par Eric Madre
Etre à la tête d’une paroisse à cheval entre ville et campagne, c’est un défi. Surtout quand le curé en question est… Irlandais ! Le père Philippe Kearney est prêtre depuis dix-neuf ans dans le diocèse de Beauvais, dans l’Oise. C’est dans la communauté de l’Arche qu’il a découvert sa vocation.

Quand on lui demande de parler de sa paroisse, le père Philippe est intarissable !
Au quotidien, sa vie de prêtre est d’abord marquée par la prière : eucharistie, lectio divina à l’école ignacienne et trois quarts d’heure de silence, selon la spiritualité carmélitaine – il est un grand disciple de Thérèse de Lisieux et un portrait d’Elisabeth de la Trinité trône en fond d’écran sur son ordinateur.
Après la prière vient le temps de l’accueil. Sourire aux lèvres, le Père Philippe rencontre beaucoup de monde et participe à de nombreuses réunions. Préparer et animer les différents conseils de la paroisse prend du temps. Il se fait médiateur et aime mettre les gens en relation.
Il est aussi un grand marcheur qui a entrepris le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il se déclare heureux lorsqu’il franchit les frontières, heureux dans la diversité : "Etre prêtre, c’est être un pont entre des communautés, des charismes, des mondes différents." Et cela semble alors logique qu’il ait été chargé, en plus de ses activités au sein de la paroisse, de s’occuper du dialogue oecuménique et inter-religieux à Beauvais, lui qui a quitté son Irlande natale, traversé une frontière et une mer pour venir s’installer dans l’Oise.
Un foyer de l’Arche au coeur
© D.R.

Mais le plus important, pour le père Philippe, c’est l’accompagnement spirituel. Se rendre présent pour se mettre à l’écoute d’une personne est un grand ressourcement. Cela lui permet de se donner dans toutes ses autres activités. Il fait sienne cette devise de l’Arche : "Changer le monde, un coeur à la fois." En effet, ce ne sont pas les clochers de pierres mais les pierres vivantes qui l’intéressent. Pourtant, il sait bien qu’il est parfois difficile de faire cohabiter des paroissiens de nationalités, d’horizons et de milieux très divers. Sa paroisse couvre deux quartiers de Beauvais très différents et deux églises rurales à quelques kilomètres de la ville. "Il y a dix ans, le diocèse de Beauvais a mis en place quarante-cinq nouvelles paroisses. La mienne, Beauvais Sud, placée sous le patronage du bienheureux Frédéric Ozanam, regroupe trois anciennes paroisses et quatre clochers. Les identités territoriales demeurent." Le père Philippe voit donc sa paroisse comme une "communion de communautés" dont les différentes composantes correspondent, non pas aux territoires des anciennes paroisses, mais à une multitude d’entités : la famille, un groupe de prière, une troupe scoute, une Conférence St Vincent de Paul, etc. Pour fédérer cet ensemble et lui donner un élan missionnaire, il a d’ailleurs pour projet d’installer un foyer de l’Arche à proximité de l’église, afin de réunir visiblement en un même lieu, au coeur du quartier Saint-Jean, les trois missions de l’Église et des chrétiens : célébrer, annoncer et servir.
Pourquoi l’Arche ? Parce que la communauté a été le lieu d’éclosion de sa vocation. Après des études de psychologie et philosophie à l’Université de Dublin, en Irlande, Philippe Kearney arrive en France en 1981 à l’âge de vingt et un ans : il passe quatre mois dans la communauté de l'ArcheInspirés par le père Thomas Philippe et fondés par Jean Vanier, les foyers de l’Arche sont de petites maisons où des volontaires s’engagent auprès d’adultes ayant un handicap mental pour partager leur quotidien. de Trosly Breuil. Ce séjour auprès de personnes handicapées bouleverse sa vie : "Ma vocation est née au milieu des petits, des personnes accueillies à l’Arche, confie-t-il. Nous recevons de ces personnes une force et une liberté de vie."
L’Arche au premier rang

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