent la nuit, devant le Saint-Sacrement. Il offrait à Jésus, au fur et à mesure, tout ce qu’on lui confiait. Tous ceux qui le rencontraient étaient marqués par sa joie, cette joie de la présence de Dieu à partager et à vivre avec ses frères.

Le feu de l’évangélisation

Quelques temps après la découverte de l’adoration, on fait souvent l’expérience d’une certaine sécheresse. On tourne en rond. Pourquoi ? Parce que l’on pense uniquement à soi, dans cette nouvelle relation à Dieu, éventuellement à ceux qui nous sont proches, ou à de grandes intentions du moment. Mais il y a tous ceux qu’on oublie, tous ceux qui souffrent de multiples façons, tous ceux qui risquent ou qui sont en train de se damner ! Durant ses nuits de prière, Saint Dominique pleurait en criant vers le Ciel : «Seigneur, que vont devenir les pécheurs ?» De cette intercession pour ceux qui souffrent ou qui se perdent, naît alors une vraie compassion. Pas une compassion affective ou sentimentale, mais le désir d’aller à la rencontre de ceux qui souffrent, qui ne connaissent pas l’amour de Dieu. De là naît le feu de l’évangélisation qui prend sa source dans l’adoration. »
Cité dans Le feu et l’espérance : Pierre Goursat fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, p. 178.


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