Cardinal Jean-Marie Lustiger : des étudiants aux vocations sacerdotales

vie mgr lustiger
© D.R.

Dans cette vie si riche menée par le Cardinal Lustiger (1926-2007), nous avons voulu souligner deux facettes : son rôle d’aumônier auprès des étudiants et sa volonté d’accueillir et d’éveiller les vocations sacerdotales dans le diocèse de Paris dont il deviendra l’Archevêque.

Au printemps 1940, avant même l’invasion nazie, alors qu’il est réfugié dans la ville d’Orléans, Aaron Lustiger entre dans la cathédrale et s’y tient un long moment en silence. Il l’ignore, mais c’est le Jeudi saint. Le lendemain, il revient dans la nef absolument dépouillée du Vendredi saint. De cet instant il dira : « J’ai subi l’épreuve de ce vide […] et à ce moment là, j’ai pensé : je veux être baptisé » (1).

Juif et Cardinal de l’Église

Né en 1926 à Paris dans une famille juive originaire de Bendzin en Pologne, Aaron Lustiger a ouvert tout seul la Bible à l’âge de dix ans et lu intégralement l’Ancien et le Nouveau Testament, y découvrant « le même sujet spirituel, la même bénédiction et le même enjeu, le salut des hommes, l’amour de Dieu, la connaissance de Dieu ». Après un temps de préparation, il reçoit le baptême à Orléans le 25 août 1940 et choisit le nom de Jean-Marie, sans renier son judaïsme, vivant pleinement sa double appartenance : « En devenant chrétien, je n’ai pas voulu cesser d’être le juif que j’étais alors. Je n’ai pas voulu fuir la condition de juif » (2), puisqu’au contraire « le judaïsme n’avait alors pour moi pas d’autre contenu que celui que je découvrais dans le christianisme » (3).

En 1942, sa mère est arrêtée au cours d’une rafle et internée à Drancy, puis déportée à Auschwitz d’où elle ne reviendra jamais. Toujours très pudique sur ce drame familial, Mgr Lustiger ne se rendra en pèlerinage à Auschwitz que bien des années plus tard, au prix d’un douloureux effort sur lui-même.

mgr lustiger pape jean-paul 2
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Il passe le baccalauréat dans le petit séminaire de Conflans, puis fait l’expérience du monde ouvrier en travaillant dans une usine, en zone sud à Decazeville. De retour à Paris à la Libération, il s’inscrit en lettres à la Sorbonne et milite à la Jeunesse Étudiante Chrétienne. En dépit de l’opposition de son père, il entre au séminaire des Carmes en 1946. Il est ordonné prêtre dans la nuit de Pâques, le 17 avril 1954, à St-Joseph-des-Carmes, et devient alors aumônier d’étudiants au Centre Richelieu, dont il prend la tête en 1959.

Devenu curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal dans le XVIe arrondissement, il développe une pastorale dynamique, centrée sur la lecture de la Parole de Dieu et une liturgie soignée. Il frappe par la puissance de sa prédication. Sous leur apparence improvisée, ses homélies sont soigneusement méditées et préparées. En 1979, il retrouve Orléans, dont il est nommé Évêque, mais pour une courte durée : dix-huit mois plus tard, Jean-Paul II, qui ne le connaît pas encore personnellement, le désigne Archevêque de Paris, après avoir mûrement pesé ce choix dans la prière. « Rien n’est impossible à Dieu » sera la devise épiscopale de Mgr Lustiger.

Créé Cardinal le 2 février 1983, Jean-Marie Lustiger est pour Jean-Paul II un proche conseiller, lié par de solides complicités intellectuelles et spirituelles. Il l’accompagne dans la plupart des grands rassemblements internationaux, en particulier aux Journées Mondiales de la Jeunesse. Atteint d’un cancer, il se retire en 2005 à la maison de retraite sacerdotale Marie-Thérèse. En avril 2007, il est admis dans le service de soins palliatifs de la maison Jeanne-Garnier où il demeure actif jusqu’à son retour à Dieu le 5 août.

Aumônier passionné et exigeant

Fondé en 1946 par le Père Maxime Charles, le Centre Richelieu est l’aumônerie catholique des étudiants parisiens. D’un genre nouveau, ce lieu contribue à la formation humaine, intellectuelle et spirituelle de plusieurs générations de jeunes catholiques. Tout jeune prêtre, Jean-Marie Lustiger y est d’abord en charge des étudiants en lettres, en sciences, de l’École d’architecture et des grandes écoles. Son action est nourrie de sa lecture des philosophes et des grands théologiens du moment, notamment Henri de Lubac et Hans Urs von Balthasar.

Dans ce foyer de réflexion théologique et liturgique, il guide les étudiants à la découverte de la Bible et des Pères de l’Église et les invite au maniement de la raison et de la foi face à l’idéologie marxiste qui imprègne alors les syndicats étudiants. C’est un prêtre proche de ses étudiants, qui aime rire et s’amuser avec eux tout en restant exigeant dans sa pastorale. Il organise de grands pèlerinages, en Terre Sainte, à Rome, à Chartres.
Un ancien étudiant se souvient : « Au travers de ces années, nous lui sommes d’abord redevables de nous avoir fait entrer dans la Parole vivante du Christ ressuscité, par le travail sur l’Écriture, par ses sermons, par son sens de la liturgie, par le désert et par les Lieux Saints. Il nous a fait découvrir que cette Parole se mérite, même si c’est Dieu qui se donne en premier. Il nous a aidés à refuser le repli et à aller vivre l’Évangile dans nos amphis. Notre jeunesse en a été profondément marquée et aujourd’hui encore nous en vivons » (4).

Accueillir les vocations sacerdotales

mgr Lustiger ordination sacerdotale Notre-Dame de Paris 2004.
© Godong

Dès sa nomination comme Évêque d’Orléans, l’une des toutes premières décisions de Mgr Lustiger est la création d’un séminaire diocésain. L’accueil des vocations sacerdotales et l’importance de la formation des prêtres resteront des préoccupations permanentes. Loin de percevoir le sacerdoce comme une fonction sociale ou un métier, il est animé d’une haute idée du prêtre, celle d’un homme libre, un « prophète », appelé au don total et gratuit de sa vie pour suivre le Christ et devenir signe de sa présence parmi les hommes.

Le parcours des séminaristes a considérablement changé depuis l’après-guerre. Ainsi, alors que la plupart des prêtres étaient d’origine rurale et avaient été élevés dans une solide culture chrétienne à la fois dans leur famille et au petit séminaire, Mgr Lustiger constate que les séminaristes contemporains sont plutôt issus de milieux urbains, ont largement été confrontés à un monde éloigné de la foi et sont plus âgés – ils ont presque toujours poursuivi une formation universitaire, voire exercé une activité professionnelle avant d’entrer au séminaire. Il décide donc d’une profonde réforme visant à renforcer la formation des futurs prêtres dans son diocèse.

Tout d’abord, il fonde la Maison Saint-Augustin en septembre 1984 : comme une sorte de noviciat, une année de formation spirituelle préalable à l’entrée au séminaire au cours de laquelle les candidats au sacerdoce peuvent structurer leur foi et enraciner leur vocation en profondeur. Ensuite, Mgr Lustiger met en place le Séminaire de Paris et crée huit petites communautés de séminaristes installées dans des paroisses d’accueil proches de Notre-Dame, dans lesquelles vivent cinq à quinze séminaristes, entourés par deux prêtres, ce qui forme un véritable « campus urbain ». Les cours d’Écriture Sainte, de philosophie et de théologie sont suivis au Studium du Séminaire, devenu Faculté Notre-Dame.

Mgr Lustiger veille enfin à tisser des relations fraternelles entre les prêtres de Paris et multiplie les retraites sacerdotales auxquelles il se joint souvent. Plus généralement, il considère que la responsabilité du renouvellement des prêtres repose sur l’ensemble des prêtres et des fidèles : c’est toute l’Église qui a la mission d’aider celui qui se sent appelé à répondre à son appel.

1. J-M Lustiger, Le Choix de Dieu, Entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, Ed. de Fallois, 1987, p.47.
2. J-M Lustiger, Le Choix de Dieu, Entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, Ed. de Fallois, 1987, p. 31.
3. J-M Lustiger, Osez croire, Ed. Le Centurion, 1985, p. 56-60.
4. Paris-Notre-Dame, Hors-Série du 9 août 2007, p. 10.

Tout sanctifier, tout accueillir

Qui a les yeux ouverts sur la vie quotidienne ne peut qu’être frappé par la montée rapide et envahissante d’un nouveau paganisme. La baisse de la pratique religieuse et de l’adhésion explicite à la Foi chrétienne n’en est pas le seul signe. Un autre, tout aussi grave, apparaît dans l’étouffement des valeurs chrétiennes et leur remplacement journalier et pratique par mille formes d’idolâtrie qui nous atteignent nous aussi : amour de l’argent et des biens de ce monde, désordres moraux, avilissement, grossièreté, ambitions, mépris, etc.

Devant tout cela, le message du Christ et la vie qu’Il nous communique semblent bien exiger, comme aux premiers jours du Christianisme, une conversion et une rupture totale de la part des chrétiens et de ceux qui veulent le devenir. Nous ne pouvons ni être, ni vivre tout à fait comme les autres, si de fait, ceux qui nous entourent sacrifient à de nouvelles idoles. ».

Jean-Marie Lustiger aux étudiants de la Sorbonne (Centre Richelieu), 4 octobre 1961.


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