par Camille Caquineau
L’accord trouvé, entre ses désirs d’étudiant et sa vocation pastorale, a produit chez Jean-Marie Petitclerc une fécondité impressionnante. Éducateur spécialisé et prêtre salésien de Don Bosco depuis trente ans, il anime l’association Le Valdocco, qui mène un travail de médiation sociale et d’actions de prévention auprès des jeunes des quartiers populaires, en banlieue parisienne, à Argenteuil, et dans l’agglomération lyonnaise.
Depuis, le Conseil National des Villes et de l’ANRU, Agence Nationale de Rénovation Urbaine, lui ont demandé de siéger dans leurs instances.
Comment a germé en vous le désir de devenir prêtre ?

J’ai été admis à l’École polytechnique en 1971. Intéressé par la chose politique, je souhaitais bâtir une société plus juste, plus égale, plus fraternelle. Je pensais poursuivre mon parcours à l’École Nationale d’Administration. Parallèlement, j’étais et je suis encore, engagé dans le scoutisme. C’était à Paris, quartier Mouffetard, à l’époque encore populaire. J’étais aussi capitaine de l’équipe d’athlétisme. Or un événement imprévu bouleversa tous mes projets. En juin 1973, lors d’une compétition internationale, je me fracturai méchamment la jambe ! D’où une longue hospitalisation. Une "galère" qui est devenue une chance. Immobilisé, je devenais disponible à entendre l’appel.
Pourquoi avez-vous choisi d’être prêtre salésien ?
Cela s’est fait au fil d’un chemin de conversion. J’ai relu la Bible à la lumière de ce que j’avais reçu au cours de mon enfance et de mes désirs durant les mois précédent l’accident, c’est-à-dire donner du sens à ma vie. J’ai alors
réalisé que le bonheur se trouvait principalement dans ce que je vivais au scoutisme. Les hommes ne sont-ils pas nés pour construire le bonheur ? Sur mon lit d’hôpital, la lecture de la vie de Don Bosco, prêtre éducateur dans les faubourgs de Turin et conseiller politique au XIXe siècle, fut alors
déterminant dans le choix de devenir un prêtre salésien. Ses divers engagements rejoignaient l’ensemble de mes aspirations.
Une fois ordonné prêtre, j’ai passé le diplôme d’éducateur et une maîtrise en sciences humaines.éducateur, je suis invité à vivre ma relation avec chaque jeune de la même façon que j’en vis une avec Dieu, sur le registre du "crois,
espère et aime" ; comme le Christ croit en toi, espère en toi et t’aime.
Dieu nous dit : "C’est mon fils". Chacun de ces jeunes est visage du Christ. L’acte éducatif peut être lu comme sacrement de la rencontre du Christ : repérer dans tout adolescent, quel que puisse être son comportement, aussi offensif soit-il, les germes de talents déposés par le Seigneur dans son coeur. Ce regard était celui de Don Bosco sur les jeunes, en particulier sur les plus stigmatisés de la société. Leur violence est le reflet d’une grande souffrance. Si seulement quelqu’un savait être attentif à leurs problèmes…
Quel projet éducatif avez-vous développé à partir de votre expertise sur le terrain?
L’association Le Valdocco, à Argenteuil, rejoint les jeunes dans leurs lieux de vie : la rue, l’école et la famille. Les actions menées tentent de prévenir l’exclusion, la délinquance et de canaliser la violence. Des activités
culturelles, théâtrales, musicales et sportives sont organisées afin de rejoindre les jeunes dans leurs centres d’intérêt. Chaque adolescent doit être reconnu pour ses dimensions intellectuelles, affectives et sportives, afin que
les actions en commun soient un lieu de réussite et de confiance en soi. Le plus important est de réfléchir avec lui sur le sens qu’il donne à ce qu’il fait, dans sa vie.

L’association incite à la mixité sociale et à la mobilité urbaine, pour s’ouvrir à d’autres univers que celui de la cité. Éducateurs et bénévoles accompagnent les élèves dans leur parcours scolaire. Les plus âgés, s’ils le désirent, peuvent recevoir une aide dans leur recherche de formation professionnelle et d’emploi. Enfin, l’association entretient un lien avec les familles, afin de développer un réseau d’écoute, de médiation familiale et de responsabilisation des parents dans l’éducation.
Qu’est-ce qui anime votre action ?
L’Évangile éclaire mon action.
Dieu révèle que chacun de ces jeunes est son fils bien aimé. Dans la Genèse, Dieu se tient aux côtés de l’enfant qui grandit (cf. Gn 21, 20). Or grandir correspond à un itinéraire pascal. En effet, il faut mourir à l’enfance pour naître à la vie adulte. Moi, j’accompagne cette transition. Un prêtre est un veilleur et un révélateur des signes de Dieu. Ainsi que le propose la Bible avec l’image du Royaume des Cieux, je prête attention au processus de germination. Mon regard circule entre le "déjà là",
et le "pas encore là". J’essaie de témoigner de la foi, l’espérance et la charité, les trois vertus théologales.
Sur quoi se fonde la pédagogie des salésiens ?
Saint François de Sales nous a livré quatre principes fondamentaux. En premier, nous sommes tous appelés à être des saints au quotidien. Ensuite, vivre l’esprit de douceur comme guide de l’amitié. La confiance en Dieu, et par lui en l’homme, soutient notre espérance. Je crois en la construction d’une société plus juste, plus fraternelle. Enfin, la joie reçue comme fruit. Dans cette forme d’apostolat, elle m’aide à entraîner les jeunes vers l’avant. "Un saint triste est un triste saint", disait saint François de Sales !
Pourriez-vous nous confier votre prière personnelle ?
Je demande à Dieu de me donner ses yeux pour participer au regard qu’il porte sur le monde, et pour toujours resituer l’autre comme un frère.
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