Marie Pila : l’Amour, c’est gratuit

Co-fondatrice de l’Institut Notre-Dame de Vie, Marie Pila vécut en témoin de l’amour infini de Dieu. Se mettant au service du Père Marie-Eugène, elle devint la mère spirituelle d’une nouvelle famille de consacrées.

1919 à Marseille : une jeune fille de 23 ans vient de fonder, avec deux amies, un établissement d’enseignement scolaire, le Cours Notre-Dame de France. Un défi relevé haut la main par ces trois jeunes femmes enthousiastes, qui souhaitent mettre en oeuvre une éducation qui prenne en compte la dimension intellectuelle, humaine et spirituelle de la personne.
Que d’enjeux dans cette mission d’éducation et que de responsabilités lorsque l’on est à la tête d’une telle maison ! N’y a-t-il pas là de quoi remplir largement une vie professionnelle ? Et pourtant… Marie porte au coeur un étonnant désir d’absolu qui la conduira sur des chemins qu’elle ignore encore.
1933-1934 : après avoir rencontré le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, elle décide de vivre une année de désert, laissant derrière elle son cher Cours Notre-Dame de France. Dans le silence et la solitude austère de Notre-Dame de Vie en Provence, Dieu lui forge une âme de mère spirituelle dont la maternité s’étendra bien au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer.

Marie de saint Jean de la Croix

Marie Pila
© L’Olivier - Vénasque

Ce nom qui lui sera donné plus tard nous livre quelque chose de sa trajectoire. Née le 27 octobre 1896 à Orange, Marie est l’aînée de trois enfants. Sa famille, de tradition catholique, n’est pas particulièrement fervente, marquée par le positivisme ambiant de l’époque. Dieu la rejoindra autrement…
Jeune fille intelligente et sensible, elle est attirée par la littérature, la musique et le théâtre. Cette sensibilité artistique lui ouvre des horizons exaltants mais c’est dans la philosophie qu’elle trouvera un chemin répondant à sa soif de vérité. À l’âge de 18 ans, elle rejoint l’école Sainte-Marie de Neuilly et y prépare son baccalauréat. Lors d’une veillée de prière à Montmartre à l’intention des soldats du front, elle ressent une emprise de Dieu, un appel à se donner entièrement à Lui.

En 1915, à Notre-Dame des Victoires, après une homélie sur la virginité de Marie, elle se sent comme enveloppée de la pureté, de la limpidité de la Vierge. Cette grâce la marque profondément. Progressivement un désir d’absolu, qu’elle ne sait pas encore bien définir, s’impose dans sa vie. Plus tard, elle lit la Vive Flamme d’Amour de saint Jean de la Croix, réformateur de l’Ordre du Carmel au XVIe siècle. Cette lecture est décisive, elle parle d’une « volée de cailloux en pleine poitrine ». Dans ce poème, saint Jean de la Croix chante la beauté de la communion entre une âme et son Dieu. Marie souhaite à son tour emprunter le chemin du « rien » pour accéder au Tout qui est Dieu. Que désirer d’autre ? Y a-t-il quelque chose de plus important ?

L’aventure de Notre-Dame de Vie

Marie ne sait que faire de ses grands désirs. On lui dit que le Carmel n’est pas fait pour elle. Et pourtant la doctrine des saints du Carmel résonne tellement en son âme ! C’est en 1929, avec ses deux amies directrices du Cours et qui portent des aspirations semblables, qu’elle rencontre pour la première fois le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, carme de 34 ans. « Il est trop jeune », se dit-elle, « jamais je ne me confierai à lui ! ». Déroutées par cette jeunesse et l’austérité du couvent dans lequel elles sont reçues, les trois jeunes femmes ne donnent plus signe de vie pendant 6 mois. Le Père Marie-Eugène, quant à lui, avait compris que ces trois jeunes femmes lui avaient été envoyées par Dieu pour l’aider à diffuser la doctrine du Carmel en créant une oeuvre dont il ne percevait pas encore distinctement les contours. À Noël, il les invite donc à revenir au couvent du Petit Castelet près de Tarascon. Cette fois les échanges sont fructueux et confiants. Marie dira plus tard : « On sentait qu’il portait un poids divin… Il était jeune mais il était déjà tout chargé, tout lourd d’un avenir qui s’annonçait immense, et il attendait les indications providentielles ».

Marie Pila
© L’Olivier - Vénasque

En 1932, une propriété est offerte au Père Marie-Eugène en Provence. Marie Pila l’accompagne lors de la première visite. Il s’agit d’un sanctuaire où Marie mère de la Vie est honorée depuis le VIe siècle. Elle se souviendra : « Cela m’a fait l’effet d’un oasis, d’une halte rafraîchissante. J’ai senti qu’il y avait quelque chose, une prière qui était dans cette maison, dans ces pierres, dans ces murs […] On ne savait pas ce que serait cette maison […]. Nous étions là, les premières… de quoi ? C’était l’indéterminé… ».

« Bienheureuse celle qui a cru… »

On mesure la foi qu’il a fallu à Marie pour vivre une année de désert dans un lieu dont on ne savait ce qu’il deviendrait, où il n’y avait rien. Après cette année, elle retournera travailler au Cours Notre-Dame de France. Cependant des jeunes femmes commencent à arriver à Notre-Dame de Vie, attirées par le désir de vivre la doctrine du Carmel en plein monde, de témoigner du Dieu vivant dans tous les milieux. Alors s’ouvre un chemin semé de joies et d’angoisses, un chemin de discernement pour savoir ce que veut l’Esprit Saint. À chaque étape de la fondation, l’Église encourage et bénit l’oeuvre naissante, qui devient en 1948 un Institut séculier, après la parution de la Constitution apostolique Provida Mater qui reconnaît officiellement cette nouvelle forme de vie consacrée. Marie Pila en est élue responsable.

« Il faut que je sois de cristal pour mes enfants »

Marie, vivante, dynamique, spirituelle, est dotée de qualités rares, d’un équilibre humain remarquable qui auraient pu la conduire à attirer les regards et orienter les coeurs vers sa personne. Il n’en sera rien. Elle reconnaît dans le Père Marie-Eugène un père et un prophète qui porte une mission d’Église à laquelle elle adhère complètement. Offrant ses qualités humaines et spirituelles ainsi que sa sensibilité féminine à la nouvelle fondation, elle s’efface pour que Dieu puisse agir à travers elle. Elle accepte de vivre dans la pauvreté et la confiance, de compter sur Dieu seul qui l’a appelée.
Elle parcourt le monde entier au souffle de l’Esprit, des Philippines au Mexique en passant par le Canada, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, etc. Partout où l’Esprit Saint souhaite implanter l’Institut. Audace et générosité, attention à l’autre et amour maternel sont les marques de son passage.

Je veux voir Dieu !

Les dernières semaines de sa vie sont très douloureuses, marquées par la maladie et la souffrance. Elle dit alors : « Je vous garde tous dans mon coeur ; si je souffre, c’est pour vous tous ». Elle vit ses derniers instants en se remémorant les mots de saint Jean de la Croix s’adressant à Dieu : « Déchirez enfin la toile si légère de cette vie. De la sorte, je pourrai vous aimer immédiatement avec plénitude, c’est-à-dire sans mesure et sans fin ». Elle entre dans la Vie le 12 octobre 1974.

Marie Pila, âme de prière intense et apôtre inlassable, a tout donné pour l’Église. Elle continue à encourager de nombreuses personnes à vivre d’un Amour incandescent quel que soit leur quotidien. « Vous êtes très aimés, d’un amour très fort, très puissant, très grand, très large, oui… et, sans que vous vous en doutiez, cet amour vous accompagne. J’espère que cette certitude vous fera marcher. Quand vous serez tombés, elle vous soulèvera, quand vous serez attiédis, elle vous raffermira : elle vous redonnera un peu d’ardeur, un peu de flamme pour aller plus loin. L’amour, c’est gratuit… »

Un sillon profond

Marchez, allez de l’avant, votre vie sera grande, votre âme sera rayonnante. Vous tracerez dans votre existence un sillon profond qui vous conduira vous-mêmes jusqu’à l’éternité. Dans ce sillage passeront bien des âmes ; il sera pour elles un rayon, un sillage dans lequel elles marcheront, avec vous et à votre suite, vers la Trinité sainte. »
Homélie du Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus le 15 août 1960


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