Saint Augustin : un converti témoigne

Saint Augustin est né à Thagaste (Afrique du Nord) le 13 novembre 354. Il meurt le 28 août 430 à Hippone (Nord-Est de l'Algérie actuelle), dont il est devenu le célèbre évêque. Augustin est un jeune homme en quête d’un sens à sa vie. Dans sa recherche de vérité, il s’égare sur des chemins d’erreur… jusqu’à sa rencontre décisive avec le Christ.

Par ce désir insatiable de vérité, son itinéraire de conversion est très actuel, bien qu’il ait vécu au 4ème siècle. Relecture de cette conversion à travers les Confessions.

Cathédrale d'Hippone
© D.R

Saint Augustin est certainement le pionnier du genre autobiographique. Mais, loin de la mode introspective actuelle, il ne se prête au jeu du retour sur soi que pour rendre gloire à son Créateur. Il ne veut qu’une chose en parlant de lui-même : montrer ce que Dieu a accompli d’incroyable dans sa vie. Et cette histoire, c’est l’étonnante oeuvre de conversion d’un jeune homme qui cherché la Vérité sur des chemins d’erreur avant de la rencontrer dans le Christ. Dans ses Confessions, Augustin explique clairement le chemin parcouru, parsemé de fausses croyances séduisantes, de confusions sur le vrai bonheur, de peurs de s’abandonner à Dieu, jusqu’à la délivrance, par son choix de donner librement toute sa vie.

Au fil des Confessions, saint Augustin associe le lecteur à son projet. Ainsi, le lire c’est relire avec lui notre propre vie, pour comprendre comment Dieu marche avec nous aussi depuis toujours et à quoi il nous appelle.

Faire mémoire (Livre I)

La vie d’un homme se déploie dans le temps et dans l’espace. Pour comprendre comment le passé est encore présent dans sa vie, Augustin en fait mémoire. Comme dans l’antiquité latine, Augustin distingue deux moments dans son enfance : l’infantia et la pueritia, avant et après la parole. Il n’a aucun souvenir du temps de l’infantia mais se souvient de la pueritia : "Et voilà que mon enfance (infantia) depuis longtemps est morte, et moi je vis." (I, VI, 9) Cela l’interroge : y a-t-il en lui des réalités mortes et des réalités vivantes, tandis que Dieu vit toujours et qu'en lui rien ne meurt ?

Le baptême de St Augustin
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La mémoire douloureuse de la seizième année (Livre II)

Saint Augustin demeure à Thagaste, sa ville natale, jusqu’à treize ans. De 367 à 369, il étudie dans la ville voisine de Madaure. Faute d’argent pour financer ses études, il doit revenir à Thagaste et connaît à seize ans une année entière d’oisiveté. Il veut s’en souvenir, non par goût pour cette année d’errance mais par amour pour Dieu : "Je veux rappeler à mon coeur les hideurs de son passé et les charnelles corruptions de mon âme ; non pas que je les aime, mais afin que je t’aime, toi, mon Dieu." (II, I, 1) Cette mémoire est douloureuse pour lui. Cette année est assimilée à l’expérience de l’exil du Peuple de Dieu à Babylone. Saint Augustin n’est pas parti loin physiquement mais il s’est éloigné de Dieu, en particulier en volant des poires, acte par lequel il enfreint clairement la Loi : "Et je m’en allais plus loin de toi et tu laissais faire ; (…) Où étais-je ? Que j’étais loin, dans mon exil, des délices de ta maison, en cette seizième année de l’âge de ma chair (…) !" (II, II, 3-4)

Le départ pour l’étranger (Livre III)

A dix-sept ans, Augustin quitte sa patrie pour poursuivre ses études dans la cité païenne de Carthage (aujourd’hui Tunis) : "Je vins à Carthage." (III, I, 1) Après Rome, c’est la deuxième cité de la Méditerranée. Sa beauté est connue en Afrique du Nord, tout autant que ses dangers pour un jeune étudiant… D’ailleurs, il relit ses années d’étude comme l’épisode du fils prodigue (Lc 15, 11-32). Il se voit dans la même errance sur une terre étrangère sans autre nourriture que les gousses données aux porcs : "Bien loin, j’errais en terre étrangère, séparé de toi, et même pas admis à partager les gousses dont je nourrissais les porcs." (III, VI, 11) A Carthage, Augustin aime la vanité mais découvre aussi "l’amour de la sagesse" à travers un livre aujourd’hui perdu : L’Hortensius de Cicéron. Ce livre le nourrit. Comme le fils de la parabole de saint Luc, il initie un retour vers la maison du Père : "Or, ce livre changea mes sentiments et, m’orientant vers toi, Seigneur, il changea mes prières et rendit tout autres mes voeux et mes désirs. Vile devint pour moi soudain toute vaine espérance ; c’est l’immortalité de la sagesse que je convoitais dans un bouillonnement du coeur incroyable et j’avais commencé à me lever pour revenir vers toi." (III, IV, 7)

Une amitié trop exclusive (Livre IV)

St Augustin
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A Carthage, Augustin étudie la rhétorique (l’art oratoire) au point de l'enseigner à dix-neuf ans, pendant un an à Thagaste, puis sept ans à Carthage. Le livre IV des Confessions couvre ses débuts dans la charge d’enseignant. Il n’est plus auditeur. Il est désormais un guide pour des élèves. Durant la première année d’enseignement à Thagaste, Augustin se fait un ami avec lequel il partage les mêmes goûts. Cette relation est chère à Augustin mais néfaste pour cet ami : "Avec moi désormais, cet homme errait dans son esprit, et mon âme ne pouvait se passer de lui." (IV, IV, 7) Un jour, pris par la fièvre, le garçon meurt subitement. Augustin découvre alors la mort au coeur de la vie : "Cette douleur enténébra mon coeur, et partout je ne voyais que mort. La patrie m’était un supplice, la maison paternelle un étrange tourment, tout ce que j’avais partagé avec lui s’était tourné sans lui en torture atroce" (IV, IV, 9). Il lui faut alors quitter Thagaste : "Et pourtant je me suis enfui de la patrie. Car mes yeux le cherchaient moins, lui, là où ils n’étaient pas habitués à le voir. Et du bourg de Thagaste, je m’en vins à Carthage." (IV, VII, 12)

Séduction des fausses croyances (Livre V)

A vingt-neuf ans, Augustin vit deux déménagements et deux rencontres décisives. A Carthage, il rencontre l’évêque manichéen Faustus qui répand sa fausse doctrine (Le manichéisme est une religion créée par Mani au IIIème siècle en Perse. C'est un syncrétisme inspiré du zoroastrisme, du bouddhisme et du christianisme que plus tard, Augustin, devenu évêque, combattra avec force). Mais sa parole éloquente masque l’absence de science : ce que dit Faustus ne nourrit pas suffisamment Augustin, en quête d’une vérité plus profonde. Sans rompre totalement avec le manichéisme il s’éloigne donc de l’évêque, dans l’attente d’une lumière qui l’oblige "à un choix meilleur." (V, VII, 13) Il quitte Carthage pour Rome dans l’espérance d’avoir des étudiants plus tranquilles. A Rome, il rassemble quelques élèves chez lui mais ils ne le paient pas. Au même moment, il reçoit une proposition pour enseigner la rhétorique à Milan. Arrivé dans la cité impériale, il rencontre Ambroise, l’évêque catholique de ce diocèse. Augustin comprend vite que, contrairement à Faustus, cet homme allie l’éloquence à la vérité. Sa parole le conforte dans sa décision d’abandonner les manichéens et le conduit à une demande de catéchuménat. Saint Augustin est encore dans l’attente d’une certitude : "Je résolus donc d’être catéchumène dans l’Église catholique, qui se recommandait de mes parents, aussi longtemps qu’une certitude ne me montrerait pas dans sa lumière où diriger ma course." (V, XIV, 25)

Augustin a peur du célibat (Livre VI)

St Augustin
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A Milan émerge pour saint Augustin une grave question morale. Bien qu’il tienne Ambroise pour "un homme heureux" (VI, III, 3), son célibat lui paraît pénible... De son côté, il aspire avidement "aux honneurs, aux profits et au mariage" (VI, VI, 9). Par ailleurs, son entourage le pousse à prendre une épouse. A cette époque, il vit avec une femme qui lui a donné un fils, Adéodat. Aux yeux de sa mère, cette femme est un obstacle à son mariage à cause de son rang social. Augustin la quitte et reçoit pour fiancée une jeune fille à qui il manque "deux ans pour être nubile" (VI, XIII, 23). Mais le jeune homme ne parvient pas à vivre seul pendant ce délai imposé pour un mariage, et prend une autre femme. Dans le même temps, il vit une amitié désintéressée avec Alypius et Nebridius. Cette amitié suscite un projet de vie commune dans la chasteté. Que faire ? Se marier ou vivre le célibat dans une communauté de frères ? Les vents contraires alternent dans le coeur d’Augustin : "Je retardais ma conversion vers le Seigneur (…) Je pensais que je serais trop malheureux, si j’étais privé des étreintes d’une femme ; (…) je croyais que la continence relève de nos propres forces." (VI, XI, 20)

Conversion de l’intelligence (Livre VII)

Quelle conception doit-on se faire de Dieu ? D’où vient le mal ? Quel mystère les catholiques confessent-ils en proclamant que Jésus Christ est le Verbe fait chair ? A Milan, Augustin reçoit des réponses à ses questions. En Jésus, l’homme humble, Augustin découvre le Christ Sauveur, "la voie pour acquérir la vigueur qui rend capable de jouir de Dieu." (VII, XVIII, 24)

Conversion de la volonté (Livre VIII)

Statue de St Augustin
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Année 386. Augustin a 31 ans. En lui, deux volontés opposées s’affrontent : se marier ou consacrer entièrement sa vie à Dieu dans le célibat. Deux hommes jouent un rôle décisif dans ce discernement : Simplicianus, qui lui parle de la conversion du philosophe néo-platonicien Marius Victorinus et Ponticianus qui lui raconte la vie de saint Antoine, moine égyptien. Dans un petit jardin à Milan, a lieu un combat décisif. Il aboutit à une ultime conversion de la volonté : "Tu me convertis si bien à toi, que je ne recherchai plus ni épouse, ni rien de ce qu’on espère dans ce siècle." (VIII, XII, 30)

Conversion de la mémoire (Livre IX)

Pourtant, malgré cette conversion, dans le coeur d’Augustin perdure le douloureux souvenir de son ancienne vie : "Je souffrais de mes souvenirs." (IX, IV, 9) Durant l’été 386 il démissionne de sa charge de rhéteur. Il est baptisé à Milan pendant la vigile pascale de 387 avec son ami Alypius et son fils Adéodat. Et le baptême guérit sa mémoire : "Nous reçûmes le baptême, et s’enfuit loin de nous l’inquiétude pour notre vie passée." (IX, VI, 14)

Pour en savoir plus :
Les Confessions : cet ouvrage a été rédigé par saint Augustin au milieu de sa vie, autour des années 397-400. Il comporte treize livres. Les livres I à 9 couvrent la période qui va de la naissance d’Augustin jusqu’à la mort de sa mère, Monique, durant l’été 387 à Ostie. Les livres X à XIII constituent une prière finale, qui inclut une réflexion sur la mémoire (Livre X) et le temps (Livre XI) et un commentaire littéral (Livre XII) et allégorique (Livre XIII) des premiers versets du Livre de la Genèse.

Quelques livres :
Saint Augustin : Les Confessions, BA n° 13 et 14, Éd. Études Augustiniennes, 1996.
Agostino TRAPÉ : Saint Augustin, l’homme, le mystique, le pasteur, Éd. Fayard, 1988.
Serge LANCEL : Saint Augustin, Éd. Fayard, 1999.


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