Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde

Le nom de Joseph Wresinski, fils d’un mécanicien polonais et d’une institutrice espagnole émigrés, parqués dans un camp pour "civils de nationalité étrangère suspects", est aujourd’hui gravé dans le marbre du Parvis des Droits de l’Homme (Trocadéro). Ce prêtre, fondateur d’Aide à Toute Détresse Quart Monde, a fait de la lutte contre la misère un devoir sacré.

Père Joseph Wresinski
© D. R.

Né dans une famille polono-espagnole vivant dans la grande pauvreté, le 12 février 1917 à Angers, Joseph devient jociste vers l’âge de 13 ans. Il perçoit les dures conditions d’existence et de travail des jeunes travailleurs. A 17 ans, il choisit de devenir prêtre, mais la guerre interrompt son parcours. Puis, ayant été pris en charge financièrement par une famille du Soissonnais, il est finalement ordonné prêtre le 29 juin 1946 dans ce diocèse de l’Aisne. A l’origine de sa vocation de prêtre, il y a cette ferme conviction que "l’Église ne peut avoir de repos avant d’avoir rejoint les plus pauvres." Après dix années en paroisses rurales et ouvrières, il rejoint le 14 juillet 1956, à la demande de son évêque Mgr Pierre Douillard, un camp créé deux ans auparavant par l’abbé Pierre. C’est à Noisy-Le-Grand. Deux cent cinquante deux familles y survivent. "Ces enfants qui m’assaillaient, c’était mes frères, ma sœur, moi-même, quarante ans plus tôt, rue Saint-Jacques à Angers." Il comprend d’emblée qu’il est en présence de son peuple. "J’ai été hanté par l’idée que jamais ces familles ne sortiraient de la misère, aussi longtemps qu’elles ne seraient pas accueillies en tant que peuple, là où débattaient les autres hommes. Je me suis promis que si je restais, je ferais en sorte que ces familles puissent gravir les marches du Vatican, de l’Elysée, de l’ONU..." Il consacrera alors toute sa vie à faire reconnaître, par la société française et par les plus hautes instances internationales, ce peuple en quête de dignité.

Les premières réalisations à Noisy-le-Grand sont très concrètes : un jardin d’enfants et une bibliothèque pour les familles, car "ce n’est pas tellement de nourriture, de vêtements qu’avaient besoin tous ces gens, mais de dignité, de ne plus dépendre du bon vouloir des autres". Puis une chapelle est construite (avec des vitraux offerts par l’artiste Jean Bazaine !), un atelier de mécanique pour les jeunes et les adultes, un centre culturel, une laverie, un salon d’esthétique pour les femmes. La présence d’un médecin est même assurée. Voilà que ce camp, ce "bidonville" de mal-logés a désormais tout d’un village.

Le Père Joseph a lui-même trop connu la charité humiliante pour ne pas la combattre. Au lieu d’être habillées gratuitement par des œuvres, les familles organisent des braderies de vêtements. Plutôt que d’aller à la soupe populaire, les femmes font cuisine commune. "Il rudoyait souvent mais était plein de délicatesse avec les gens. Il ne voulait pas qu’ils s’abaissent, qu’ils rampent. Il disait toujours "essayez de faire vous-même, ne le demandez pas, ne mettez pas votre misère en avant", témoigne une habitante du camp. La personne devient ainsi acteur de sa vie et n’est plus objet de l’assistance.

Un bidonville aux portes de Paris en 1963
© D. R.

Avec ces oubliés de la société vivant dans l’extrême pauvreté, il fonde en 1957 une association non-confessionnelle : Aide à Toute Détresse (ATD Quart-Monde) ; le terme vient de loin, de la Révolution française qui reconnaissait l’existence d’un "quatrième ordre" comptant les exclus, les infirmes, les journaliers non-convoqués aux États Généraux. Ainsi dénommées, les familles du Quart-Monde se trouvent dotées d’ancêtres, de références véritables dans l’histoire. Cette association deviendra un Mouvement international dont la charte tient en ces termes : "La misère n’est pas une fatalité, elle est l’œuvre des hommes et seuls les hommes peuvent la vaincre." Le Père Joseph sera rejoint peu à peu par des personnes de tous horizons qui acceptent d’engager leur vie, leur mode d’existence, leur avenir avec les familles les plus pauvres. Ainsi est né le volontariat ATD Quart-Monde, fondé sur le partenariat des familles les plus démunies.

Le 11 février 1987 le Père Joseph présente au Conseil Économique et Social français, dont il est membre depuis 1979, un rapport "Grande pauvreté et précarité économique et sociale." C’est la reconnaissance de la misère comme violation de l’ensemble des Droits de l’Homme. Ce rapport propose un programme global, cohérent et prospectif de lutte contre l’extrême pauvreté ; chacun a droit à des ressources minimum pour vivre décemment. C’est ainsi que le Père Joseph lance l’idée d’un revenu minimum garanti pour tous.

Trente ans après son entrée dans "le monde du malheur", en présence de 100.000 personnes, le Père Joseph inaugure, le 17 octobre 1987, une dalle sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme au Trocadéro, afin de rendre hommage à toutes les victimes de la misère : "Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter, est un devoir sacré !" Ce rassemblement a institué le 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, officiellement reconnue par les Nations Unies le 22 décembre 1992.

Le Père Joseph meurt le 14 février 1988. Il repose sous la chapelle construite dans le centre international d’ATD Quart-Monde, au hameau de Vaux, à Méry-sur-Oise. Les humiliations, la fatigue, le découragement ne lui ont pas été épargnés, mais il puisait inlassablement force et audace dans la contemplation de Jésus, le frère pauvre parmi les pauvres, qui révèle la nature aimante du Père. Ce Christ qui a pris la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7) était pour lui bien davantage qu’un modèle : le visage d’un Dieu pauvre et libérateur en raison même de sa faiblesse.


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