par le Père de Dinechin
Qu'est-ce qui peut faire qu'une jeune femme, passionnée par son travail, passionnée par le hautbois, passionnée d'aventures toujours nouvelles avec des amis, très attachée à sa famille puisse choisir le Carmel, et s'y trouver bien ?
Il y a six ans, elle ne connaît pas grand-chose du Carmel. Cependant quelques semaines auparavant, elle avait pris, presque par hasard l'un des seuls livres de spiritualité qui était dans sa bibliothèque: la vie de saint Jean de la Croix. Elle l'a lu d'un trait et s'est dit: "Eh bien celui-là, il a tout compris!"
Sabine a une vive sensibilité musicale ; lorsqu'elle range pour toujours son fidèle hautbois au placard, sa belle-sœur lui glisse : "On n'entendra plus le hautbois qui pleure..."
Six ans plus tard, Sœur Sabine-Marie de la Trinité est une carmélite heureuse. Comme chaque matin, elle s'est levée à 5 h 30. Dès 6 heures, elle a retrouvé toute la communauté à la chapelle pour l'oraison: cette heure de prière silencieuse matin et soir, seul le génie spirituel de Sainte Thérèse d'Avila, réformatrice du Carmel au XVIème siècle, pouvait l'inscrire dans la vie du Carmel.

La prière, c'est la première mission d'une carmélite. C'est pourquoi, tout est là pour favoriser la prière : l'agencement des bâtiments, le rythme des activités de la journée. La sève circule dans tout l'arbre afin qu'on puisse en cueillir les fruits. De la même manière, pour Sœur Sabine, le Carmel a pour mission de faire circuler la Vie de Dieu : l'Amour; dans l'Église et le monde, par la prière et la charité fraternelle.
Mission impossible ? Dans les premiers temps où elle fréquentait le Carmel, Sabine, toute surprise de voir ce qui lui arrivait, se répétait : "Ce n’est pas possible ce qui m'arrive, ce n’est pas possible!" Une parole du poète Patrice de La Tour du Pin l'éclairait : "Dieu ne demande pas l'impossible, il le donne."
L'oraison silencieuse est suivie de l'office des Laudes puis de l'Eucharistie, source et sommet de la journée. Vient seulement alors le petit déjeuner. "Au début, je me disais: le petit déjeuner si tard ! Je ne pourrai jamais m'y faire. En fait, dans une vie régulière, ce n'est pas difficile, le corps ne demande pas mieux."
Après l'office de Sexte, le déjeuner rassemble la communauté. Comme tout au long de la matinée, on reste en silence. Tandis qu'une soeurfait le service à table, une autre fait la lecture. Souvent une page d'un journal est lue; aujourd'hui, comme au long de l'année jubilaire, un chapitre du Livre des merveilles.
L'après-midi réserve un autre temps de travail. Au total cinq heures de travail quotidien. Sœur Sabine-Marie n'éprouve-t-elle pas l'impression de manquer d'action et de ne pouvoir épanouir toute sa personnalité ? "Non, c'est le plus profond de moi qui ressort! Les activités ont changé, c'est certain. Ce que je faisais a changé, mais ce que j'étais au fond de moi demeure. Il s'agit de n'être là que pour le Christ. Notre vie, c'est le rien : rien de gratifiant, rien qui rassasie les sens. C'est là que Dieu est tout. La plupart du temps, à l'oraison il ne se passe rien. C'est pour cela que le Carmel me rejoint profondément. C'est le grand dépouillement: alors on laisse Dieu être le tout."
Après le diner, récréation. Un moment auquel Thérèse d'Avila tenait beaucoup. D'ailleurs elle y venait souvent avec ses castagnettes pour donner vie et joie aux échanges fraternels. Et pour les jours de fête, comme la fête de la prieure, on prépare longtemps à l'avance tours de magie, saynètes de théâtre, dessins, couture.
Avec l'office des complies, puis celui des lectures, le monastère entre dans le grand silence de la nuit. Sœur Sabine regagne sa cellule. Hormis elle, personne n'y pénètre jamais. Là, dans la solitude, elle se tient en présence de son Seigneur.
Le Carmel :
Le Carmel, de son véritable nom : « l’ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel », n’a pas à proprement parler de fondateur. Mais les Carmes s’en reconnaissent un : le prophète Elie qui s’était retiré, solitaire, sur le mont Carmel, dans le nord d’Israël. Très tôt il a été considéré comme le modèle de la vie mystique. Aux XIè et XIIè siècles, une poignée d’ermites, sans doute des Croisés latins, s’installent dans les grottes de cette montagne et adoptent la vie de prière et de silence des moines orientaux. Mais à partir de 1230, les attaques des Sarrasins obligent ces ermites du Mont-Carmel à quitter la Terre Sainte. Ils viennent en Europe – en France en particulier, où le roi Saint Louis les prend sous sa protection. Devenu un « ordre religieux » reconnu par le pape, la grande dévotion du Carmel à la Vierge Marie lui vaut d’être nommé dans l’Eglise « l’ordre tout marial ». Au XVIè siècle, deux grandes figures sont à l’origine du Carmel réformé : saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila. Plus proches de nous, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, bienheureuse Elisabeth de la Trinité et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) sont bien connues pour leur solide doctrine spirituelle.
Ailleurs sur le site… : |
|
|
24h avec Frère Paul, Abbé de Timadeuc… |
24 heures au Carmel de la Paix avec Soeur Anne-Sophie… |
|---|

Twitter
Myspace
Facebook




