Bienheureuse Marie de l’Incarnation : du monde intérieur au Nouveau Monde

Bienheureuse Marie de l'Incarnation
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Apôtre du Québec au XVIIe siècle, la religieuse française Marie de l’Incarnation, béatifiée en 1980, a connu tous les états de vie : épouse, mère, veuve puis religieuse. Chaque étape fut pour elle l’occasion d’aller plus loin. Plus loin dans l’expérience personnelle de l’adoration, plus loin au service des siens, des pauvres et des Indiens d’Amérique. L’épanouissement de sa vie contemplative fera d’elle une missionnaire accomplie.

"Marie de l’Incarnation unit en elle, de manière admirable, la contemplation et l’action. En elle, la femme chrétienne s’est réalisée pleinement et avec un rare équilibre dans ses divers états de vie : épouse, mère, veuve, directrice d’entreprise, religieuse, mystique, missionnaire, et cela toujours dans la fidélité au Christ, toujours en union étroite avec Dieu." Ainsi Jean-Paul II concluait-il son homélie, le 22 juin 1980, jour de la béatification de cette femme exceptionnelle et trop peu connue.

Née en 1599, Marie Guyart épouse en 1617 un fabricant de tissus et de soieries à Tours, Claude Martin, et sera la mère d’un garçon prénommé comme son père. Mais elle se retrouve veuve à 20 ans, avec son enfant à élever et un atelier au bord de la faillite. L’épreuve ne la laisse pas démunie. Elle prend en main l’entreprise de son mari, liquide les biens et les dettes et se retire chez son père avec son fils. C’est la période la plus calme de sa vie, durant laquelle se développe son goût de Dieu. Déjà dans son enfance, elle avait une "pente au bien" dira-t-elle. Elle aimait rendre service autour d’elle. Maintenant qu’elle est plus libre, elle va suivre de plus près ce penchant.

"Si puissamment changée que je ne me reconnaissais plus"

A peine deux ans après son veuvage, la veille de la fête de l’Annonciation, elle vit une expérience bouleversante, se voyant comme plongée dans le sang du Christ pour le pardon de ses péchés. "Je m’en revins à notre logis, changée en une autre créature, mais si puissamment changée que je ne me connaissais plus moi-même" écrira-t-elle. Elle n’avait jamais saisi en son for intérieur que Dieu l’aimait telle qu’elle était, qu’il avait donné son Fils pour son salut. La voici, par cette vision, à "la porte d’entrée de la miséricorde de Dieu".

Arrivée à Québec en 1639
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Marie écarte les projets de remariage et part aider sa soeur et son beau-frère, propriétaires d’une entreprise de batellerie sur la Loire. Elle s’occupera autant des travaux ménagers que des employés malades et en viendra à diriger l’entreprise lors des nombreuses absences de son beau-frère. "Quelquefois, écrit-elle, il était minuit que j’étais sur le port à faire charger ou décharger des marchandises. Ma compagnie ordinaire était des crochetiers, des charretiers", les débardeurs d’aujourd’hui. Ses nombreuses occupations ne l’éloignent pas de Dieu. Au contraire, parce qu’elle peut venir en aide à toutes sortes de gens, les encourager, les soigner, leur parler de Jésus, elle est sûre de répondre à l’appel de Dieu. Au coeur de la vie quotidienne et concrète, elle poursuit son entretien avec le Seigneur. Sa vie spirituelle s’épanouit, sa prière l’unit de plus en plus intimement à Jésus, en un mariage mystique.

En la fête de l’Annonciation 1631, prenant le nom de Marie de l’Incarnation, elle entre chez les Ursulines, congrégation fondée en 1535 par sainte Angèle Mérici au service de l’éducation des filles. Tout en souffrant de se séparer de son fils alors âgé de 11-12 ans, elle sent que le Seigneur la prépare à autre chose. Dans un songe prophétique, à Noël 1633, elle voit "un grand et vaste pays, plein de montagnes, de vallées et de brouillards épais qui remplissaient tout, excepté une petite maisonnette qui était l’église de ce pays-là", comme elle l’écrit elle-même. Elle y reconnaîtra plus tard le Canada où elle contribuera tant à apporter l’Évangile qu’elle sera appelée par Jean-Paul II "Mère de l’Eglise catholique au Canada".

Québec, un village de 300 âmes…

Indiens observant Soeur Marie de l'Incarnation
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Avec cinq compagnes, elle débarque en 1639 à Québec, petit village de 300 âmes à peine. Leur premier ouvrage est de bâtir logis et école. Elles doivent aussi apprendre les langues locales, car le projet de ce petit groupe d’Ursulines était l’éducation des enfants de colons et des jeunes Indiennes. Sa méthode se fonde sur la connaissance des Amérindiens et de leur culture. A 40 ans, elle parvient à parler l’algonquin et le montagnais. A cinquante ans, le huron. Elle rédigera un dictionnaire français-algonquin ainsi que des catéchismes en iroquois et en huron.

Favorisée par un grand sens pratique et une confiance inébranlable en Dieu, Marie de l’Incarnation vit ses soucis, son enseignement, ses responsabilités dans la paix. "Dieu luit au fond de mon âme, qui est comme dans l’attente", écrira-t-elle en ajoutant que toutes ses occupations ne l’ont jamais éloignée de l’intimité avec le Seigneur. Le service de sesfrères et la communion avec Dieu sont vécus dans une rare unité. "Dieu ne m’a jamais conduite par un esprit de crainte, mais par celui de l’amour et de la confiance", dira-t-elle peu de temps avant de mourir d’une brève maladie le 30 avril 1672.

Soeur Marie de l'Incarnation
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"La Thérèse du Nouveau Monde", comme l’appelait Bossuet, se situe hors des écoles mystiques du XVIIème siècle. Elle ne se rattache ni à celle du jésuite Louis Lallemant, qui forma plusieurs des missionnaires de Nouvelle-France, ni à celle de Pierre de Bérulle (l’Oratoire). Elle a cherché sa voie, originale et personnelle, et s’en est toujours remise à l’action de Dieu dans sa vie - le "Maître intérieur" - sans s’attacher à une tradition plus qu’à une autre. Nourrie de la piété de l’Église et de la Parole de Dieu méditée, elle puisait à la source. A la demande instante de son fils devenu moine cistercien, elle a raconté en 1654 son cheminement spirituel dans une longue "Relation" qui spécifie ce qu’est l’état d’oraison : celui de la nouveauté de l’action de Dieu reçue et perçue : "il n’a d’autre stabilité que celle d’un don sans repentance dont Dieu arrive à faire profiter pleinement celui ou celle à qui il le destine".

La "mission" de Marie de l’Incarnation a fait naître l’Église du Canada et apporté à l’Église universelle un témoignage de l’Évangile vécu dans la plus grande fidélité à Dieu.


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