Le Père Jacques Sevin, inspirateur du scoutisme catholique en France

"Le génie du Père Sevin a été de comprendre toute la richesse éducative du Mouvement de Baden-Powell. Mais ce que Baden-Powell avait laissé dans un certain flou pour pouvoir accueillir tous les hommes de bonne volonté, le Père Sevin, lui, l’a enraciné solidement dans l’esprit de l’Évangile et dans l’Église catholique." - Mgr Stéphane Desmazières, 1982 -

1926 - Louveteaux
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C’est dans une famille chrétienne très engagée dans l’action sociale que naît Jacques Sevin, le 7 septembre 1882, à Tourcoing. Son père, qui travaille dans le négoce, et sa mère, musicienne et artiste, l’élèvent dans l’amour de Dieu.

Son enfance, marquée par la mort de deux de ses frères, est rêveuse et solitaire. Au collège chez les jésuites à Amiens, Jacques écrit des poèmes pendant les cours. Toute sa vie, il continuera d’écrire poèmes et chansons. Il s’enthousiasme pour la marine et la chevalerie et veut devenir marin.

Après un premier appel reçu à l’âge de douze ans, un "tournant décisif" se produit en la fête de sainte Thérèse d’Avila, quinze jours après la mort de Thérèse de Lisieux, survenue le 1er octobre 1897. La vocation sacerdotale de Jacques Sevin mûrit rapidement et, après avoir à peine entamé des études d’anglais, il entre chez les jésuites en septembre 1900. Il effectue sa formation dans le contexte difficile des confiscations des biens de l’Église et de l’exil des congrégations religieuses.

La découverte du scoutisme

Père Jacques Sevin lors d'un camp
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Sa rencontre avec le scoutisme se produit au cours de l’été 1913, alors qu’il est au séminaire en Belgique. A la suite de deux articles du jésuite Henri Cayes parus dans la revue "Études", très défavorables à ce mouvement né en Angleterre vers 1907, Jacques profite de ses vacances pour aller découvrir sur place les boy scouts à Roehampton. Il en revient avec une multitude d’informations et tout à fait conquis.

Jacques Sevin est ordonné prêtre l’année suivante, à Enghien, le 2 août 1914. Pendant la guerre, il enseigne en divers endroits, tout en continuant de réfléchir à la manière de développer le scoutisme. C’est une période de prière, de rencontres et de maturation, alors que foisonnent les initiatives locales. Enfin, le 25 juillet 1920 est officiellement créée la Fédération Catholique des Scouts de France, dont les trois co-fondateurs sont le chanoine Cornette, aumônier général, Edouard de Macédo et le Père Sevin, secrétaire général, qui échangera très vite son titre contre celui de commissaire général.

Travailleur acharné, il œuvre alors sur tous les fronts, notamment par la création et la rédaction du mensuel "Le Chef", par de nombreuses visites sur le terrain et surtout par le recrutement et la formation des chefs. Après avoir participé à plusieurs camps de formation en Angleterre, au centre de Gilwell, il obtient de Baden-Powell les diplômes nécessaires et l’autorisation d’établir en France un lieu de formation des chefs : c’est Chamarande, en 1923. Ce camp de formation a très vite une influence considérable : on vient de toute l’Europe pour y participer. Le Père Sevin y joue un rôle majeur, tant sur le plan pédagogique que spirituel. Comme le scoutisme rencontre encore certaines réticences au sein de l’Église, il se rend à Rome pour en prendre la défense.

Un Ordre Scout ?

Au-delà de la fondation des Scouts de France, le Père Sevin conçoit le projet d’un ordre religieux au sens strict destiné à "sanctifier et maintenir" l’entreprise éducative des scouts, pour des personnes célibataires ou mariées, ayant des responsabilités dans le mouvement.

Père Jacques Sevin
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Son influence et son dynamisme font peur et des difficultés surgissent. Des oppositions doctrinales provoquent une crise : il est soudainement évincé du quartier général le 15 mars 1933. Cette rupture brutale et cette ingratitude sont douloureuses pour celui qui a servi le scoutisme pendant des années. Refusant de se plaindre, il accepte la décision avec obéissance, sans aucune polémique et retourne s’occuper de sa troupe à Lille tout en animant de nombreuses retraites. "Le scout sourit et chante dans les difficultés", proclame la loi scoute… A la fin de la seconde guerre mondiale, il fonde, avec d’anciennes cheftaines, la branche féminine de l’Ordre religieux dont il avait rêvé : la Sainte Croix de Jérusalem. Mère Jacqueline Brière (1907-1989) en est la co-fondatrice et la première prieure générale. Le nouvel ordre est marqué par les deux sources d’inspiration constantes de Jacques Sevin : "La spiritualité de la Sainte Croix de Jérusalem [est] comme une synthèse très souple et très vivante de plusieurs spiritualités dont elle est l’héritière […] Ignace et sa passion de la Gloire de Dieu, Thérèse d’Avila et son esprit d’amour et d’adoration, Thérèse de l’Enfant-Jésus avec sa simplicité, son esprit de confiance et son abandon d’enfant entre les bras de l’Amour miséricordieux."

La spiritualité du Père Jacques Sevin était fondée sur la contemplation de la croix glorieuse de Jésus, la croix de Jérusalem, dont il fit l’insigne des scouts de France, entourant la fleur de lys de Baden-Powell. Et c’est avec son crucifix en bois entre les mains, "mon compagnon" disait-il, qu’il meurt doucement en 1951 à Boran-sur-Oise, où se trouve toujours le prieuré général de l’Ordre qu’il a fondé. Son agonie est décrite comme particulièrement édifiante par tous ceux qui l’entourent : pleine de ferveur, de paix et de sérénité. Bien des années plus tard, son procès en béatification est ouvert à Rome.

Une œuvre considérable

Convaincu qu’ "un vrai scout est un chevalier chrétien [et que] l’esprit scout, c’est l’esprit chrétien mis en pratique", le Père Sevin a évangélisé la loi scoute. Grâce à lui, le don de soi développé par Baden-Powell n’est plus seulement philanthropique mais chrétien. Article par article, il a réécrit la loi scoute à la lumière de l’Évangile ; le sixième article "Le scout est bon pour les animaux" devient ainsi "Le scout voit dans la nature l’œuvre de Dieu : il aime les plantes et les animaux". Jacques Sevin a placé au cœur de l’idéal scout la vérité, la charité, l’amitié, la joie et la pureté de cœur et d’esprit.

Le regard plein de bienveillance, où transparaissait une bonté sans limite, il défendait un scoutisme ouvert à tous et s’attachait en particulier à y accueillir les handicapés physiques ou mentaux. "Les enfants que nous revendiquons comme plus spécialement nôtres, ce sont ceux dont les œuvres existantes ne veulent pas ou ne veulent plus." La pédagogie scoute repose sur l’amour et la confiance. Baden-Powell qualifia publiquement Jacques Sevin de "meilleur traducteur de [sa] pensée".

Anciennes BD Scouts de france
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Il fut enfin l’auteur d’une multitude de prières et de chansons, reprises par des générations et des générations, parmi lesquelles la fameuse "prière scoute" et le "chant des adieux", sur un air traditionnel écossais.

A lire pour en savoir plus :
"Jacques Sevin, fondateur et mystique", par Madeleine Bourcereau (Salvator, 2007)
"Jacques Sevin, une identité", par André Manaranche, sj. (Fayard, 1999)
"100 ans de scoutisme", Scouts et Guides de France, Les Presses d’Ile-de-France, 2007


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